Lettre du Révérend M. Hamel au Dr J. E. Landry
Séminaire de Québec, 7 mai 1883.
Cher Monsieur, J'ai l'honneur d'accuser réception de votre lettre de ce jour. I
Vous y dites que vous êtes prêt à déclarer sous serment que votre lettre du 3 mai renferme parfaitement toute la substance de ce que vous tenez de mes lèvres. Je ne soupçonne aucunement votre bonne foi, et je crois crue vous êtes réellement sous cette impression. Toutefois, quelque confiance que vous puissiez avoir dans votre mémoire, comme il s'agit d'une conversation, je vous conseille encore, si vous êtes appelé à faire serment, de dire que votre lettre du 3 mai renferme (non ce qui est la substance), mais ce que vous croyez être la substance de ce que je vous ai dit. Vous serez alors complètement dans le vrai pour ce qui vous concerne; et moi, en affirmant de nouveau que vous vous êtes complètement trompé, je serai également dans le vraù sans être au chagrin d'avoir à infirmer votre serment.
Comme vous ne m'accordez pas la déclaration à laquelle je crois avoir droit, je fais publier notre correspondance, vos lettres comme les miennes. J'espère qu'elles suffiront pour rétablir la vérité.
J'ai l'honneur d'être, Monsieur le Docteur,
Votre très humble et 'obéissant serviteur,
Thos. E. Hamels Prêtre, Vie. Gén. de Québec.
Xota. — Je me permets de résumer la situation.
En 1873, des accusateurs déloyaux cherchent à tromper le Saint-Siège en donnant à entendre qu'il y a à l'Université Laval des professeurs francs-maçons en dehors des professeurs protestants.
Je travaille à détruire cette impression fausse en constatant que, s'il Y a des professeurs francs-maçons, c'est uniquement parmi les protestants,
niatrices que les autres lettres de ce haut fonctionnaire ecclésiastique, comme il s'intitule lui-même. Ce n'est pas tout.
S. G. Mgr l'arch. de Québec, prenant fait et cause pour son Grand Vicaire, intervient dans le débat, et usant ou abusant de son autorité pastorale, permet la publication dans la presse de la correspondance échangée, et, à son tour, publie un
que nous avions des raisons graves de nommer ces professeurs protestants, et que, d'ailleurs, francs-maçons ou non, ces professeurs protestants ne sont pas hostiles à la religion catholique. Je dis que, parmi les protestants, au moins à Québec, la franc-maçonnerie est considérée comme une société de secours mutuel. Mais à cause du peu de temps à ma disposition, et à cause du mal énorme que produisent, en Italie, les sociétés secrètes, j'ai beaucoup de peine à faire comprendre aux employés de la Propagande cette situation spéciale du pays, qui nous a engagés à nommer des professeurs protestants (sans même penser à leur demander s'ils sont francs-maçons ou non).
De retour au Canada, dans une conversation amicale, et croyant avoir affaire à des hommes intelligents, je raconte, sans défiance, au Dr Landry, comme je l'ai fait à d'autres dans le temps, les misères qu'on nous a créées à Rome, en y donnant à entendre que protestants et francsmaçons sont deux catégories de professeurs admises au même titre à l'Université. — En exposant, à Québec, les raisons que j'ai déveîop] à Rome, et qui ont été comprises conformément au bon sens, il ne me vint pas à l'esprit de répéter, à chaque phrase : « Remarquez bien » que je ne parle pas des catholiques, mais des protestants, et seule- » ment au point de vue protestant ». Il est vrai que je le dis suffisamment dans l'ensemble, et que toutes mes assertions ont été admises plus tard à Rome, et qu'en conséquence Sa Sainteté Pie IX nous a permis de garder nos professeurs protestants; — mais cela ne suffit pas pour rassurer l'orthodoxie ombrageuse de M. le Dr Landry.
On sait ce que peut l'influence d'une préoccupation fortement ancrée dans l'esprit, sur la manière de comprendre ce que l'on entend dire. Intéressé, sans doute, à entendre dans un sens particulier, M. le Dr Landry saisit certaines phrases détachées qui semblent favorables à son cours d'idées, et, sans les rattacher à l'ensemble ou à ce qui a déjà été dit, il me met dans la bouche e„t, ce qui est pire, dans l'esprit, des idées que le plus simple bon sens ne me permet pas d'avoir!
Ma réputation personnelle est peu de chose, niais évidemment on cherche à atteindre plus haut que moi, en essayant d'amoindrir, sinon dp détruire, l'autorité morale qui se rattache nécessairement aux positions que j'ai occupées ou que j'occupe encore. — Aussi, quand j'ai constaté qu'on y mettait du zèle, je n'ai pas cru être justifiable de laisser faire sans protestations.
Je dois dire que je ne crois pas M. le Dr Landry aussi ardent que d'autre dans ce travail de démolissemont à la sourdine, censé au profit de la religion; mais on s'appuie sur ses affirmations : j'ai dû aller attaquer le mal à sa source.
Tbos. E. Hamel, Prêtre. Vie. Gén. de Qu<
mandement, en apparence contre les sociétés secrètes, réellement contre ceux qui les combattent, et une lettre dans laquelle S. G. dévoile les motifs de la publication de ^on mandement et où il vise aussi clairement que possible, sans toutefois le nommer, le Dr Landry, qui est dénoncé comme ayant tenu vis-à-vis de M. Hamel, une conduite injuste et déloyale.
C'est ce dernier document que désigne S- G.; lorsque plus tard elle avoue s'être prononcée dans une lettre destinée à devenir publique. Ce n'est pas encore tout.
Le Dr Landry était professeur honoraire de l'Université Laval depuis près de trois ans, après avoir été professeur titulaire de cette institution pendant vingt-sept années. Le ccnseil de Laval s'assemble un bon jour et, sans forme de pic ces, ex parte, décrète d'autorité l'expulsion du Dr Landry de la Faculté de médecine.
Et, lorsqu'à la fin, fatigué de cette persécution constante, organisée, que seules l'animosité et une aveugle prévention peuvent souffler, le citoyen, blessé dans ses droits, attaqué dans son honneur, se lève pour conserver intacte ue réputation aussi belle qu'un homme puisse ordinairement la désirer et pour revendiquer l'honneur de son nom, quelle justice reçcit-il?
Mes portes vous sont fermées, dit l'archevêque de Québec. Je ne saurais vous ouvrir les miennes, répond le tribunal de l'Officialité.
Et, sachant tous deux que le Dr Landry est infirme, qu'une cruelle paralysie l'empêche de marcher : Allez à Rome, disent-ils, allez et trouvez un tribunal de première instance à dix-huit cents lieues d'ici. Soit :
Les dix-huit cents lieues sont franchies, nous avons trouvé un tribunal et, ce qui plus est, nous espérons obtenir justice-
3mc pARTIE. — Sujets de plainte. — De quoi nous plaignonsnous?
1° des attaques du T. R. M. Ths. Et. Hamel;
2° de l'intervention de S. G. l'archevêque de Québec;
3° de celle de l'Université Laval;
4° de la conduite de l'Officialité métropolitaine de Québec.
I Des attaques de M. Hamel. — M. le Grand Vicaire Thomas-Etienne Hamel est accusé d'avoir gravement injurié et pjdieusement calomnié le Dr J. E. J. Landry dans des lettres qu'il a écrites, signées, et publiées à Québec dans les mois d'avril et de mai.
TN[ous allons examiner ces attaques au triple point de vue : 1° de leur nature; 2° de leur manifestation au public; 3° de leur interprétation par celui-ci.