Travail des pièces de phares. — Le
travail des pièces de phares s’effectue de la façon suivante : après avoir collé sur un cercle en fonte, au moyen de poix fondue, les morceaux constituant un anneau, on le monte sur un tour à arbre vertical et à plateau horizontal ; on achève le centrage pendant que la poix est encore malléable.
Après refroidissement on commence le travail du dégrossissage, qui consiste à appliquer contre la surface de l’anneau un frottoir en fonte enduit de grès mouillé. Quand la surface est suffisamment lisse on imprime au frottoir un mouvement de va-et-vient destiné à effacer les sillons creusés par les grains de sable et à donner à la surface la courbure que le calcul lui a assignée suivant la place que l’anneau doit occuper dans la lentille. A cet effet, le frottoir est emmanché au bout d’un bras assujetti à osciller entre deux points. La longueur du bras détermine le rayon de courbure de la surface ; la position du centre détermine son inclinaison par rapport au plan horizontal. Quand le verre est complètement dégrossi, on passe au travail à l’émeri, qu’on emploie de plus en plus fin, puis au poli, qu’on obtient avec un frottoir en fonte garnie de feutre avec interposition de colcothar.
§ 4. — PHARES 3G9
Le travail de ces pièces demande à être exécuté avec les soins les plus minutieux, car leurs qualités optiques dépendent principalement de l’exactitude de leurs formes géométriques et, par conséquent, de la bonne construction des outils avec lesquels on les travaille.
Toute inexactitude de forme se traduit par une perte de lumière. Les déformations qui ne peuvent être évitées dans le voisinage des arêtes sont une cause de perte qu’il importe de réduire au minimum en faisant les arêtes aussi fines que possible et en ne multipliant pas outre mesure les prismes, en vue d’en réduire l’épaisseur. Il n’y aurait aucun avantage à descendre au-dessous de la largeur de 10 centimètres, qui est adoptée aujourd’hui pour les surfaces réfléchissantes des prismes catadioptriques des trois premiers ordres, soit pour ceux dont la distance focale est 0m,97, 0m,70 et 0m,50.
Avant de monter les lentilles dans leurs cadres en bronze, on vérifie les anneaux dioptriques parla méthode des foyers conjugués qui consiste à les exposer à la lumière d’une lampe placée en avant de l’anneau, à une distance connue, et dont on recueille l'image sur un écran placé de l’autre côté.
Les anneaux catadioptriques ne peuvent être vérifiés de la même manière. Les châssis qui les portent sont formés de trois jougs en bronze percés d'ouvertures un peu plus grandes que la section de l’anneau, de manière que celui-ci y entre facilement. On détermine sa position exacte en plaçant au foyer de l’appareil une petite boule représentant la flamme et en observant l’image de cette boule, d’une règle placée verticalement à une certaine distance en avant de l’appareil, et sur laquelle on a marqué des traits correspondants aux centres des anneaux et de niveau avec eux.
En plaçant l’œil vis-à-vis de chacun de ces traits on doit avoir l’image de la boule au centre du prisme correspondant, si celui-ci est bien placé. S’il n’est pas dans la bonne position, on l’y amène et on l’y maintient au moyen de petites cales en bois qu’on introduit entre le bord de l’alvéole et le prisme. On achève ensuite de remplir les vides avec un mastic de céruse et d’huile de lin, qui, au bout de quelque temps, devient très dur et ne se prête plus à aucun déplacement des prismes.
108. — Projecteurs électriques. — L’importance des projecteurs croît de jour en jour dans la tactique navale h C’est le plus efficace moyen de défense que possèdent les cuirassés contre les attaques nocturnes des torpilleurs. Pour la protection des côtes et la défense des passes, les projecteurs sont encore d’un service extrêmement apprécié. Aussi leur emploi se généraliset-il de plus en plus, non seulement sur les navires de guerre qui en possèdent maintenant chacun six et même huit, mais encore dans les blockhaus de nos forts et même dans les sections techniques de nos corps d’armée en campagne. Les premiers appareils employés pour les projections électriques étaient métalliques à section parabolique ; le poli disparaissait rapidement et avec lui les propriétés réfléchissantes du miroir.
Fresnel substitua au miroir des lentilles de verre savamment combinées pour donnerai! faisceau lumineux
{ Le nombre total des projecteurs actuellement en service dans le monde entier est de plusieurs milliers ; on peut s’en faire une idée approximative d’après les chiffres de vente du projecteur Mangin (2 800 exemplaires) et du projecteur parabolique Schuckert (300 exemplaires); ces chiffres, comptés depuis 1887 seulement, sans parler des réflecteurs lenticulaires et autres, montrent tout l’intérêt qui s’attache à cette question.
§ 4. — PHARES 371
tin parallélisme suffisant. Son appareil était inaltérable, mais trop coûteux et d’un maniement trop délicat.
C’est pour remédier à ces inconvénients, qui s’exagèrent dès que la lentille atteint certaines dimensions, que M. le colonel Mangin a créé ses miroirs aplanétiques. On sait que le miroir Mangin est formé d’une glace taillée sur ses deux faces suivant deux sphères de rayons inégaux, et argentée sur sa face convexe. Les rayons envoyés par la source lumineuse placée du côté de la concavité du miroir sont réfléchis sur la face argentée et sortent après avoir subi une double réfraction. Le colonel Mangin a déterminé les relations qui doivent exister entre les rayons des deux sphères, l’indice de réfraction du crown employé, et l’épaisseur minima du miroir pour que les rayons incidents sortent suivant des directions sensiblement parallèles à l’axe optique.
Le miroir Mangin, qui est, grâce à la courbure différente de ses deux faces, un moyen extrêmement ingénieux d’obtenir le parallélisme des rayons émis par une source lumineuse, est employé concurremment au miroir parabolique, qui, géométriquement, est le seul miroir qui résoudrait le problème si la source lumineuse était réduite à un point.
109. — Situation actuelle des phares en France. — Le nombre total des phares électriques construits, en comptant ceux qui sont en cours d’exécution, sera de treize. Les phares électriques sont des phares de grand atterrage. On a reconnu en effet par de nombreuses expériences que l’électricité donnait une puissance incomparablement plus grande que l’éclairage à l’huile. Les phares électriques sont donc destinés à remplacer les phares de leur ordre à l’huile. Quoique ces
derniers soient au nombre d’une cinquantaine en France, il n’est pas possible jusqu’à présent d’y substituer partout l’électricité : les raisons budgétaires s’y opposent. De toute manière, on ne dépassera pas, comme nombre de phares électriques, le nombre actuel de phares de leur ordre à l’huile minérale. Il est à présumer que, d'ici longtemps, on s’en tiendra au nombre de treize que nous venons de citer. La France se trouve, en effet, de beaucoup la nation qui possède le plus de phares électriques. L’Angleterre en a quatre seulement.