‹ Verdi, histoire anecdotique de sa vie et de ses œuvresChapitre 41 sur 54 · En français dans le texte · texte numérisé non relu

En français dans le texte

etc., etc. Eux seuls doivent être arbitres de tout et assumer la plus complète responsabilité. Ce n'est que par ce moyen qu'on peut obtenir les bonnes exécutions et le succès.

A vous, que je connais depuis tant d'années, je désire que soient confiés les soins de la direction scénique, persuadé que je suis que tous vos efforts tendraient à ce que les opéras fussent exécutés selon nos intentions.

Adieu, et croyez-moi toujours

Notre

G. Verdi l.

1. Voici une dernière lettre, celle-ci un peu humoristique; elle était adressée par le maître à un de mes confrères italiens, M. Filippo Filippi, feuilletoniste musical de la Perseveranza, de Milan :

« Busseto Sant'-Agata, 26 septembre 1805.

» Cher Monsieur Filippi,

» Ayant été absent de chez moi pendant cinq ou six jours, je n'ai plus entendu parler du député à nommer ici ; mais je sais que Scolari avait été proposé, et il a de grandes chances de réussir.

» Si vous m'honorez d'une visite, votre qualité de biographe, même en eussiez-vous la volonté, trouvera bien peu de matière à narrer les merveilles de Sant'-Agata. Quatre murs pour se défendre contre le soleil et les intempéries; quelques douzaines d'arbres plantés en grande partie par mes mains; une mare que j'honorerai du titre de lac quand je pourrai avoir de l'eau pour la remplir, etc., etc.

» Tout cela sans dessin, sans ordre architectoDique, et non parce que je n'aime point l'architecture, mais parce que je dé* teste les choses qui détonent entre elles, et que c'eût été folie

Ce livre, je l'ai dit, n'a pas de conclusion. Il n'en saurait avoir, puisque, bien qu'âgé aujourd'hui de soixante-douze ans, l'artiste illustre qui en est l'objet est encore, fort heureusement, plein de vie et de santé. Peut-être même, malgré ce grand âge, Verdi n'a-t-il pas terminé sa carrière artistique; peut-être nous réserve-t-il une dernière surprise, je veux dire une dernière œuvre, et l'on a parlé récemment, en effet, d'un lago qu'il aurait écrit — ou serait en train d'écrire, sur le sujet (VOtello. Il serait intéressant assurément, quelle que fût la valeur de cet ouvrage au point de vue musical absolu, de pouvoir comparer ce lago

de faire quelque chose d'artistique en un lieu si peu poétique. Donc, croyez-moi, oubliez pour un instant que vous êtes biographe.

« Je sais que vous êtes un passionné et vaillant musicien... mais, o/iiwie!...Piave etMariani vous auront dit qu'à Sant'-Agata on ne fait et Ton ne parle jamais de musique, et vous courez le risque de trouver peut-être un piano non seulement désaccordé, mais sans cordes.

» En vous remerciant pourtant de la lettre courtoise que vous avez bien voulu m'adresser, je me dis

» Votre affectionné

» G. Verdi. »

avec VOtello que Rossini faisait représenter en 4816. Mais Verdi, qui n'a pas, comme nos musiciens, l'habitude de confier ses projets et ses secrets aux quatre vents du ciel, Verdi, l'homme impénétrable, a laissé la chronique s'escrimer au hasard et à sa guise sur ce sujet, sans l'alimenter d'aucune façon, sans lui donner, même indirectement, matière à une indiscrétion quelconque. Si nous devons voir, si nous devons entendre un jour lago, personne ne le sait à l'heure présente, et bien fin serait celui qui pourrait donner l'ombre d'un renseignement à cet égard.

Je terminerai donc sans conclure, et pour donner une fin à ce récit purement anecdotique, je me bornerai à reproduire ici le portrait moral à la fois puissant, étrange et ressemblant qu'a tracé de Verdi l'un de ses plus fervents admirateurs, son illustre compatriote Guerrazzi, l'une des gloires littéraires de l'Italie du xixe siècle ! :

1 . Cette prose nerveuse et colorée reflète à merveille les sentiments qui distinguaient d'une façon toute particulière le tempérament philosophique de Guerrazzi : un républicanisme ardent et presque farouche, un mépris altier des grandeurs de ce monde, et le dédain le plus complet du pouvoir matériel, joints à l'exaltation aussi vive que légitime de la puissance intellectuelle et des hautes facultés humaines,

« Je ne connais de Giuseppe Verdi ni

les sentiments, ni les affections, ni même les traits : et pourtant je me sens attiré vers lui

Coniuom che per fama s'innamora1,

et la Renommée, si toutefois elle dit vrai, me le représente comme un homme d'une intelligence austère ; sévère envers les autres et envers lui-même ; maître ou époux de sa Muse plutôt que son amant ; très enthousiaste de l'indépendance de la vie ; ayant horreur d'adresser des louanges comme il a horreur d'en recevoir, si bien qu'on ne saurait dire ce qu'il déteste le plus du rôle de flatteur ou de celui de flatté, et que l'on peut affirmer que sa haine est égale pour tous deux. Quant aux distinctions dont les lâches mêmes aiment à se parer (Dei pregi di cui si ornano anche i vili), il les recherche comme un chien les coups de bâton, et il se rit à bon droit de ces puissants du jour et du hasard, qui, dans leur dévergondage enjoué, s'imaginent sérieusement délivrer des brevets d'immortalité à

1. « Comme un homme qui s'énamoure d'une femme sur sa seuie renommée. » — (C'est une citation de Dante )

des hommes déjà immortels. Lorsque Verdi désire des lauriers, il sait les planter et les cultiver lui-même chez lui ; et, s'il lui plaît de s'entourer de splendeur, il sait par son génie se créer des rayons, de môme que, diton, Dieu s'écriant un jour : « Que la lumière soit! » la lumière fut faite. Comme un homme qui se sait vraimenl grand, Verdi fuit les cours, sachant bien que, pour pénétrer dans ces taudis, il faut se courber, comme devaient le faire ceux qui entraient aux Stinche...*.

Ce portrait est frappant, et l'on peut dire que, sans le connaître, Guerrazi avait deviné son compatriote, et qu'il l'a peint de main de maître.

1, Les Stinche, ancienne prison pour dettes, de Florence.

Le lecteur ne verra peut-être pas ici sans quelque satisfaction le catalogue des compositions de Verdi. Voici ce catalogue, que je crois aussi exact et aussi complet que possible, et qui comprend, non seulement les œuvres théâtrales du maître, mais encore toutes les compositions de divers genres écrites par lui en dehors de la scène.

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