PETITS BILLETS
d'une femme dont le prénom est LOUISE. {Arch. nat., F. 7, cart. 4644.)
Ce vendredi matin.
J'ai accepté votre dinar pour aujourd'hui, mon cher ami, je n'ai d'abord vue que le plaisir d'être plus longtemps avec vous, je n'ai pas réfléchie que cela pouroit gêner vos dames ^ Car vous savez l'embaras de femmes qui se trouvent ensemble sans ce connoitre. J'avoue que j'ai ladessus une timidité sotte que leur aire de bonté ne pouroit me faire vaincre. J'irai vous voir, mais je né verez que vous. Bon jour, mon cher ami, né soiez pas fâché contre cette pauvre Louise, qui convient avec vous quel n'est qu'une bete, mais qui convient aussi quel vous aime franchement. (Pièce n" 697.)
1 Probablement M^'e» Ducos et Boyer-Fonfrède, qui habitaient avec leurs maris. (Voyez swprà, p. 207 et 213.)
PAPIERS TROUVÉS CUEZ VERGXIAUD. 215
Je né promet rien, mais je demande à déjeunner demain de bon matin. Je demande aussi des nouvelles de lame et du corps de mon ami que jaime et embrasse de tout mon cœur. (Pièce n" 700.)
Louise fait demander si elle pourra aller ce soir porter le portefeuille, elle souhaite le bonjour au prisonnier * et elle le prie de né pas la bouder. (Pièce n*» 701.)
Voila 3 paire de bas, mon ami, je désir qu'ils vous convienne, il est très difficile d'en trouver et par consequant de les avoir bon marcbnis, vous en avez pour la somme de 30 livres. Que dites vous de l'événement du jour, moi je dis aujourd'hui comme tous les jours, que je vous aime de tout mon cœur. J'irai vous voir dès que je le pourai. A propos, je veux pour les ports de lettre du taffeta blanc pour remplacer celui que j'ai taché l'autre jour. (Pièce n° 702.)
Votre billet me trouve a table, mon cher ami, je suis la a faire les honneurs à deux ou trois personne qui sonts venus me demander à diner. Je vous repond que mon corps est ici
' Ces mots pourraient faire penser que les lettres de Louise sont adresst'îcs à Vergniaud. Voici comment :
L'inscription mise en tOte de ces pièces prouve qu'elles ont été trouvées chez Vergniaux (sic), hiicos, Fonfréde, c'est-à-dire rue de Clichy, n" 337. S'ils y avaient été détenus simultanément, on aurait ;\ se demander auquel des trois la lettre était destinée. Mais Vergniaud seul a été en état d'arrestation dans ce domicile en juin et juillet. Le bonjour envoyé nu prisonnier ne pouvait donc s'adresser qu'à lui et le désignerait comme le destinataire des autres lettres signées Louise.
Hoyer-Fonfréde n'a été arrêté que le 3 octobre {Moniteur du 5), quatre nu)is après Vergniaud, et Dncos s'est constitué volout^iirenient prisonnier le mémo jour, 3 octobre, à la Corui«'rtr«'rie. {Aimanach des bizarreries humaines, p. 134.)
mais que mon cœur et mon esprit ne vous quitte pas. Je prévois qu'il me sera difficil de vous voir ce soir, mais oui, faite moi dire demain matin que vous êtes encore libre de me recevoir je tremble ^ et je désir bien ardement vous presser contre mon cœur. Bon jour ami, bon courage, il intimide les méchans. (Pièce n° 703.)
Je né vous verai que demain matin, mon cher ami, j'ai des affaires pour ce soir qui né peuvent se remettre. Je vous prie de dire a monsieur Fonfrede ^ de né pas envoler sa voiture, comme il avait eu l'honnêteté de me proposer de l'envoier me chercher a six heure. A demain. (Pièce n« 704.)
Vous déchirai mon ame et mon cœur ^, qui est toujours à vous. Oui, je vous envoie mille baiser, je va aller vous porter moi-même les vœux que je forme pour que vous soiez aussi heureux que vous devez l'être. Bon jour mon ami, quand on a autant d'esprit que de courage, on a pas besoin des encouragement d'une femme, mais jamais on né peu refuser sa tendresse quand elle est aussi sincère que lest celle de Louise pour vous. (Pièce n° 708.)
1 Encore libre... je tremble... expressions qui semblent indiquer qu'on prévoyait la translation des députés arrêtés dans les prisons, sans doute à cause des demandes tendant à cette mesure qui se succédaient à la Convention et aux Jacobins (10-24 juillet; V. cidessus, les dénonciations de Drouet, de (^liasles, p. 204 : Moniteur, 1793, t. XXIII, p. 77, édit. Pion).
2 Les lettres de Louise ne pouvaient s'adresser à Fonfrede. La question se circonscrirait donc entre Vergniaud et Ducos. Mais Ducos n'a jamais été prisonnier rue de Clichy (F. ci-dessus, p. 215). Vergniaud seul pouvait donc être le destinataire de ces billets.
^ Peut-être en annonçant son incarcération imminente, en demandant à celle à laquelle il écrivait de lui donner du courage?
Je n'ai pas encore eu de vos nouvelles pour le diner d'aujourd'hui, mais en supposant qu'il ait lieu, né crains rien, mon ami, de mon zèle, il est extrême sans doute, pour faire ce qui pouroit te plaire, né crains pas, dis-je, que j'expose une réputation aussi pure que la tienne ^, aux yeux hideux des monstres qui te persécute, je loue ton courage et je sens que je penserois tout comme toi si jettois dans ton même cas. Ainsi, repose toi en tout sur lamitie, tu a bien fait d'aller un peu te desannuier, je voudrois cependant que cela n'arriva pas souvent... Bonjour, je te verai des que je le pourai, je no promet rien, mais je te donne un baiser. (Pièce n^ 709.)
Billet d'une autre main^ non signé-.
Ce dimanche 14 juillet.
Je n'est point de vos nouvelles, mon cher ami. Je vois que celle qui vous aime n'est pas payée du même retour. Faite moi dire si je puis vous voire, se sont les seul moment de plaisire pour vôtre amie.
Notre ami de la rue Beregère vous lait mille amitié. Signé : La porte St Denis. (N*' GU8.)
» Une réputation aussi pure que la tienne* Ces mots semblent désigner Vergniaud.
Quoique cette pièce soit cotée la dernière, il nous semble que chronologiquement, elle doit être antérieure aux lettres oîi il est parlé de translation dans les maisons de justice; ce qui nous le fait croire, ce sont ces mots : Tu as bien fait d'allei' un peu te désennuyer. Il fallait qu'A cette épofjue la cai)tivité des proscrits fiU encore assez douce.
'Ce billet n'est imis de récriture de Louise. Il pourrait avoir été adressé à Ducos, très recherché des femmes (Bailleul, Almanach des bizaneites humaines, p. 138.), et assez jKiU fidèle. (Correspondance de M"'*' Ducos, w. 20; 2" partie du procès des Girondins, Archives nationales.)
218 PAPIERS TROUVtS CHEZ VERGXIAIJI).
Le dossier renferme en outre d'autres pièces dont voici rénumération. Nous ne parlons pas de pétitions et lettres diverses adressées à d'autres qu'à Yergniaud.
!« Rapport sur une Commission établie à Tabago pour la révision
des créances considérées comme usuraires; H feuillets de la
main de Vergniaud {V. ci-dessus, p. 103, n° 713). 2° Extrait de l'historique sar la révolte des noirs de la Grande- Rivière, Dondon, Sainte Suzanne, etc., depuis le 26 octobre
1791 jusqu'au 24 décembre môme année; 10 pages in-4°,
3» Troisième partie sur les colonies. — Extrait de Smith; 4 page
in-4*', recto et verso, n» 715.
4<> Mémoire sur Saint-Domingue; 7 pages in-f°, n° 716. 5<* Militaire (sic). — Projet d'une adresse aux villes principales de
la République, pour la levée patriotique d'un corps de 1,000
ou de 500 hommes; 6 pages in-f», n° 717. 6° Fragment d'une invocation de Vergniaud au peuple de Paris;
4 lignes de sa main, n° 718.
7° Extrait sur le commerce des grains dans la Grande-Bretagne ;
0 pages in-4° mi-marge, n^ 719.
8° Projet de décret portant abolition de la course à l'égard des
Villes Anséatiques; 1 page in-4°, n^ 720. 9° Observations sur la rédaction de la Déclaration des Droits de
l'homme et notamment les définitions de la Liberté et de
l'Égalité; 6 pages in-4", n° 721.
10° Copie de la Déclaration des Droits de l'homme; 3 pages in-f",
11° Projet relatif aux Droits de l'homme, par le citoyen Joseph
Cusset, député de Rhône-et-Loire ; imprimé, n° 724. 12° Tableau de l'état d'abandon oîi est la marine. — Moyens de la
relever; 2 pages in-f°, n° 723.
13° Adresse des citoyens de Bordeaux à la Convention (14 mai
1793); imprimé d'une demi-feuille, n° 726. 14° La Société républicaine de Dax à la Convention (juin 1793);
imprimé d'une feuille adressé à Boyer Fonfrède. 15° Lettre de Vergniaud à Barere et à Robert Lindet, du 28 juin
1793 ; imprimé de 4 pages, n° 729.
Les ennemis des Girondins finirent par l'emporter; un décret de la Convention du 24 juillet 1793 ordonna leur translation au palais du Luxembourg, transformé en prison d'Etat. La pièce suivante prouve que les préparatifs, faits de longue date, étaient l'œuvre de la Commune, qui poursuivait ainsi son plan de persécution h outrance contre les proscrits.