PREMIÈRE PARTIE
A Pierre Loti, maître dont la tristesse mortelle a écrit un li ore immortel et à Chasscriaa qui a écrit DEUIL DE FILS, licre qui est son cœur, et qui est doux comme un missel d'aïeule morte : je dédie ces vers de mes cinrjt-quatre et vingt-cinq ans, parce que l'un et l'autre, unis par un lien de mélancolie, en ont aimé et compris la* pensée, difficile parce quelle est simple — et parce qu'ils se sont arrêtés un moment pour en écouter l'harmonie.
Ainsi des chercheurs de miel s'arrêtent un instant, l'Eté, pour écouter vibrer une abeille sur la paix des bruf/ères,
Francis JAMMES.
J'ai été visiter la vieille maison triste
du village où vécurent les anciens parents :
la route en cabriolet, pleine de soleil
était toute triste et douce comme le miel.
Il y avait la plainebleue et des pigeons
qui volaient le long des labours que nous longions.
La jument était bien vieille et bien fatiguée.
Elle me faisait de la peine et semblait âgée
comme les choses de l'ancien temps où j'allais.
Je savais que, depuis cent ans, ils étaient morts,
les vieux parents naïfs, doux, aux yeux sans remords,
qui allaient sans doute à la messe le dimanche
avec leur plus magnifiques chemises blanches.
J'avais appris qu'ils avaient demeuré jadis
dans ce village loin où alors je partis
pour voir si je reconnaîtrais cette patrie
où doivent être leurs tombes pleines d'orties.
En arrivant je déposai le petit chien
doux qui dormait sur mes genoux entre mes mains.
Le paysan se mit à l'ombre de la place
qui était au soleil froide comme la glace.
C'était midi au vieux clocher tout ruiné,
près d'une tour vieille comme le passé,
et des gens à qui je m'adressais répondaient :
les gens dont vous parlez... nous n'avons pas idée...
il y a très longtemps, sans doute, très longtemps.. .
il y avait une femme de quatre-vingts ans
qui est morte il y a quelques jours. Elle aurait pu j! vous renseigner peut-être sur ces disparus.
;i Et j'allais de porte en porte — et chez le notaire
!: qui a Tétude du pore de mon arriCre grand-pôre
;* et che? le curé qui ne connaissait pas non plus...
Et je passais devant des portails vermoulus, des jardins abandonnes où, par les grosses grilles, on voyait près des maisons sans plus de familles des roses trémières roses dans l'herbe bleue près des portes fermées par la vieille poussière comme les portes des cercueils des cimetières. Et je passais sans vouloir voir les âneries, les nouveautés, des drapeaux neufs sur la mairie et des lettres d'or qui disent je crois la république. Non : je n'avais au cœur que mes vieilles reliques et,' arrière-arrière-petit fils, je venais me rappeler les morts aimés dont je suis né.
Enfin je traversai la magnifique grille d'une très ancienne et très bonne famille:
la vieille dame avec un sourire très bon, le vieux monsieur courbé allant avec un bâton, et le fils de cette bonne et noble famille poétique ainsi que les plantes de la grille.
Vous êtes, dit la dame, un J ! oui, jadis,
ils habitèrent le village... un vieux notaire dont les fils vers les aventures s'en allèrent... Notre famille a acheté la maison en ruine.
Et ils prirent la clef rouillée à la cuisine et me conduisirent à la porte cloutée, triste et bâtie contre l'église triste et vieille, à la porte cloutée au marteau plein de rouille, et les murs avaient des fenêtres tristes aussi fermées parla poussière de la mort, du temps.
Et ils m'ouvrirent la porte forte en grinçant.
Et je montai les escaliers vermoulus, tristes. C'est là, qu'ils étaient passés, eux aussi, les Vieux qui maintenant sans doute reposent aux cieux ; et dans l'intérieur de la maison, sur le plâtre qui était crevé, sur les cloisons, surl£s portes que les années avaient noircies, comme si elles avaient été des incendies, le soleil n'entrait pas et tout était si noir que c'était un deuil aussi que je croyais voir.
Et ils disaient : (( Vovez ici. .. C'était l'étude... » L'étude... l'étude... et la décrépitude de la maison était pleine d'un grand silence, et je croyais entendre que les morts dans le ciel se taisaient dans la maison triste où je venais
Avec une tristesse douce je saluai
la bonne famille obligeante et je m'en allai
Je remontai dans la carriole au grand soleil
pour regagner la petite ville lointaine.
Et le pauvre cheval tristement repartit,
et le petit chien triste et ttès doux s'endormit
^ntre moi et le paysan doux son maître.
Et prés des champs, des pigeons tristes s'envolèrent.
Dont les fils vers les aventures s'en allèrent, avait dit la bonne dame vieille, derrière la grille pleine de roses trémières roses dans rherbe bleue.
Et ce fut une douce chose, lorsque je repassai devant mon lieu natal, devant la petite gare aux vieux catalpas de l'endroit où je suis ne. J'ai vu encore rimpression de mes quatre ans : l'eau claire à Tombre, coulant entre des berceaux de feuilles glacées, de quand je me demandais où allait l'eau, au soleil, si loin, l'eau, dans cette obscurité qu'elle a au soleil. Et j'ai revu l'enfance, quand je cherchais où était la fin de cette eau. Et depuis, j'ai revu de même ce ruisseau.
Il y a par là un vieux château triste et gris comme mon cœur, où quand il tombe de la pluie dans la cour abandonnée, des pavots plient sous l'eau lourde qui les effeuille 'et les pourrit.
Autrefois sans doute la grille était ouverte, et dans la maison les vieux courbés se chauffaien' auprès d'un paravent à la bordure verte où il y avait les quatre saisons coloriées.
On annonçait les Percival, les Demonville qui arrivaient dans leurs voitures, de la ville, et dans le vieux salon soudain plein de gaîté, les vieux se présentaient leurs civilités.
Puis les enfants allaient jouer à cache cache ou bien chercher des œufs. Puis dans Içs froides chambres ils revenaient voir les grands portraits aux yeux blancs, ou, sur la cheminée, de drôles coquillages.
Et pendant ce temps les vieux parents se parlaient de quelque petit fils au portrait peint à l'huile, disant : il était mort des fièvres typhoïdes, au collège. Que son uniforme lui allait !
La mère qui vivait encor se souvenait (le ce cher fils mort presc^ue au moment des vacances, à l'époque où les feuilles épaisses se balancent clans les grandes chaleurs auprès des ruisseaux frais.
Pauvre enfant — disait-elle — il aimait tant sa mère,
il évitait toujours de faire de la peine.
Et elle pleurait encore en se rappelant
ce pauvre fils très simple et bon, mort à seize ans.
Maintenant la mère est morte aussi. Que c'est tiistc. C'est triste comme mon c^cur par ce jour de pluie et comme cette grille où les pavts roses plient sous l'eau de pluie l<»urdc qui luit et qui les pourrit.
Les villages brillent au soleil dans les plaines, pleins de clochers, de rivières, d'auberges noires, au soleil ou sous la pluie grise ou dans la neige avec des cris aigus de coqs, avec des blés,
avec des chars qui vont lentement aux labours, avec des charrues qui sont couleur de la lune, avec des voix de paysans qui ont des sabots lourds, avec des femmes qui ont la peau en terre brune,
avec des matins bleus, avec des soirées bleues, avec des champs de paille qui sentent la menthe, avec des fontaines crues où l'eau claire chante, avec des oiseaux qui font balancer leurs queues,
avec des jardins, des vieilles paralysées,
des sons d'angelus, des piaillements de poules,
avec des chants de vêpres et de noires croisées
et des hommes qui chantent et d'autres qui se soûlent;
avec des églises calmes où quand il y a
des journées de chaleur on sent une odeur fade
et fraîche et un si grand silence
qu'on dirait qu'une chaise a grincé dans le froid;
avec des rjules longues et blanches où daiisciii les cailloux au soleil, avec des kilomètres, avec les pigeons des demeures des vieux prôtres, avec des gens qui rient et d'autres de souffrance.
avec la nuit qui tombe sur les grands champs , avec des grincements de char, des paysans calmes qui semblent réfléchir et qui ont Tair au loin de se fondre dans la nuit lentement et grands ;
avec de pauvres bœufs qui beuglent dans l'étable, les cris longs et poignants des cochons qu'on égorge, avec des verres épais posés sur les tables et des femmes portant leurs petits sur la gorge ;
avec des voleurs qui vont entre deux gendarmes, avec le tonnerre qui ouvre les grands chênes en faisant un bruit de char tout rempli de pierres qui roulerait dans un bas-fond tout noir et largre ;
avec un petit oiseau, dans le vieux jardin , qui crie tout seul auprès des roses de la vigne, avec des enfants qui vont pêcher à la ligne, avec le bpugement bleu du vent dans les lins ;
avec la terre, avec la mer, avec le ciel,
avec des feux lointains qui semblent respirer
sur les collines, quand la nuit vient de tomber,
et qu'un* homme chante au loin dans le grand silence;
avec des sentiers où, quand c'est le mois d'octobre, le vent fait voler les feuilles des châtaigniers qui grattent les petits cailloux ronds des sentiers ; avec des soirs de pluie pleins de lumière jaune,
avec des chiens qui aboient au loin longuement après les lièvres, et le mois de Marie sonnant, et puis les vieux curés des tristes presbytères qui lisent près des roses, le soir, leur bréviaire;
avec les étables où sont les douces génisses et les vaches poussant de longs gémissements, et les cochons qu'on tue en les saignant longtemps et leurs cris aigus de mort quand ils s'affaiblissent;
avec les oiseaux gais dont la voix est mouillée, près de l'eau, sur les petites branches qui plient ; et, sautant comme des boules roulent, les pies qui crient'Ct dont la voix semble toute rouillèe.
Ainsi vont, dans les larges plaines, les villages
éparpillés qui chantent dans l'air bleu et clair,
ou qui se taisent, sous le ciel couleur de fer,
sous les raies de pluies fine en travers qui bruissaillent ;
avec un chat immobile au milieu d'un champ, avec les femmes à pas lents qui songent, laissant tomber les grains de maïs et comme si elles songeaient qu'il ne faut pas contrarier la terre ;
avec les hommes qui prennent dans un tamis le froment qu'ils lancent fort, au-dessus de t<^rrc, qui fait au soleil un nuage de poussière ; avec la nuit épaisse où tout est endormi.
Ainsi vont les doux villages éparpillés sur les coteaux, aux flancs des coteaux, à leurs pieds, dans les plaines, dans les vallées, le long des gaves, prés des routes, prés des villes et des montagnes;
avec les clochers minces au-dessus des toits, avec, sur les chemins qui se croisent, des croix, avec des troupeaux longs qui ont des cloches rauqucs et le berger fatigué traînant ses sabots ;
avec des roues de moulin noires battant l'eau claire et faisant au soleil de la poudrure en verre, avec le bois à l'odeur aigre et forte, avec des piverts qui cognent les arbres de leur bec ;
avec les vignes aux soleil et les ajoncs, "
les villages s'étendent ainsi parmi les plaines :
il y en a encore et encore et les graines
sortent, les clochers sont pleins d'oiseaux et les sillons ;
avec la caille qui court inquiètement, avec le lièvre blessé qui crie plein de sang noir, avec les ruisseaux en cuivre, quand c'est le soir qui ont Tair de se cailler très lentement ;
avec les palombes aux yeux rouges et tout ronds qui arrivent de loin dans le gris des nuages et les grues qui grincent dans le froid et qui font, comme des serrures rouillées, un bruit sauvage ;
avec les paysans en noir allant le matin à quelque enterrement de quelque vieux village où ils iront manger du pain et du fromage et boire dans un verre épais un peu de vin ;
avec les prairies d'eau où se coulent les râles, avec les crimes qu'on commet sur les chemins et les mendiants idiots avec des képis sales mendiant des sous noirs avee leurs pauvres mains ;
avec la prétention des hommes politiques, avec le bruit glacé des sabots dans la rue et les journaux collés sur la place publique sur laquelle passe un long vol de grandes grues ;
avec les oiseaux attachés par une patte que font souffrir des enfants devant les portes, des enfants que l'on peigne, aux figures plates, aux figures en suif rouge luisantes et béates;
avec les grands coteaux où le soleil est doux
et le bois frais où claque la tiède pluie d'orage,
et les arrêts, quand ils marchent, des grands bœufs roux
que conduit en sifflant un enfant du village.
Je mettrai des jacinthes blanches à ma fenêtre, dans l'eau claire qui paraîtra bleue dans le verre.
Je mettrai sur ta gorge blanche
et luisante comme un caillou
du ruisseau, des boules de houx.
Je mettrai sur la pauvre tête
du malheureux chien tout rogneux
qui a des taches dans les yeux
la plus douce de mes caresses, pour qu'il s'tn aille grelottant un tout petit peu plus content.
Je mettrai ma main dans la tienne, et tu me conduiras dans l'ombre où tournent les feuilles d'automne,
jusqu'au sable de la fontaine que la pluie si douce a troué, où se détrempe le vieux pré.
la pluie fine
ma pensée douce comme la bruine,
Je mettrai suj: l'agneau qui bê le une branche de lierre amer qui est noir parce qu'il est vert.
J'étais gai et l'église était calme au solpil, près des jardins où sous la vigne y a des roses, prés de la route où les oies et les canards causent, les belles oies qui sont blanches comme du sel.
Sainte-Suzanne est le nom du petit village :
c'est un nom doux ainsi qu'un vieux nom de grand'mére.
L'auberge est pleine de fumée et de gros verres.
Les vieilles femmes n'y ont pas de babillage.
Il y a au soleil des chemins très obscurs, pleins de feuillages frais, et qui n'ont pas de fin. On s'y donnerait des baisers longs, doux et durs, par les après-midi des dimanches beaux et simples.
Je pense à tout cela. Alors une tristesse
me vient d'avoir laissé la femme que j'aimais.
J'avais vu autrement, alors, le mois de mai,
car mon cœur est fait pour aimer, aimer sans cesse.
Je sens que je suis fait pour un amour très pur comme le soleil blanc qui glisse au bas du mur, et j'ai dans mon cœur des amours froids comme ceux quand je passais ma main à travers ses cheveux.
Le soleil pur, le nom doux du petit village, les belles oies qui sont blanches comme le sel, se mêlent à mon amour d'autrefois, pareil aux chemins obscurs et longs de Sainte-Suzanne.
— ji —
Tu serais nue sur la bruvdre humide et rose, " comme ces femmes qu'on apprend en classe, près de chèvres se donnant des coups au bas des prés. Tu dormirais en ne rêvant d'aucune chose, et tes jambes pareilles, tiôdes et douces luiraient dans la pluie verte et glacée de la mousse. Ton corps serait comme Tair et l'eau qui sont purs. Un grillon aigre chanterait dans le vieux mur d'une maison abandonnée et qui aurait, à SCS pieds, les champignons roses des forêts. Les alouettes qui ont la couleur de l'argent siffleraient en volant vite. Et, tout en dormant, tu mettrais une main dans tes cheveux remplis de brins de paille agaçants de roides épis.
Les grues sont passées dans le ciel gris et leurs longues lignes filaient en grinçant, cris de neige et d'ombre : c'est la saison où Ton va pour orner les tombes.
Les misérables, les aveugles mendieront avec leurs mains rouges et luisantes. Ils iront mourir dans les soirs noirs en riant de frissons.
Les bêtes souffriront. J'ai vu un vieux mendiant
avec des taches sur les yeux et maltraitant
son pauvre chien la queue sous le ventre, tremblant.
Il le traînait, l'étranglant avec une corde, disant : je l'ai jeté à Teau trois fois. La corde a cassé. Il revient, le cochon ! et la corde
tirait. Et le vieux chien, compagnon de misère de ce vieux, semblait lui dire : laisse moi sur terre m'accrocher encore à tes habits pleins de poussière
Et lui, étant homme, plus mauvais que le chien, disait : cochon ! cochon ! va! je te noierai bien, et ils allaient tous deux sous le grand ciel d'étain.
L.a maison serait pleine de roses et de guêpes. On y entendrait, l'après midi, sonner les vêpres ; et les raisins couleurs de pierre transparente sembleraient dormir au soleil sous l'ombre lente. Comme je t'y aimerais. Je te donne tout mon cœur ^qui a vingt-quatre ans et mon esprit moqueur, mon orgueil et ma poésie de roses blanches; et pourtant je ne te connais pas, tu n'existes pas. Je sais seulement que si tu étais vivante, et si tu étais comme moi au fond de la prairie, nous nous baiserions en riant sous les abeilles blondes, •près du ruisseau frais, sous les feuilles profondes. On n'entendrait que la chaleur du soleil.
Tu aurais l'ombre des noisetiers sur ton oreille, puis nous mêlerions nos bouches, cessant de rire, pour dire notre amour que Ton ne peut pas dire; et je trouverais, sur le rouge de tes lèvres, le goût des raisins blonds, des roses rouges et des guêpes
lO
La poussière des tamis chante au soleil et vole. Mets ton épaule et tes cheveux sur mon épaule et mes cheveux. L'air est comme l'eau, et les bœufs passent dans le matin froid des chemins boueux. Les cloches des coteaux verts sonnent le dimanche. Tu viens de te lever. Tu es toute blanche.
Le silence est grand et très doux comme la ligne qui monte et descend, dans le ciel, sur les collines. On sent qu'on est sain et dans mon esprit bleu, je prie, parce que dans le ciel il y a Dieu.
A CHARLES DEBORDEU.
If
L'âne était petit et plein de pluie et tirait
la charrette qui avait passé la forêt.
La femme, sa petite fille et le pauvre âne
faisaient leur devoir doux, puisque dans le village
ils vendaient pour le feu le bois des fruits de pin.
La femme et la petite fille auront du pain
qu'elles mangeront dans leur cuisine, ce soir,
près du feu que la chandelle rendra plus noir.
Voici Noël. Elles ont des figures douces
comme la pluie grise qui tombe sur la mousse. '
L'âne doit être le même âne qu'à la crèche
qui regardait Jésus dans la nuit noire et fraîche :
Car rien ne change et s*il n'y a pas d'étoile,
cette nuit, qui mène à Jésus les mages vieux,
c'est que cette comète au tremblement d'eau bleue
pleure la pluie. C'était aussi simple autrefois
quand les anges chantaient dans la paille du toit ;
sans doute que les étoiles étaient des cierges
comme ceux qu'il y a aujourd'hui près des vierges
— et sans doute, — comme aujourd'hui les gens sans or
que Jésus, sa mère et Joseph étaient des pauvres.
Il y a cependant nous autres qui changeons
si rien ne change. — Et ceux qu'aime bien le bon Dieu.
comme autrefois aussi sous Tétoile d'eau bleue,
c'est les ânes très doux aux oreilles bougeantes,
avec leurs jambes minces, roides et tremblantes.
et les paysannes douces et naïves du matin
qui vendent pour le feu le bois des fruits du pin.
Tu viendras lorsque les bruyères au soleil près des routes qui se fendent ont des abeilles.
Tu viendras en riant avec ta bouche rouge comme les fleurs des grenadiers et des farouches,
'J'u lui diras que tu l'aimesdepuis longtemps, mais en lui refusant ton baiser en riant.
Mais lorsque tu voudras le lui donner, alors tremblante et suante, tu verras qu'il est mort.
J'aime l'âne si doux marchant le long des houx.
il prend garde aux abeilles et bouge ses oreilles ;
et il porte les pauvres et des sacs remplis d'orge.
il va, près des fossés, d'un petit pas cassé.
iMon amie le croit bête parce qu'il est poète.
Il réfléchit toujours.
Ses yeux sont en velours.
Jeune fille au doux cœur .
tu n*as pas sa douceur :
car il est devant Dieu l'âne doux du ciel bleu.
Et il reste à Tétable.
fatigué, misérable,
ayant bien fatigué
ses pauvres petits pieds.
II a fait son devoir
du malin jusqu'au soir.
Qu'as-tu fait jeune fille } Tu as tiré laiguille...
Mais Tàne s est blessé :
la mouche Ta piqué.
il a tant travaillé que ça vous fait pitié.
Qu'as-tu mangé petite r — T'as mangé des cerises.
L'âne n'a pas eu d'orge,
car le maître est trop pauvre.
Il a sucé la corde,
puis a dormi dansTombre.
La corde de ton cœur n*a pas cette douceur.
Il est l'âne si doux marchant le long des houx.
J'ai le cœur ulcéré :
ce mot là te plairait.
Dis-moi donc, ma chérie, si je pleure ou je ris >
Va trouver le vieil âne et dis lui que mon âme
est sur les grands chemins, comme lui, le matin.
Demande lui, chérie, si je pleure ou je ris ?
Je doute qu'il réponde :
il marchera dans l'ombre,
crevé par la doux^eur, sur le chemin en fleurs.