Dans le mois de juin 1882, M. le Dr Landry avait déjà
dit à un jeune prêtre tout nouvellement ordonné, H. Edmond Paradis, qu'il y avait à Québec, beaucoup de sociétés secrètes et que ce qu'il y avait de plus déplorable, c'est qu'il y en avait dont les règlements étaient approuvés par Mgr l'archevêque. »
M. Landry maintient ces assertions qui cependant n'intéressent nullement le procès actuel.
202. « Le bruit commença aussi dès lors à se répandre qu'un dignitaiie ecclésiastique était compromis par ses doctrines étran-
gcs sur la franc-maçonnerie. — Comme les dignitaires ecclésiastiques peuvent facilement se compter à Québec, ils se comptèrent; et M. Hamel fut très surpris d'apprendre qu'il s'agissait de lui ».
C'est-à-dire que M. Hàmel, dont le nom n'était pas encore prononcé, trouva convenable de dire que le bonnet le coiffait. Notons en passant que les accusations dont M. Hamel se prétend l'objet commençaient dès lors, c'est-à-dire ea juin 1882, à se répandre dans le public. C'est une seconde réfutation apportée à ses assertions Nos 240 et 241.
203. « Le tout était si exorbitant qu'on se contenta d'en rire, et personne, ni à l'arcbevêché ni au séminaire, ne prit la chose au sérieux. • .
» Cependant, dans l'assemblée des Evêques tenue en septembre de cette même année 1882, quelques Evêques, croyant un peii sans doute ces accusations, voulaient une action collective de l'Episcopat de la Province contre la franc-maçonnerie ; mais cette idée ne fut pas suivie. »
Il est fâcheux qu'il se soit trouvé dans l'épiscopat quelques membres pour faire manquer cette action collective contre un ennemi que Sa Sainteté Léon XIII n'a pas craint de dénoncer au monde entier.
204. « Quant à M. Hamel, il ne tint aucun compte de ce qu'on disait de lui, persuadé que ce n'était qu'un cancan de petit comité. Du reste, il n'aurait su à qui s'en prendre. C'est seulement quelques semaines plus tard, le 15 octobre, que M. Alphonse Lemieux eut avec M. le Dr Landry la conversation mentionnée dans l'historique de M. A.-C.-P.-R. Landry, »
M. Hamel confirme ici le fait que les accusations portées contre lui sont antérieures à la conversation tenue e itre le Dr Landry et M. Lemieux.
205. « Cette conversation est racontée par M. le Dr Landry dans sa première réponse à M. Hamel (page 68). Loin de nous
la pensée que M. le Dr Landry ait voulu tromper dans ce compterendu, mais qu'il nous soit permis de suppléer à des omissions de détails importants qui auront échappé à la mémoire de M. le Docteur. Voici ce que rapporte M. Lemieux :
« Séminaire de Québec, 20 février 1884. Au Révd. T. E. Hamel V. G., Supérieur du Séminaire de Québec.
» Monsieur le Supérieur, Vous me demandez de donner par écrit au meilleur de ma mémoire la substance de la conversation que M. le Dr Landry eut avec moi, en octobre 1882. Je me rends à votre désir. Je puis affirmer la vérité de ce qui suit :
« Dans cette conversation, M. le Dr Landry s'étendit au long sur les malheurs de la société moderne en Europe et en particulier sur le mal immense que causaient les sociétés secrètes et la francmaçonnerie, qui non seulement comptaient, disait-il, dans leurs rangs un grand nombre de catholiques, mais encore pénétraient dans les rangs des ministres de l'Eglise et jusqu'à la pourpre cardinalice et il nomma le cardinal Franchi; aussi, ajouta-t-il peuton s'attendre avant longtemps à des foudres terribles que devra lancer le Souverain Pontife pour sauver l'Eglise des dangers qu'elle court et des ennemis qu'elle renferme dans son propre sein. »
Voilà tout ce que M. Lemieux dit relativement au Cardinal Franchi. Cette version, ne détruit en rien celle donnée par le Dr Landry et nous ne voyons pas réellement pourquoi M. Hamel, sur ce point particulier, cherche à opposer le témoignage de M. Lemieux à celui du Dr Landry. Il n'y a pas de contradiction. M. Lemieux se contente de dire que le Dr Landry nomma le Cardinal Franchi.
Le témoignage assermenté du Dr Landry, celui également assermenté de M. Ernest Landry, nous exj tiquent de quelle manière le Dr Landry nomma le Cardinal Franchi (N° 159).
206. «M. le Docteur me dit aussi qu'il savait que plu i prêtres canadiens appartenait ni à la franc-maçonnerie. Je ne p:;s m'empêcher d'exprimer mon étonnement et de lui dire que je trouvais cette affirmation très grave et tellement grave que je ne croyais pas qu'on pûil la poser sans être absolument certain du Tait. A cela M. le Docteur me répondit qu'il ne pouvait en douter et que s'il ne le Bavait pas par lui-même, cependant il le tenait du
témoignage de personnes éminemment respectables et dignes de foi; qu'un tel témoignage était suffisant pour lui, puisqu'un juge à son tribunal s'en contenterait pleinement. »
Cette partie du témoignage de M. Lemieux se rapporte à un second fait dont l'existence n'est pas controversée et au sujet duquel le Dr Landry n'a porté aucune accusation de calomnie contre M. Hamel. Il est donc inutile de disculer cette partie de la lettre de M. Lemieux.
207. « Enfin il me dit qu'il y avait' un prêtre bien posé dans lo clergé de l'archidiocèse à qui il avait entendu dire, à la suite d'un voyage que ce prêtre avait fait à Rome, qu'il avait eu bien de la difficulté à faire comprendre là, à Rome, que la franc-maçonnerie au Canada n'était pas ce qu'elle était en Europe. »
La correspondance échangée entre M. Hamel et M. Landry confirme cette assertion et établit, par les propres écrits de M. Hamel, qu'en effet, c'est bien là son opinion; c'est celle qu'il a essayé de faire prévaloir à Rome et au sujet de laquelle les cardinaux, on se le rappelle, ne voulaient pas entendre raiscn.
208. « L'affirmation relative aux prêtres canadiens francs-maçons me parut si grave que je crus de mon devoir de rapporter cette conversation à M. l'official de l'archidiocèse de Québec.
» Veuillez agréer, M. le Supérieur, l'expression du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être etc.,
» (Signé) Alphonse Lemieux, Pire. »
Il y a une chose qui a surtout frappé M. l'abbé Lemieux, c'est — non pas l'accusation contre le Cardinal Franchi ■ — mais celle relative aux prêtres canadiens. Cette distinction que fait ici M. l'abbé Lemieux, ce soin qu'il prend pour nous faire comprendre que c'est l'affirmation relative aux prêtres canadiens qui lui a paru la plus grave, tout indique évidemment, que le Dr Landry n'a pas dû accuser le Card. Franchi, comme le prétend M. Hamel. Car., si tel eût été le cas, cette
accusation' contre un cardinal aurait dû frapper l'esprit de M. Lemieux tout autant que l'affirmation relative aux prêtres canadiens.
209. « On voit pur là que les affirmations de M. le Dr Landry, pour être basées sur la parole d'autrui étaient aussi positives que possibles, et que ce Monsieur était non seulement convaincu de la réalité des faits allégués, mais l'affirmait.
S'il ne se fût agi dans cette conversation que de on dit, on affirme, (comme le rapporte la version du Dr Landry). M. Alphonse Lemieux n'en aurait tenu aucun compte; mais en face d'affirmations positives, M. Lemieux crut qu'il y avait obligation grave pour lui d'en informer qui de droit ».
M. Hamel cherche ici à mettre dans le même tout ce que M. Lemieux a pourtant si bien séparé dans sa lettre. Les affirmations si positives du Dr Landry, M. Lemieux les applique à l'accusation portée contre quelques prêtres canadiens et nullement à l'accusation contre le Cardinal Franchi. M. Hamel a parfaitement tort de ne pas distinguer ce que M. Lemieux, lui, distingue si catégoriquement.
210. « M. r officiai, ainsi mis au courant de ce qu'on prétondait exister certainement relativement à des prêtres canadiens qu'on ne nommait pas, mais qu'on affirmait appartenir aux loges francmaçonniques, ce qui faisait planer un soupçon injurieux sur tout le clergé, crut qu'il était de son devoir de chercher à connaître les noms des coupables, s'ils existaient, afin de dégager l'honneur des autres. Il pria donc M. Bégin d'aller trouver M. le Dr Landry et de lui demander les noms des prêtres canadiens qu'il disait être francs-maçons ainsi que la source de ces affirmations. » Notons en passant que c'était là toute la mission de M. Bégin au nom de M. l'official, d'après le témoignage même du Dr Landry (page ). Cette remarque sera utile plus loin. »
211. « Cette conversation entre M. Bégrn et M. le Dr Landry renferme deux parties bien distinctes : 1° une partie oflbielle qui consistait en une ion à laquelle M. le Dr Landry dit qu'il ne pouvait répondre; 2° une partie non-officielle dans laquelle M. Landry, après avoir refusé de répondre à ce qu'on lui demandait, amena la conversation sur un autre sujel à propos duquel on ne l'interrogeait pas, bien qu'on le connût. »
M. Hamel prouve encore ici que les accusations qui planaient sur lui étaient connues avant la conversation de M. Bégin avec le Dr Landry.
212 « C'est dans cette partie de la conversation qu'il raconta ce qu'il avait déjà dit à M. Alphonse Lemieux en ajoutant cette fois le nom du dignitaire ecclésiastique. Ce nom était celui de M. Hamel. »
M. Hamel rattache à la conversation entre M. Bégin let le Dr Landry la première manifestation de son nom. Il affirme catégoriquement ailleurs que la responsabilité du Dr Landry commence à cette date, et que c'est là la source la plus reculée à laquelle il puisse atteindre. Et néanmoins, les accusations centre M. Hamel étaient alors devant le public, comme le prouve le passage suivant :
213. Au reste ce nom était connu d'avance puisqu'il était prononcé depuis plusieurs mois, ainsi qu'il a été dit plus haut (N° 197) C'est ce qui fait que les membres de l'offieialiié n'avaient pas même songé à en faire une question : vu que des rapports journaliers avec M. Hamel, pendant les dix années écoulées, les met taient plus à même de connaître les opinions de ce Monsieur sur la franc-maçonnerie que M. le Dr Landry ne l'était d'après une conversation qu'il pourrait d'ailleurs avoir mal comprise. »
Cette assertion est gratuite, et nous n'admettons nullement que les membres de l'officialité aient sur M. Hamel et sur ses doctrines, les opinions qu'il voudrait nous voir partager. Une fréquentation de 10 ans ne peut pas être non plus une preuve d'orthodoxie et on ne saurait opposer à un fait certain, bien et dûment constaté, des présomptions du contraire.
214. « M. Landry, dans son compte-rendu de cette conversation, a réuni les deux parties dans un même tout, ayant le même caractère officiel. J'aime à croire que ce n'est pas à dessein; mais ici encore, ne serait-ce que pour faire voir combien la mémoire de M. le Docteur est peu sûre ».
Nous avons traité spécialement cette ques'ien au numéro 174.