‹ Vers l'abîme (volume 2)Chapitre 50 sur 102 · Lettre du Révérend M. Hamel au Dr J. E. Landry · texte numérisé non relu

Lettre du Révérend M. Hamel au Dr J. E. Landry

Séminaire de Québec, 5 mai 1883.

Cher Monsieur, J'ai l'honneur d'accuser réception de votre lettre en date d'hier.

1° Vous y maintenez les accusations que vous avez portées contre moi, malgré les détails que je vous ai donnés dans ma lettre du 30 avril, détails qui devaient vous faire comprendre que vous vous étiez nécessairement trompé en interprétant, comme vous l'avez fait, notre conversation d'avril 1873;

2° Vous déclarez que vous êtes prêt à affirmer sous serment que vous êtes complètement étranger aux cancans qui circulent sur mon compta dans le public.

La première partie de votre lettre ne me surprend pas beaucoup, car je sais que lorsque vous êtes fortement impressionné d'une idée, il n'est pas dans votre nature de revenir sur vos pas.

Quant à la seconde, permettez-moi de vous mettre sur vos gardes avant que vous fassiez serment; car votre mémoire n'est pas sûre.

En effet,- dans votre lettre d'hier, il se trouve que vous mêlez singulièrement ce qui s'est passé dans vos entrevues avec MM. Lemieux et Bégin, de sorte que vous prétendez avoir dit à ce dernier Monsieur des choses que vous ne lui avez pas dites et qui changent votre position. De plus, je sais que vous avez conté à des laïques ce que vous regardez comme mes opinions, ainsi que votre conversation avec M. Bégin, circonstances qui ont, sans doute, échappé à votre mémoire. Il sera donc, je crois, plus prudent pour vous de ne pas dire sous serment que vous êtes étranger aux cancans qui circulent sur mon compte, puisqu'ils partent de vous, et qu'on s'appuie sur vos propres paroles pour les répandre jusqu'au dehors de l'archidiocèse.

Je regrette que vqus ayez pris pour une insinuation malveillante à votre égard ce que je vous ai dit touchant l'accusation de franc-maçonnerie lancée contre Mgr l'Archevêque. Il n'y avait pas d'insinuation contre vous, puis je vous disais que je ne pouvais vous appliquer à vous cette explication de votre silence vis-à-vis l'Ordinaire. J'avoue cependant, aujourd'hui, que vous pouviez être sous une impression contraire, vu que votre conscience vous rappelait un fait que j'ignorais au moment où je vous écrivais ma lettre du 30 avril, et que j'ai appris seulement depuis, savoir, que vous ne vous êtes pas gêné d'affirmer que le cardinal Franchi était un franc-maçon! Car, vraiment, qui fait plus, peut parfaitement s'imaginer qu'on le soupçonne de moins.

Je regrette aussi que vous ne m'ayez pas donné une explication

que je vous indiquais dans ma dernière lettre » c'est-à-dire « aussitôt qu'on m'en donnera l'occasion1. »

Vient alors une dernière lettre de M. Hamel qui contient l'étonnante admission que voici : « Je ne soupçonne aucunement votre bonne foi, dit-il au Dr Landry, et je crois que vous êtes réellement sous cette impression » (c'est-à-dire sous l'impression que je vous ai tenu la conversation que vous m'attribuez).

Et c'est après avoir ainsi admis la bonne foi du Dr Landry, après avoir reconnu qu'il est réellement sous cette impression, que M. Hamel a le triste courage d'exiger une rétractation.

Exiger une rétractation d'un homme dont ni proclame la bonne foi, exiger qu'il déclare faux ce que volontiers l'on admet

de votre silence sur mon compte depuis dix ans vis-à-vis l'autorité compétente, tandis que vous communiquiez, à des laïques avides de les répandre, vos convictions à ce sujet.

Malgré tout, cher Monsieur, je compte encore sur de nouvelles réflexions de votre part, et j'espère que, pour tout terminer, vous consentirez à signer et à m'envoyer la déclaration que je vous ai proposée. Je compterai sur une réponse jusqu'à Jundi matin, à 8 heures. '

J'ai l'honneur d'être, cher Monsieur, Votre très humble et obéissant Serviteur, , '

Thos. E. Hamel, Prêtre, Vie. Gén. de Québec.

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