TROISIÈME PARTIE
« Beau ( Il is (rué/i, trutk heatiiy. »
Keats.
Impression ofleautij, personally cxpressed, is the spirit ofpoetvjj.
Leila Crackanthorpe.
H Rubcrt eraekantiiorpc c^t Gharks Lacoste
Vous coules avoir quelques pages d'une œucre écriée vers mes dix-neuf ans (1 888. ...).
J'aurais pu imiter le stijle de Flaubert ou celui de Leconte de Liste, et faire, comme un autre, un poncif.
J'ai fait des vers faux et fai laissé de côté, ou à peu près y toute forme et toute métrique, mais Je ne confonds pas ceux qui croient que la langue est le cœur arec ceux dont le tempérament est de mettre leur cœur dans un style.
Je n'avais pas le tempérament de ces derniers. Qu'ils aient nom Lamartine, Musset, de Saint-Pierre, Leconte de Liste ou Loti, ceux-là Je les salue arec la modestie décotieuse d'un enfant de chœur devant des divinités.
Mon style balbutie, mais J'ai dit ma vérité, et, du moins. Je ne cherche pas à prouver que J'ai du génie, en érigeant en doctrine moderne les défauts grossiers d'une langue.
Je ne veux blâmer ni prôner ma façon de faire, mais, ce que J'affirme, c'est ma haine des écoles, ma tolérance, mon amour de la vérité et ma pitié de ce lieu commun, qui est le cœur de l'homme.
Pour être vrai, mon cœur aparté comme un enfant. Je vous dédie ceci:
A toi, CiuirLanr/i H'/tf, tlt'jà rèlrhi'i* fn ton pfc/Sj et 'fd a sciill passer en (ni le sonfUr Je Vfunonr et., de la pltiè ;
A toi, Ltiri).<f(', ijul ri'sit'iua pem-èfre daa^ Vo'ii'tr;^, simple et beau comme cr msifr 7//'' v tts /tfint (fi Jond tin ricKx janllii iriste.
Le 10 mai 189:3.
FHA\(:iS J A MME S. (l)
Celte troisième partio. y/// eomorend rint/i et une pièces et celle préface, a tlt\jà èlè imprimée en 1 6'0o. Il en fat tiré sealeincnt cinquante exempUtires.
Je rcme/'cie ceux qui ont aimé ces siiuples c/ios'js, et principalement MM. StépJuuie Mallarmé, Henri de Ré'/nieret André Gide,
SA
Elle va à la pension du Sacré-Cœur.
C'est une belle fiUc qui est blanche.
Elle vient en petite voilure sous les branches
des bois, pendant les vacances, au temps des fleurs
Elle descend le coteau doucement. Sa charrette est petite et vieille. Elle n'est pas très riche et elle me rappelle les anciennes fami'lcs d'il y a soixante ans, gaies, bonnes et honnêtes.
Elle me rappelle les écolières d'alors qui avaient des noms rococo.-, des noms de livres de distribution des prix, verts, rouges, olives, avec un ornement ovale, un titre en or :
Clara d'Ellébcuse. Eléonore Dcrval.
Victoire d'Etremont. Laure de la Vallée.
Lia Fauchereu«^e. Blanche de Percival.
Rose de Liinéreuil ei Sylvij Laboulaye.
Et je pense à ces écolières en vacances, dans des propriétés qui produisaient encor, mangeant des pommes vertes, des noisettes rances devant le paon du parc frais, noir, aux grilles d'or.
C'était de ces maisons où y avait table ouverte. On y mangeait beaucoup de plats et on riait.
Par la fenêtre on voyait la pelouse verte et la vitre, quand le soleil baissait, brillait.
Et puis un beau jeune homme épousait l'écoliôre — une très belle fille qui était rose et blanche — et qui riait quand au lit il baisait sa hanche. Et ils avaient beaucoup d'enfants, sachant les faire.
Je parle de Dieu — rfiais pourtant est-ce que j'y crois? — A cinq ans on me disait : tiens un croquant. . .
Va le manger avec Marie
aux vêpres. Sois bien sage et prie
le bon Dieu, la vierge Marie.
— Puis c'était la procession
que la bonne et moi nous suivions.
et de belles fleurs en coton
dans des vases de loterie.
Les petites filles fleuries
jetaient en l'air des fleurs jolies.
Je levais la tête pour voir le curé, le grand ostensoir qui luisait sur le reposoir.
Et on chantait : ô bonne vierge !
ô lys sans tache ! Fleur des berges !
— Et l'on voyait briller des cierges.
Et l'on jetait encor des fleurs
et Ton chantait : prenez mon cœur,
Notre Dame des sept douleurs I
Le curé était magnifique
levant les bras pour les cantiques.
Kt j'entendais dans ces cantiques :
tu-u-us... tu uus...
ritus uum
us tuus.
Et Ton jetait encor des roses.
Les femmes pleuraient presque à cause
de ces si belles, belles choses.
Je voyais le petit Jésus àXocl, dans la crèche, nu.
L'âne regarda' t par-dessus.
Et maman disait : les rois mages portent la myrrhe, les images au petit Jésus qui e.st sage.
lù je croyais que Dieu ôtait
un vieux tout blanc qui vous donnait
toujours ce qu'on lui demandait.
Ça m'est bien égal, ceux qui disent qu'il existe ou non — carrés^'isc du village était douce et grise.
A LÉOPOLD BAUBY.
Il va neiger dans quelques jours. Je me souviens de l'an dernier. Je me souviens de mes tristesses au coin du feu. Si Ton m'avait demandé : qu'est-ce) J'aurais dit : laissez-moi tranquille. Ce n'est rien.
J'ai bien réfléchi, l'année avant, dans ma chambre, pendant que la neige lourde tombait dehors.
J'ai réfléchi pour rien. A présent comme alors je fume une pipe en bois avec une bout d'ambre.
Ma vieille commode en chêne sent toujours bon. Mais moi j'étais bête parce que ces choses ne pouvaient pas changer et que c'est une pose de vouloir chasser les choses que nous savons.
Pourquoi donc pensons-nous et parlons-nous r C'est drôle ; nos larmes et nos baisers, eux, ne parlent pas et cependant nous les comprenons, et les pas d'un ami sont plus doux que de douces paroles.
On a baptisé les étoiles sans penser qu'elles n'avaient pas besoin de nom et les nombres qui prouvent que les belles comètes dans Tombre passeront, ne les forceront pas à passer.
Et maintenant même, où sont mes vieilles tristesses
(le l'an dernier?- A peine si je m'en souviens.
Je dirais : laissez-moi tranquille, ce n'est rien,
î^i dans ma chambre on venait me demander : qu'est-ce >
Le pauvre pion doux si sale m'a dit: j'ai
bien mal aux yeux et le bras droit paralysé. .
Bien sûr que le pauvre diable n'a pas de mère pour le consoler doucement de sa misère.
Il vit comme cela, pion dans une boite,
et passe parfois sur son Iront froid sa main moite
Avec ses bras il fait un cuussin sur un banc et sassoupit un peu comme un petit enfant.
Mais au lieu de traversin bien blanc, sa vareuse se mêle à sa barbe dure, grise et crasseuse.
Il économise pour se faire soiy:ner.
Il a des douleurs. C'est trop cher de se dcucher.
Alors il enveloppe dans un pauvre linge
tout son pauvre corps misérable de f^rand sinj^e.
Le pauvre pion doux si sale m'a dit : j'ai bien m:il aux yeux et le brâ< droit paralysé.
La poussière froide tourne et fait \ '/or dos papiers, et le vent gratte la terre ainsi qu'il :i balai qui racle, et lescheva'ix ont froid dans la ru : et c'est un specUi .! : que de voir sur les pavés les réverbères briller.
Ce matin le soleil froid rendait omme de la corne les feuilles des platanes encore verics de< cours où lèvent remuait de temps en temps ce jaune jour qui fait dire aux gens que le temps du mois d'oclobrj es'
mi:rne
Le brouillard sent la fumée : \\\\ ;ct d'eau ne bousîc pa-et l'on dirait qu'il est en suif trè^ blanc ou bien en L'hue. dans le ciel en laine sale où le- feuilles sèches passent. Et le son du vent continue cl T. m presse le pas.
Les contrevents ^a-incent, co:v.'c;U le mur et rcbon.liss:;j.. et l'on entend quelquefois tombe:* la tuile d'un ti.â'.. ou bien les \itres d'un tambour <e casser et l'on voii. les gens qui courent sous les nuLiges de fer qui gii^se.v
La poussière fruide tourne et lai: v>)lc:" des papiers, et le froid très cvu vous donne une espèce de migrai:'. La poussière mince tourne cl sur \c< pavés se traînenl les fiacres dont on entend le-^ \ilres froides trembler.
Au bord de l'eau verte, les sauterelles
sautent ou se traînent, ou bien sur les fleurs des carottes frêles
grimpent avec peine.
Dans l'eau tiède filent les poissons blancs
auprès d'arbres noirs dont Tombre sur l'eau tremble doucement
au soleil du soir.
Deux pies qui crient s'envolent loin, très loin,
loin de la prairie, et vont se poser sur des tas de foin
pleins dhe^bes fleuries.
Trois paysans assis lisent un journal
en garda:, t les bœufs près de râteaux aux manches luisants que
touchaient leurs doigts calleux.
Les moucherons minces volent sur l'eau,
sans changer de place. Kn se croisant ils passent puis repassent,
vont de bas en haut.
Je lape les herbes avec une ^^aule
en réfléchissant et le duvet des pissenlits s'envole
en suivant le vent.
y\vcc les pistolets aux fontes
il monte, il monte, il monte, il monte
monte la cote de la route,
le soir dans la campagne rousse.
Chapeau tricorne : û est marquis ; relevés sont ses pans d'habit.
Du tricorne uneroide tresse tombe et en avant il se baisse.
Il est rasé, rasé, rasé,
a les yeux bleus, un rouge nez.
Kt il arrive près d*un bois :
il écoute, écoute des voix.
Les mLisons sont loin, dans du bleu, sur le coteau rayé de feu .
(( Bourse ou vie I » quelqu'un a crié, il se dresse sur ses étriers.
Et ses mains garnies de dentelles fouillent les fontes de sa selle.
Et il prend les lourds pistolets aux canons de cuivre ouvragés.
Et à deux mains, à droite, à gauche, il tire, roide comme roche.
Le pistolet pète et crache un tas de feu avec un grand fracas.
Et il continue et il monte avec sa queue derrière le cou,
avec ses pistolets aux fontes, le chemin qui mène à Ramous.
J'ai vu, dans de vieux salons, des tableaux flamands, où, dans une auberge noire, on voyait un type qui buvait de la bière, et sa très mince pipe avait un point rouge et il fumait doucement.
Il avait le nez Tiolet et bonne mine,
c'était peut-être un très heureux négociant
qui avait des vaisseaux très lourds, des bâtiments
pleins de beaux ornements dorés, allant en Chine.
Il faisait le commerce des draps recherchés, des épices, et devait avoir dans sa chambre * des choses drôles, des pipes à gros boutd^ambre^ des vestes de femmes turques, de beaux objets.
11 avait sans doute une femme rouge et blanche qu*il caressait le soir dans son lit de richard. Et il virait considéré, se levant tard pour aller se promener, le poing sur la hanche.
Mais parfois ses affaires réclamaient £e=; soins Il était obligé de courir la contrée pour offrir ses marchandises, mais à l'entrée de la nuit, il gag:nait une auberge bien loin.
Pour le défendre des larrons, sa belle épéc était par lui suspendue au pied de son lit, prés des beaux colïrcs de fer des Indes, £orii< des grands bazars des capitales fortunées.
Et le peuple l'honorait, lorsque prés des quais, ses beaux bâtiments pleins de belles galeries gonflaient comme les belles bannières qui plient. leurs voiles où les marins luisants étaient gais.
Je sais que tu es pauvre :
tes robes sont modestes.
Mine douce, il me reste ma douleur : je te l'offre.
Mais tu es plus jolie que les autres, ta bouche sent bon — quand tu me touches la main, j'ai la foiio.
Tu es pauvre et à cause de cela tu es bonne; tu veux que je te donne des baisers et des roses.
Car tu es jeune fille, les livres t'ont fait croire et les belles histoires, qu*il fallait des charmilles.
des roses et des mûres, et des fleurs des prairies, que dans lapoôsie on parlait de ramures.
Je sais que tu es pauvre .
tes robes sont modestes.
Mine douce, il me reste ma douleur : je te Toffre.
Tu t'ennuies > — Klledure cette pluie qui est dure.
Je prcn-is ma pipe en g^lai^c que j'allume à une braise.
lu es loin et tu penses dans un coin aux vacances.
Les paves par la pluie sont lavés Je m'ennuie.
Aux carreaux blancs, j'écoute tomber l'eau froide en gouttes
Tu ne viendras pas, puisque tu es loin :
pas de risque.
Tu es loin :
je m'ennuie; je n'en-tends rien dans la pluie :
C'est deTeaii fine ou dure, passant tôt ou qui dure;
Je n'y vois
rien. — Entendre
là des voix
en deuil, tendres?-,
Je ne puis :
c'est la pluie d'un jour gris qui essuie.
Le chat est auprès du feu; le pot bout
Cette cuisine est très noire et deux saucisses routes sont au bout
d'une vieille canne noire.
Il pleut sur le vitrage de la cour.
Les vitres sont toutes noires, et dehors la pluie qui est fine court
devant les fçnéiics noires.
Je pense que je voudrais bian baiser.
dans sa robe toute noire, une jeune tille auprès du brasier
de cette cuisine noire.
On verrait luire la lampe à ^^az-mill
sur la cheminée qui est noire...
Ma [)etite chatte qui est très gentille
fait ron ron ron. Elle est noire.
Les carreaux rouges sont luisants, mouillé
Les souches de vigne sont noires.
et les chenets en fer sont tout rouilles.
La cuisine est toute noire.
Mais si tu étais en chemisa .auprès des tisons tout noirs, je pense que là. toute seule tu serais
blanche, blanche, blanche, blanche.
L'après-midi d'un dimanche je voudrais bien,
quand il fait chaud et qu'il y a de gros raisins,
dîner chez une vieille fille en une grande
maison de campagne chaude, fraîche-,où l'on tend du linge,
du linge propre, à des cordes, des liens.
Dans la cour il y aurait des petits poussins,
qui iraient près du puits — et une jeune tille
dînerait avec nous deux seuls comme en famille.
Nous ferions un dîner lourd et le vol-au-vent
serait sucré avec deux gros pigeons dedans.
Nous prendrions le café tous les trois, et ensuite
Nous plierions notre serviette très vite,
pour aller voir dms le jardin plein de choux bleu.^.
La vieille nous laisserait au jar lin tous deux.
Nous nous embj;^sscrions longtemps, laissant nos bouchc^
rouge^^ collées auprès des coquelicots rouges.
Puis les vêpres sonneraient doucement, — alors
clic cl moi nous nou^ presserions encor plus fort.
ta
Je regardais le ciel et je ne voyais
que le ciel gris, el un oiseau qui volait haut. Je n'entendais
pas un seul cri.
Et l'on aurait dit qu'il ne savait où aller
dans le ciel mou,
et qu'il se laissait tomber, au lieu de voler,
comme un caillou.
Puis il est parti. — Alors j'ai regardé bas :
j'ai vu les toits.
Que faisait cet oiseau si haut > — Je ne sais pas
Mais, celte fois,
en regardant ce point noir — je n'avais pensô
qu'à ce point noir et qu'au grand ciel gris où ce petit point passait.
C'était hier soir.
Le paysan le soir vient de la foire et toutes
SCS brebis marchent avec lui le long des routes.
Il y a des veaux qui ne veulent pas marcher
et il est obligé, pour les faire avancer,
de les tirer par le cou avec une corde.
Mais les veaux aux museaux blancs et morveux la mordent.
Les brebis se mettent à courir fort parfois
et le chien de Thomme, qui a l'air d'être en bois,
qui est jaune, les poursuit, aboie en arriére
et sur la route cela fait de la poussière.
Il y a la haie après la roule — et les champs
après la haie et après des près — on entend
le gave de là ; plus loin les coteaux paraissent
avec de grands carrés verts, jaunes, roux. Où cessent
les coteaux, par dessus eux, mais bien plus loin,
des montagnes, puii, après elles, l'air sans fin.
Tape le linge dans l'eau claire.
Tes bras qui ont des fossettes
sont beaux. — Tes jambes tu les serres
Tu es la laveuse qui jettes Dans l'eau le linge dur eD sale des paysans aux douces têtes .
Et puis ensuite tu l'étalés
à des* ficelles dans les cours
qui sont près de Tobscurc étable.
Les dimanches et les grands jours, il y a des chemises blanches pour tes frères qui font l'amour.
Tu danses sous les grandes branches^ sur la place publique, au village, et on a envie de tes hanches.
Pendant ce temps les garçons sages au tir font péter des capsules et à la 'loterie ils gagnent.
Tu as l'air ainsi d'dtre heureuse
Mais demain tape dans l'eau claire le linge qui fait — plac — laveuse
— en écoutant l'eau sur les pierres.
La jeune fille est blanche, elle a des veines vertes aux poignets, dans ses manches . ouvertes.
On ne sait pas pourquoi elle rit. Pîfr moment elle crie et cela
est perçant.
Est-ce qu*elle se doute qu'elle vous prend le cœur en cueillant sur la route des fleurs?
On dirait quelquefois qu'elle comprend des choses.
Pas toujours. Elle cause, tout bas.
« Oh ! ma chère 1 oh ! la la ...
... figure toi.. . maidi je l'ai vu., j'ai n ri» — Elle dit comme ça.
Quand un jeune homme souffre, d'abord elle se tait :
elle ne rit plus, tout étonnée.
Dans les petits chemins, elle remplit ses mains de piquants de bruyères, de fougères.
Elle est grande, elle est blanche Elle a des bras très doux.
Elle est très droite et penche le cou
Je suis dans un pré où coule Teau froide dans Therbe,
le long des cerisiers, sur des joncs, des cailloux.
Les filles mettront les fleurs du pré vert en gerbes
pour la procession quand le temps sera doux :
les fleurs qu'on appelle bouquets faits, les joncs roses.
Les jeunes filles seront en blanc, et, le soir,
la procession jonchera le reposoir
et le curé dira de bien, bien belles choses.
Il élèvera le saint sacrement doré
et les larmes Aiendrontaux yeux — ô gloire, gloire,
gloire à Dieu, dira-t-on, que son nom soit sacré,
il est le Dieu puissant, le Dieu de la victoire.
Les encensoirs fumeront et les fleurs en l'air
se mêleront; les filles feront leur voix aiguô
et la procession reviendra dans ia rue
vers quatre heures, quand le soir est encore clair.
Les ronces pendent dans Iç che iiin, le vent passe ■dans les feuilles transparentes des peupliers, et dans le lavoir jaune il y a des laveuses, et souvent des linges à côtô sont plies.
Les canards, les poussins jaunes sont dans labour, les grillons chantent dans la haie, les moucherons au-dessus de l'eau volent en faisant des ronds. Les frelons volent et les peti.ts enfants jouent.
Le ciel est bleu. Les herbes près de l'eau sont bleues,
et au soleil les maisons en chaux sont plus blanches
et les paysans suivent à long pas les bœufs
►et derrière la herse qui racle ils se penchent.
Le vent souffle tout doucement sur le blé vert,
mais je passe ennuyé devant tputes ces choses
et sur les ajoncs qui piquent près des jardins
et près des fermes bien fraîches où aboient-les chiens,
sur le farouche rouge et sur le trèfle rose.
Bien que je m'ennuie, moi, je veux retourner là quand je serai malade encore, vcir des bûches dans les vieux jardins et secouer des lilas pour faire pleuvoir les hannetons, boire aux cruches sur Tévier frais, dans la cuisine qui sent fort, et rester seul avec moi d'un air doux et triste et puis me promener seul sans aller trop vite.
Les nuages sont blancs, la terre grise est tiàde.
Devant la ferme Tévier frais sue en dehors ;
cet évier est une pierre usée qui est froide
même à midi, quand tout est chaud et que tcjnt dort.
Les lézards courent sur les briques des murailles
dont les ongles peuvent enlever des morceaux.
II fait chaud, il fait chaud, il fait chaud, il fait chaud
et Ton s'égrati<^ne les jambes aux broussailles.
7 • La terre se fendille et nous avons été cueillir de la mousse pour une croix de tombe ; elle était jaune et sèche et j'ai gratté pour l'arracher; sur des flaques d'eau jaune tombent des feuilles, et au fond il y a des têtards.
Dans les prés il y a des fleurs fines qui bougent ; les pies viennent en criant sur les chênes ronds et sitôt que quelqu'un arrive, elles s'en vont. Vers sept heures tout le fond du ciel est très rouge.
Il y a sur la place un soleil chaud et b'anc. Sur la place on entend des marteaux qui résonnent dans la forge noire et rouge : un retombement. Les poulets piquent le grain dans la paille jaune. L'herbe a poussé entre les pavés près des bancs où sont des femmes qui causent et qui s'arrêtent de bavarder pour regarder passer les gens.
On dirait que les coqs ont du sang à la crête.
Il y a des roses sur le mur où il a plu ;
et dans la haie aussi et les feuilles sont molles.
Ce matin il y a du brouillard gris, et plus
on regarde loin, il est épais. Il se pose
sur le coteau au haut des feuilles des pins noirs ;
il fait un peu frais, mais pas trop. Je viens de voir
des laitières près du mur mouille plein de roses.
Sur la route il y a un peuplier ('c ^rcc dont le bois blanc est un peu jau ii ,jar la pluie ; j'avais les doigts froids pour le • y avoir passés. L'osiermouillé qui tient les portes des champs cric. Le foin du pré est couché ; dans la haie on voit des branches ncires de bois sec pleines de gouttes ; une pie est posée sur le bord de la rcutc, la pluie'couie de la paille des chars et des toits.
Le temps est gris, sans nuages : les hirondelles poussent des cris dans le ciel gris, humide et froid et elles font des croix noires avec leurs ailes. Leur cri est aigu et long au-dessus des toits d'où la fumée sort doucement des briques rouges. L'intérieur dc^ mansardes est noir et profond, et l'on ne peut pas voir ce qu'il y a au fond. Il commence à pleuvoir un peu à grosses gouttes.
Viens, je te mettrai des boucles d'oreilles
de cerises et je te montrerai les lon'gues treilles où volent des merles bleus et des grives.
Viens, c'est la saison des grandes chaleurs
et des fleurs Sur les fossés poudreux les carottes blanches poussent : il y a encor deux ou trois pervenches. Dans le fond des bois frais les oiseaux crient.
Le cie cuit.
Dans les mares il y a des joncs longs, et les grenouilles grises font dès bonds.
Dans les endroits chauds et frais, vois les sources-
qui sont douces.
Dans le terrain rouge ou bien sur la mousse elles coulent près des abeilles rousses.
A EUGÈNE ROUART
J'allai à Lourdes par le chemin de fer, .
le long du gave qui es: bleu comme l'air.
Au soleil les montagnes semblaient d'étain.
Et Ton chantait : sauvez î sauvez ! dans le train.
Il V avait un monde fou, exalté, plein de poussière et du soleil d'été.
Des malheureux avec le ventre en avant étendaient leurs bras, priaient en les tordant.
Et dans une chaire, où était du drap bleu, Uu prêtre disait : « un chapelet à Dieu ! ))
Et un groupe de femnes, parfois passait,
qui chantait : sauvez î sauvez î sauvez ! sauvez !
Et la procession chantait. Les drapeaux se penchaient avec leur devises en or.
Le soleil était blanc sur les escaliers.
dans l'air bleu, sur les clochers déchiquetés.
Mais sur un brancard, portée par ses parents, son pauvre père tête nue et priant,
et ses frères qui disaient : « ainsi soit-il », Jine jeune fille sur le point de mourir.
Oh ! qu elle était belle! elle avait dix-huit ans, et elle souriait ; elle était en blanc.
Et la procession chantait. Les drapeaux se penchaient avec leurs devises en or.
Moi je serrais les dents pour ne pas pleurer, et cette fille, je me sentais l'aimer.
Oh ! elle m'a regardé un grand moment, une rose blanche en main, souriant.
Mais maintenant où es-tu V dis, où est-tu > es-tu morte? je t'aime, toi qui m'as vu.
Si tu existes, Dieu, ne la tue pas :
elle avait des mains blanches, de minces bras.
Dieu ne la tue pas ! — et ne serait-ce que pour son père nu-tête qui priait Dieu.
Au moulin du bois froid où coule <^e l'eau claire, près des rochers il y a de la fougère.
Tout près du bois bleu une jeunefille blonde lavait le linge et Teau coulait à l'ombre.
Et elle avait retroussé sa robe assez haut :
on voyait ses jambes blanches dans l'eau.
J']t les chemins étaient frais, étroits, mauvais, noirs comme si ç'avai!: été le soir.
Les chênes ronds et durs empêchaient la chaleur et sur la mousse il v avait des fleurs.
Nous marchions sur les petits cailloux des sentiers, près des ronces rouges, des églantiers.
Parce qu'on dépiquait du froment, la batteuse ronflait au soleil sur la paille creuse.
Mais je repasserai dans le bois où dans l'eau une fille fraîche à la robe haut.
J'irai sur la noire et violette bruyère couper avec etïort de la fougère.
Est-ce que la nuit, quand il y a des ctnilcs, elle lave encore au ruisseau ses toiles?
Pourquoi cela r — Bah î sur la bruyère violette, sur la fille chantera ralou^ttc.
lu je repasserai dans le bois où dans l'eau cette fille blanche a la robe haut.
Tu rirais d'un pauvre diable qui t'aimerait et cependant tu pourrais devenir ja chienne d'un homme qui ne t'aj»merait pas et rirait.
Cnois-moi : préfère le pauvre diable sans haine qui serait pour toi très complaisant et très doux. Puis, qu'est-ce qui te dit que, comme une chérie, tu ne mettrais pas tes minces bras à son cou en croisant tes petits doigts comme quand on prie r
Va : n'attends pas un grand poète à cheveux longs : il n'en existe pas plus que des mousquetaires ou que des princes russes distingués et blonds. Le bien-aimé ne se trouve pas sur la terre ; et pourtant devant le pauvre diable tu ris parce que tu lisais, étant toute pciiie, dans les livres de distribution des prix que les beaux fiancés se faisaient aimer vite.
Regarde les vieux qui sont ridés et tout blancs
et qui dans leur temps croyaient, eux aussi, des choses
ils ont de grosses veines dans leurs doigts tremblants
et sont confus de s'être offert jadis des roses.
Puis, je crois que si l'on a plus tard des enfants,
il vaut bien mieux qu'un peu d'amitié vous rapproche,
car ràmitié fait mieux aimer l'enfant — souvent
la femme embrasse son maricontrct son mioche.
GENERAL BOOKBINDING CO. v