PAPIERS TROUVÉS CHEZ VERGMAUD
Au clloyen Vergniaud, rue de Clichy, ?i« 335 (sic), à Paris,
Ce mercredi soir.
Une légère indisposition, dont je ne suis pas encore bien remise, est la seule cause de mon silence, il n*en existe pas d'autres, car vous êtes malheureux^ et j'ai pour vous la plus tendre amitié ; croyez cependant que je me suis occupée de vous et que votre bonheur est nécessaire au mien. C'est, je crois, répondre à votre très belle déclaration, que de vous assurer que chaque jour, je vous aime un peu davantaj^e. Les hommages de soixante-quinze aides de camp ne me sont pas aussi doux que le souvenir d'un ami dont les malheurs intéresseroient même ceux qui n'ont pas d'intérêt à l'aimer.
Adieu, je ne vous écris qu'un mot pour rassurer votre amitié, qui un moment a pût douter de la mienne. Ah ! si elle peut vous dédommager des persécutions que vous éprouvez, croyez que vous estes préféré à tous les adorateurs.
Signé : E...
(Cachet de cire rouge aux initiales P. S. entrelacées.)
Ce mardi soir.
Je vois avec chagrin, mon ami, que le rapport ne s'est pas fait aujourd'hui. Ah ! s'ils y mettoient un peu de l'intérêt de tous ceux qui vous aiment, un peu de mon attachement, s'ils vous connoissoient enfin, vous seriez bientôt libre et moi tranquille et heureuse; je vous remercie de m'avoir choisie pour l'objet de vos distractions politiques^ je penserai à vous un peu plus s'il se peut dans mes promenades soHtaires et même au milieu
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du monde, votre sort m'occupe et m'afflige sans cesse, et je sens qu'il est triste d'apprendre par ces épreuves le degré d'attachement qu'on a pour ses amis ; pensez aussi quelque jour à moi et dites-vous que ma tristesse vient souvent de votre position. Yous voulez seulement que je me souvienne de vous, croyez mon ami que votre souvenir est nécessaire à mon bonheur, autant que votre amitié est douce à mon cœur. — Adieu, bien tendre amitié, c'est plus peut-être que vous ne me demandez.
AUj citoyen Vergniaud, rue de Clichy, n" 337.
Ce jeudi.
J'espère que vous ne doutez pas que je ne sois bien occupée de vous, j'y pense sans cesse, j'admire votre courage et je trouve qu'un homme qui comme vous n'a qu'à se glorifier de sa conduite et de ses opinions, doit tout braver et ne rien craindre.
Pensez un peu à vos amis, à leur vif et tendre intérêt ; comptez -moi parmi eux, il n'y a personne qui s'intéresse plus à vous et qui sois plus occupée de votre sort
que...
[Signatui^e déchirée . )
Cette lettre porte un cachet de cire rouge. La signature a été visiblement déchirée avec l'intention de la faire disparaître.
Ce luudy.
Comment avez -vous pu croire un instant que je vous oublie; la raison pour laquelle je ne vous ai pas répondu
PAPIERS TROL'VtS CHEZ VERGXIAUD. 213
sur le champ^ c'est que j'avois du monde que je ne pouvois quitter. Hier, j'ai été à la campagne, et mon intention étoit de vous écrire ce soir; vous voyez qu'il ne faut pas juger si sévèrement ses amis. Ah ! si vous n'étiez pas malheureux, je vous gronderois bien de votre injustice, mais je pardonne tout à votre position et ne pense qu'à vous assurer de mon amitié. J'ai été très sensible au plaisir de recevoir de vos nouvelles, je le serai toujours. Ernestine ne vous oublie pas plus que moi, je l'ai vue vendredy et elle m'a chargée de vous embrasser et de vous assurer qu'elle vous aimeroit toujours. Le malheur rapproche les âmes sensibles, et nous partageons trop les vôtres pour que notre amitié n'augmente pas tous les jours. Adieu, conservez cette gaieté, que vous me dites avoir, pensez quelquefois h la pauvre taquine et croyez que ni oubli ni bouderie n'entreront jamais dans son cœur pour vous.
Les citoyens et les citoyennes de ma famille vous embrassent et vous prienf de ne pas nous oublier auprès de ces messieurs et de ces dames.
Cette lettre, non signée, n'est pas de la même écriture ni de la même orthographe «|ne les lettres précédentes. Le cachet paraît différent. On distingue les lettres A. V. S. superposées. On remarquera que les deux cachets })orteiit un S i»our initiale. Peut-être »''tail-ro doux sœurs qui écrivaient?
Indépendamment de la correspondance signée E ,
adressée nominativement à Vergniaud, il y a d'autres lettres, signées Louise, qui ne portent pas d'adresse. Quel en était le destinataire? Il est difficile de le savoir, parce qu'ayant été envoyées sous enveloppes et les enveloppes n'ayant pas été conservées, le nom