XII. De l'éducation
Evangile du quatrième dimanche après la Pentegotk. — En ce temps-là, Jésus étant sur le bord du lac de Génézareth et voyant le peuple venir en foule à lui pour entendre la parole de Dieu, aperçut au bord du lac deux barques arrêtées, dont les pêcheurs étaient descendus pour lavor leurs filets. Etant donc eutré dans une de ces barques, qui était celle de Simon, il le pria de s'éloigner un peu de la terre. Et, s'étant assis, de dessus la barque il instruisait le peuple. Dès qu'il eut cessé de parler, il dit à Simon: Avancez en pleine eau, et jetez vos filets pour pêcher. Simon lui répondit : Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre : cependant, sur votre parole je vais jeter le filet. L'ayant jeté, ils retirèrent une si grande quantité de poissons, que leur filet se rompait : et ils firent signe à leurs compagnons qui étaient dans l'autre barque de venir les aider. Ceux-ci vinrent, et ils emplirent tellement les deux barques, qu'elles étaient près de couler à fond. Ce que voyant, Simon Pierre se prosterna aux pieds de Jésus, en disant : Seigneur, retirez-vous de moi, parce que je suis un homme pécheur. Car la pêche abondante des poissons qu'ils venaient de faire avait causé un grand étonnement à lui et à tous ceux qui étaient avec lui, aussi bien qu'à Jacques et à Jean, fils de Zébédée, qui étaient compagnons de Simon. Et Jésus dit à Simon :
Ne craignez point ; vous serez dans la suite employé à une autre pêche, où vous retirerez des hommes. Puis ils ramenèrent leurs barques à bord, et, ayant tout quitté, ils le suivirent. Luc v, 1-11.
Mes frères,
L'évangile de ce dimanche nous offre un trait bien remarquable: c'est le zèle des Juifs à aller entendre Notre-Seigneur Jésus-Christ. Accablé parle nombredes auditeurs, Jésus monta dans la barque de saint Pierre, il la fit éloigner du rivage, et de là il instruisait la foule.
Cet exemple des juifs devrait être imité par les Chrétiens, car la parole de Dieu continue à se faire entendre dans le monde. Qu'elle soit servie dans un vase d'or ou dans un vase commun, cette parole est toujours également précieuse. La parole de Dieu porte en elle-même sa force et sa vertu, et c'est toujours avec le même zèle, le même empressement qu'il faut aller l'écouler. La parole de Dieu est une semence, semen est verhum Dei ; quelle que soit la main qui l'ait jetée, elle germera, elle produira des fruits, si elle rencontre un terrain et des circonslances favorables. Voyez : Noire-Seigneur prêchait et les juifs venaient en grand nombre pour l'écouter; cependant sa prédication produisit moins d'effet que n'en devait produire plus tard la prédication des Apôlres. Il prêche pendant trois ans ; beaucoup de personnes admirent sa parole pleine de sagesse et prononcée avec une autorité souveraine, mais il n'y a guère que les Apôtres et un pelit nombre d'autres jiersonnes qui se convertissent. Et ceux-là même, comment étaient-ils convertis? Quand vient l'épreuve, tous, à l'exception de saint Jean, abandonnent lâchement leur maître et le laissent à la merci de ses ennemis. La parole avait été semée par une main divine, mais elle était tombée dans des Ames mal disposées, elle fructifiait bien peu. Au contraire, dès le premier sermon de saint Pierre, après la descente du Saint- Esprit, les juifs se convertissent par juilliers.
Ces succès étonnants avaient été annoncés d'avance à saint Pierre par la pèche miraculeuse du lac de Génézarelh. Pondant toute une nuit il avait péché sans rien prendre, mais à la voix de Jésus-Christ il jette de nouveau le filet, et il prend uno quantité si prodigieuse de poissons, que sa barque était prête à sombrer. Quand on travaille par obéissance à la parole de Jésus, on fait des merveilles. Saint Pierre se jette aux pieds du divin maître et il lui dit : Eloignez-vous de moi, car je suis pécheur. Il était tout effrayé du miracle qui venait de s'opérer sous ses yeux.
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Là, Noire- Seigneur donne à ses apôlres leur admirable mission : « Ne craignez pas, » dit-il à saint Pierre, « vous serez désormais employé à une autre pêche où vous retirerez des hommes, er hoc jatn homines eris capiens ».
Une chose donc qui doit distinguer tous les chrétiens, c'est le zèle à écouler la parole de Dieu et le soin de la mettre en pratique. Celui qui n'écoute pas la parole de Dieu bâtit sur le sable, comme je vous l'ai dit plusieurs fois ; et celui qui écoute la parole de Dieu et la met en pratique bâtit sur le roc : en vain les pluies de l'adversité tomberont du ciel, en vain les vents des tribulations souffleront avec violence, en vain les torrents des passions se déchaîneront d'une manière terrible, la maison ne sera pas renversée.
Après ce préambule qui aura sans doute son utilité auprès de vous, je vais continuer mes conférences sur l'Encyclique Humanum genus. Ce commentaire commence sans doute à vous paraître un peu long, mais l'enseignement qui nous est venu de la chaire de saint Pierre, le 20 avril 1884, aune portée vraiment immense. J'avais presque décidé de m'en tenir à ce que je vousai dit jusqu'ici, cependanten y réfléchissant, j'ai trouvé qu'il restait des sujets d'une extrême importance que je ne pouvais me dispenser de traiter; il y a entr'autres la question si grave de l'Education.
Quelle doit être l'éducation de l'enfant ? C'est là une question dont on ne peut exagérer l'importance, car l'homme sera ce que l'éducation l'aura fait ; et la société sera ce que seront les hommes qui la composent.
Oui, c'est l'éducation qui fait l'homme. Par leur nature tous les hommes sont semblables, mais une fois qu'ils sont entrés dans le monde, il se fait en eux un travail qui leur donne une forme particulière; ce travail, c'est celui de l'éducation. Le petit enfant ne parle pas ; avec le temps, cependant, sa langue va se délier peu à peu, il viendra à parler ; et quelle langue parlera-t-il? celle de sa mère : si sa mère est canadienne il parlera notre langue, il parlera le français, si elle est anglaise il parlera l'anglais. De même l'enfant qui vient de naître ne peut avoir ni connaissance, ni vertus, ni défauts : il recevra de sa mère la vie morale comme il en a reçu la vie physique. Si t«a mère est chrétienne, il sera chrétien, si sa mère est infidèle, il sera infidèle; si sa mère est civilisée, il sera civilisé, si sa mère est sauvage, il sera sauvage. Quand . l'enfant est instruit et bien élevé, il fait nécessairement quelque chose de grand et de bon, mais si sou éducation est négligée, s'il reçoit de
mauvais exemples ou demauvAis préceptes, il sera le fléau de la société où il vivra.
Je sais qu'il faut tenir compte du naturel des enfants : il y en a qui sont nés avec un penchant au bien et dont l'éducation est relativement facile ; d'autres sont nés avec un penchant au mal, ils résistent à tous les bons conseils, à tous les bons exemples, et ils rem[)lissentd'amertume le coeur de leurs parents. Cela arrive, mes frères, mais c'est plutôt une exception : en général, la bonne éducalion étouffe les germes des vices ■dans le cœur des enfants, et ils sont, aimons à le répéter, ce que l'éducation les a faits.
Il s'élève ici une question importante, savoir qui doit élever l'enfanl. Deux courants de doctrine partagent ici les savants ; les uns disent : II faut que l'homme ait de quoi gagner sa vie ; développez ^es forces physiques, donnez- lui la science des choses profanes, apprenez-lui à faire de l'argent, cela suffît pour son éducation. D'autres, — et ce sont eux qui ont raison, — disent au contraire : — L'homme ne v\l pas seulement de pain ; il faut à l'homme un moyen de gagner sa vie, mais il lui faut, avant tout, le moyen de servir Dieu et de sauver son âme. — L'homme a deux fins : une fin temporelle et sa fin dernière ; il y en a malheureusement qui ne vont pas au delà de sa fin première et temporelle.
Notre-Seigneur a bien voulu faire connaître lui-même ce qu'il faut penser de l'éducation, quand il a dit : Ufiommenevit pus seiilement de pai?i, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Certes, voilà des paroles bien remarquables.
Avant de développer ces paroles qui forment un véritable programme d'éducation, il faut examiner les circonstances dans lesquelles elles ont été prononcées.
Notre-Seigneur venait de recevoir le baptême de Jean, el, à la fin de cette sainte cérémonie, Dieu lui avait rendu témoignage en faisant entendre les paroles suivantes : Celui-ci estmon fils hien-aimé en qui j'ai mis toutes mes complaisances. \\ se retira alors dans ledésert, afin de se préparer à sa mission divine par le jeûne et la prière.
Par le jeûne on atïaiblil le corps, et par la prière l'âme s'élève vers Dion et reçoit la force dont elle a besoin : c'est le vrai principe de la vie morale.
Mais voyez au milieu de quelles circonstances Notre-Seigneur veut faire son jeûne de quarante jours : il se retire dane un lieu horrible, sur des rochers nus, dans un désert sans aucune végétation.
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L'homme fui créé dans un jardin, où il trouvait ce qui élait nécessaire non seulement à sa vie, mais encore à son agrément. Là, il se trouva en présence de deux maîtres : l'un le véritable maître, son Dieu et son Créateur, lui dit : Ne mange pas du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal, car du moment ou lu en mangeras, tu seras soumis à la mort. L'autre, le Démon, se présente à ?on tour et lui dit : Mange du fruit de cet arbre, et tu deviendras semblable à Dieu. L'hoa)mese tourna vers le naturalisme, il voulut chercher son bonheur dans les jouissances de la terre, et cette terre alors fut maudite à cause de lui.
Quatre mille ans plus tard, voilà encore Satan qui vient donner un conseil ; ce n'est plus dans un paradis, c'est dans un désert aride : Dieu veut, celte fois, révélera l'homme le vrai principe de l'Education.
Satan vient donc renouveler la lutle : il se doute que Jésus-Christ est celui qui, naissant de la femme, doit écraser la tête du serpent, mais il n'en a pas la certitude. Jésus n'a rien mangé depuis quarante jours, Satan se présente à lui tenant des pierres dans ses mains : Si tu es Dieu, \\ii d\\.-i\, comjnande que ces pierres se changent en pain. Mais Notre Seigneur lui répondit avec force et sagesse : L'ho7nme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu (Matlh, IV, 4).
La matière suffit, dit^ent un trop grand nombre d'hommes de notre temps : perfectionnons la matière, changeons des pierres en pain s'il est possible, c'est tout ce que nous avons à faire ici bas. Notre-Seigneur relève l'humanité : il rappelle que l'homme n'a pas seulement la vie du corps, mais qu'il a encore la vie de l'âme. Jésus ne dit point que ie pain n'est pas nécessaire, mais il dit que le pain ne suffit pas. Quand bien même vous donneriez à un enfant le moyen de devenir millionnaire, si vous ne lui donnez que cela, à la fin il n'en sera pas plus avancé. L'homme ne vil pas seulement de pain, il vit aussi de la parole de Dieu, car il a deux vies.
Le pain qui nourrit le corps doit, sans doute, être donné à l'enfant, mais son père et sa tnère doivent lui apprendre aussi d'où il vient et où il va, et si on le laisse dans l'ignorance de ces chose?, si on ne lui fait pa« entendre la parole de Dieu, il grandira dans la nuit ; il n'aura [)as vécu à proprement parler, il arrivera devant Dieu les mains vides^ la récompense éternelle ne sera pas pour lui.
L'homme se nourrit de la parole de Dieu : donnez la vérité à son intelligence, alors il pourra se soutenir au milieu des luttes de la vie, et il arrivera à sa fin. Pour nous. Catholiques, il ne peut y avoir de diffi-
cultes sur ce point : il faut que les enfanls soient élevés dans la connaissance et l'amour de Dieu ; il faut que dans les institutions, dans le» écoles, on fasse entendre la [jaroie de Dieu ; alors l'homme vivra en véritable homme, et il arrivera au but. — Le principe de toute éducation, c'est qu'il faut développer à la fois la vie du corps, la vie du cœur et la vie de l'esprit. Ces trois choses doivent se faire simultanément.
Le pape Pie IX, de glorieuse mémoire, écrivait aux évéques d'Autriche, dans sa lettre du 17 mars 1856 : « N'apportez pas moins d'aï- (( tention, hien-aimés Fils et Vénérables Frères, à prendre toutes les- « mesures nécessaires pour que la jeunesse de vos diocèses, à quelque « sexe, à quelque condition qu'elle appartienne, soit élevée de plus en « plus catholiquement. Employez donc voire vigilance afin que cette « jeunesse, pénétrée surtout de la crainte de Dieu et nourrie du lait de <t la piété, ne soit pas seulement instruite avec soin des éléments de la « foi, mais encore amenée à une complète connaissance de notre sainte « religion; qu'elle soit formée à la vertu, aux mœurs pures, à une « manière de vivre chrétienne, et qu'elle soit mise en garde contre « toutes les flatteries et tous les périls de la perversion et de la corrup- « tion ».
Le même pape écrivait à l'archevêque de Fribourg, en date du 14 juillet 1864 : « Mais si ce détestable mode d'enseignement, séparé de « la foi catholique et de la puissance de l'Eglise, est une source de maux « pour les particuliers et pour la société, lorsqu'il s'agit de l'enseignec ment des lettres et des sciences, et de l'éducation que les classes « élevées de la sociélé puisent dans les écoles publiques, qui ne voit « que la même méthode produira des résultats beaucoup plus funestes si c elle est appliquée aux écoles populaires? C'est surtout dans ces écoles a que les enfants du peuple de toutes les conditions doivent être, dès « leur plus tendre enfance, soigneusement instruits des mystères et des « préceptes de notre sainte religion, et formés avec diligence à la piété, M à l'intégrité des mœurs, à la religion et à l'honnêteté de la vie. Dans « ces écoles, la doctrine religieuse doit avoir la première place en toiït « ce qui touche soit l'éducation soit l'enseignement, et dominer de telle « sorte que les autres connaissances données à la jeunesse y soient con- <( sidérées comme accessoires ».
Voilà comment un saint pape imposait l'obligation de veiller sur le» petites écoles, de voir à ce qu'on y enseignât avant tout la religion, le catéchisme qui est un abrégé de l'enseignement religieux.
L'abbé Moulart, dans un livre remarquable intitulé a l'Elglise et
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l'Elat, » dit en s'appuyanl sur le Syllabus : « Non seulement il appar- % tient uniquement à rautorité ecclésiastique, en vertu d'un droit es- «I senliel, de diriger l'enseignement de la théologie et l'éducation du « clergé, mais de plus cette autorité a le droit d'intervenir dans ladirec- XI tion des écoles publiques où se fait l'éducation de l'enfance et de la « jeunesse chrétienne ; car les chrétiens sont aussi sujets de l'Eglise; et « l'Eglise a même le droit exclusif de diriger leur éducation en ce qui « concerne l'enseignement et la pratique de la religion. Conséquem- « ment, le pouvoir civil doit admettre son intervention, à titre d'auto- < rite, dans la discipline des écoles, dans le régime des éludes, dans le « choix ou l'approbation des maîtres, afin d'écarter tout ce qui blesge « la foi ou la morale chrétienne. La bonne constitution de la société ci- « vile ne demande nullement, elle ne permet même point que les écoles •« populaires ou les établissements d'enseignement supérieur soient souscriraient à l'autorité de l'Eglise et à son influence salutaire, pour être « pleinement subordonnés aux volontés du pouvoir civil, se façonner « selon les vœux ou les caprices des gouvernants, et suivre le courant « des opinions, des idées ou des erreurs générales de l'époque ». En ^fîet, comme l'Eglise nous a donné la vie surnaturelle, il lui appartient <le nous donner le pain qui doit soutenir celle vie ; il lui appartient de veiller à la discipline des écoles, afin d'éloigner les dangers qui menacent la vie surnaturelle de la jeunesse chrétienne.
L'enfant ayant une double vie, relève des parents et de l'Eglise, mais il ne relève point de l'Etat. C'est ici un enseignement qu'il ne faut jamais perdre de vue. Mais pourquoi parler de ces choses? Tout ne va-t-il pas bien dans notre Canada ?
Mes frères, il faut l'avouer, les erreurs contraires à cet enseignement commencent à se glisser dans nos populations ; on y remarque surtout des tendances malheureuses, qui nous mèneraient à l'abîme si nous n'y prenions garde.
N'est-il pas vrai que même des catholiques pratiquants, parmi nous, confient leurs enfants à des institutions protestantes, sous prétexte qu'ils y apprennent mieux les matières commerciales ? (C'est une chose connue de tout le monde, que la discipline ecclésiastique, dans ce pays, défend aux catholiques d'envoyer leurs enfants aux écoles protestantes.) Ainsi, dans l'esprit de ces parents, l'avantage d'une éducation religieuse ne balance pas les avantages d'une instruction commerciale. Or, dans la réalité, ce dernier avantage même est purement chimérique, car on peut affirmer sans crainte que nous avons des écoles catholiques
auxquelles on ne Irouve rien de supérieur sur notre continent. Nos congrégations religieuses, nos « Frères des Ecoles chrétiennes >, par exemple, ont des méthodes d'enseignement, qui ont été régardées, à Londres môme, au centre du pays le plus commercial du monde, comme étant ce que l'on a pu trouver de plus parfait jusqu'aujourd'hui. Et ce n'est pas surprenant, puisque ces hommes étudient toute leur vie, se dévouent uniquement à l'éducation de la jeunesse, et s'y dévouent par conscience et par vœu.
Ce qui doit dominer dans votre âme, mes frères, c'est le soin du salut de vos enfants ; le premier enseignement que vous devez tenir à leur donner, c'est l'enseignement religieux. Ces remarques que je vous fais conviennent à notre pays, car on voit des tendancrs à y introduire un enseignement naturaliste, c'est ce ?qu'on veut bien appeler Venseignement pratique. Léon XIII dit formelleiuent que l'éducation relève des parents et de l'Eglise ; retenez cela, mes frères, car on viendra trop souvent vous dire qu'il relève de l'Etat.
Pie IX dit de plus que les petites écoles ont pour but principal l'enseignement du catéchisme. En etîet, mes frères, tous ne sont pas appelés à dominer dans la société ; l'immense majorité est appelée à oliéir ; ce qu'il faut à tous ces hommes qui ne seront jamais appelés à commander dans leur pays, c'est surtout la connaissance de la religion ; c'est cette science qui doit leur apprendre à se conduire eux-mêmes, chose nécessaire à tous les honnnes.
Je crois qu'il est important de rappeler en ce moment une circonstance intéressante de la vie de Noire-Seigneur Jésus-Christ, où nous trouvons la vraie théorie de l'éducation de l'enfance. Après avoir prononcé le» paroles que je vous citais dans ma dernière conférence : «Que l'homme donc ne sépare point ce que Dieu a uni », Notre-Seigneur aperçut de petits enfants que leurs mère.s conduisaient vers lui. Cependant, les apôtres trouvant que ce grand nombre d'enfanls allaient importuner leur maître, commandaient à tous de se retirer; mais alors Jésus éleva la voix : N' empêchez pas, dit-il, les f,etits enfants de venir à moi ; il les reçut donc tous, et il les bénit avec une tendresse de père.
A près avoir établi la famille sur sa véritable base, Notre-Seigneur ne pouvait mieux faire que d'inviter les mères à lui amener les petits enfant"*.
Femmes chrétiennes, imitez en cela les femmes juives, conduisez T0« enfants à Jisus. Vous devez d'abord faire donner à vos enfants la
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grâce du saint baptême, et dès qu'ils conaprennent quelque chose, vous devez les mener à Dieu. Apprenez leur à appeler Dieu le bon Dieu, à le nommer notre Père ; mellez-leur ainsi dans la bouche des expressions tendres, qui touchent leurs jeunes cœurs, et qui excitent en eux cet amour que nous devons avoir pour l'Etre infiniment bon qui nous a créés et rachetés. La première éducation à donner, c'est l'éducation chrétienne.
Que pensez-vous, maintenant, des gens qui trouvent que l'on enseigne trop le catéchisme ; que c'est un temps perdu ? Eh bien! il s'est trouvé de ces hommes là dans notre pays. Le temps employé à l'étud» du catéchisme est un temps perdu 1 Demandez aux Communards de Paris s'ils ont passé leur temps à étudier la religion : on les a élevé* autrement, eux; on leur a appris autre chose que le catéchisme : trouvez-vous qu'on a fait une bien belle œuvre?
Il est curieux maintenant de savoir quelle est la doctrine de la Franc- Maçonnerie, sur les points importants que nous venons de traiter, Léon XII 1 va nous l'apprendre.
u La secte concentre aussi toutes ses énergies et tous ses efforts » « nous dit-il, « pour s'emparer de l'éducation de la jeunesse. L«s « francs-maçons espèrent qu'ils pourront aisément former d'après leurs. « idées cet âge si tendre et en plier la flexibilité dans le sens qu'ils c voiidront, rien ne devant être plus efficace pour préparer à la société « civile une race de citoyens telle qu'ils rêvent de la lui donner. C'est « pour ce!a que, dans l'éducation et dans l'instruction des enfants ils '1 ne veulent tolérer les ministres de l'Eglise ni comme professeurs ni « comme surveillants. Déjà dans plusieurs pays, ils ont réussi à faire « confier exclusivement à des laïques l'éducation de la jeunesse, aussi « bien qu'à proscrire totalement de l'enseignement de la morale les « grands et suint» devoirs qui unissent l'homme à Dieu. »
En France, on formule tout cela en trois mots : Education gratuite obligatoire et laïque.
Education gratuite : est-ce que cela veut dire que le peuple n'aura rien à payer? Oh! non. On lui prendra des millions de piastres pour bâtir des palais ; on lui fera payer trois fois, quatre fois plus cher qu'il n'eut payé autrement : seulement cela entrera dans le budo-et de l'Etat de manière à ôter aux particuliers tout contrôle sur l'emploi des sommes qu'ils payent. L'éducation réellement gratuite, c'est la religion qui là donne, car dans son sein vous trouverez des personnes qui se dévouent à la cause de l'Education, vous trouverez les Frères et les Sœurs qui
font vœu d'instruire la jeunesse, et qui ne demandent pour cela que leur nourriture et quelques piastres pour leur pauvre vêtement. Oui, c'est là l'éducation gratuite. Mais si l'on prend pour une éducation gratuite celle qui est donnée sous ce nom par l'Etat, on payera bien cher l'erreur dans laquelle oti sera tombé.
Education obligatoire : c'est-à-dire que le père sera obligé d'envoyer son enfant dans une école richement dotée sur le budget de l'Elat et dans laquelle cependant il ne peut l'envoyer sans violer la loi de Dieu et de l'Eglise ; ou bien il lui faudra payer une seconde fois et soutenir à ses frais et dépens une école dans laquelle la foi et les mœurs de cet enfant seront dûment sauvegardés : car l'éducation chrétienne de l'enfant est sans aucun doute l'un des premiers devoirs du père.
La part qui revient à l'Etat dans cette grande œuvre, est d'aider le père de famille dans l'accomplissement d'un devoir important. Mais que l'Etat vienne se substituer au Père de famille, c'est là véritablement une violation du droit naturel et divin !
Éducation laïque^ c'est-à-dire de laquelle tout enseignement religieux sera banni. On veut mettre un antagonisme entre le prêtre et les fidèles. Dans une famille, peut-il y avoir antagonisme entre le père et ses enfants? Le prêtre est un père et les chrétiens sont ses enfants spirituels pour lesquels il se dévoue, pour lesquels il donnera jusqu'au sang de ses veines. Les principes de ceux qui veulent établir cet antagonisme, celte anomalie, sont des principes abominables. On veut chasser le prêtre des écoles pour pouvoir en chasser ensuite Jésus-Christ lui-même.
Bénissons Dieu qui a voulu que notre pays se couvrît de ces grandes maisons d'éducation, de ces collèges et de ces couvents qui font notre force en même temps que notre gloire. Les enfants vont y puiser largement la science humaine, mais ils apprennent avant tout à devenir chrétiens. Quand notre patrie a eu besoin d'hommes pour revendiquer ses droits outragés, nos collèges lui ont fourni des défenseurs qui par la force de leur parole ont jeté dans l'étonnement nos ennemis euxmêmes ; dans les jours d'épreuve, c'est encore de là que viendra notre espérance.
On nous traite cependant dépeuple ignorant et rétrograde: on dit même que nous faisons tache dans la jeune et brillante Amérique. Mes frères, nous sommes trop catholiques pour plaire à la société moderne; tant que nous serons sous l'étendard de Jésus-Christ nous serons accusés, méprisés par l'impiété et par l'hérésie : les serviteurs ne sont pas plus que leur maître.
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Mais avouez, nous dira-t-on, que dans la Province de Québec l'éducalion n'esl pas pratique. Quoi ! elle ne serait pas pratique cette éducation qui rend nos jeunes gens capables d'entrer dans n'importe quel état de vie!
Le jeune enfant ne sait pas encore, ne peut pas savoir sitôt ce que Dieu demande de lui ; il s'en vient donc dans nos maisons d'éducation^ son âme y grandit en même temps que son corps ; et quand il a complété le cercle de ses connaissances, il dit à Dieu : Seigneur, que faut-il que je fasse ? Si Dieu lui dit d'entrer dans l'état sacerdotal ou dans l'état religieux, il est tout préparé ; si Dieu lui dit d'entrer dans une profession ou dans le commerce, il est tout préparé aussi ; et ce ne serait pas là une éducation pratique !
Comprenons encore une fois ce que nos ennemis veulent dire par cette accusation bizarre : ils veulent dire que notre éducation est trop catholique. Si nous n'enseignions aux enfants que le moyen de s'enrichir, on crierait sur les toits que nous avons l'éducation la plus pratique de l'univers.
L'éducation pratique ainsi entendue, que les peuples dévoyés qui la préfèrent, que les peuples gouvernés par laFranc-Maçonnerie la gardent pour leur propre malheur ; quant à nous, nous sommes encore assez sages pour n'en pas vouloir : l'homme ne vit pas seulement de pain.
Méprisons donc ces accusations injustes ; continuons à donner à nos maisons d'éducation l'encouragement et l'admiration qu'elles méritent, continuons à donner aux enfants une éducation franchement chrétienne, et ne craignons rien pour l'avenir de notre peuple. Ainsi soit-il.
XIIL De la vocation.
Magister bone, quid boni faciam ut habeam vitam
œternam ?
Bon maître, quel bien faut-il que je fasse pour
acquérir la vie éternelle? Matth. xix, 16.
Mks frèrbs,
Voilà bien la question la plus importante que Ton puisse poser, savoir
qu'est ce que l'homme doit faire pour arriver à la possession de la vie
éternelle. Cette question fut posée à Noire-Seigneur Jésus-Christ par un
jeune homme à la fleur de l'âge, issu d'une noble tamille, et à la tète
d'une fortune considérable. Il s'agissail pour ce jeune homme de choisir un état de vie, car il avait reçu une bonne éducation ; voilà pourquoi il interrogeait notre divin Sauveur.
Tout homme devrait se poser de temps en temps à lui-même cette même question ; Que faut-il que je fasse pour arriver au ciel ? Ecoulez la réponse que reçut le jeune homme : Si vous voulez entrer dans la vie, observez les commandements. Notre-Seigneur pose ici un j)rin€ipe fjui regarde tous les hommes, car tout homme qui vient en ce monde doit observer les commandements, c'est une chose absolue, et sur laquelle il ne peut y avoir de doute ni d'illusion Le jeune homme ayant reçu cette réponse veut être éclairé davantage ; il demande quels sont ces commandements qu'il faut observer. Il les connaissait bien, car il avait été élevé dans la crainte de Dieu, mais il désirait en entendre rénumération de la bouche même du divin Maître. Notre-Seigneur lui en donne un résumé, et il appuie particulièrement sur la charité. « Vous ne ferez point d'homicide, vous ne commettrez point d'adultère, o vous ne volerez point, vous ne rendrez point de faux témoignage, ho- « norez votre père et votre mère, et vous aimerez votre prochain comme « vous même pour l'amour de Dieu » (Matth.xix, 18, 19.)
Le jeune hoiiimeayant entendu ce résumé de la loi de Dieu, ditalors : J'ai gardé tous ces préceptes depuis mon bas âge ; que me raanque-t-il encore? L'évangéliste saint Marc ajoute ici que Notre-Seigneur regarda le jeune homme avec intérêt, et qu'il l'aima. De son regard divin, il pénétra jnsqu^au fond de ce jeune cœar, et il vil avec admiration que l'adolescent avait dit la vérité. Ak)rs il lui dit : Il vous manque encore une chose : « Si vous voulez être parfait, allez, vendez ce que vous avez € et donnoz-le aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel ; venez «c ensuite et suivez-moi. Mais lorsque le jeune homme eut entendu ces « paroles, il s'en alla tout triste, car il avait de grandes richesses ». (Matth. XIX, 21, 22).
Il baissa les yeux, il réfléchit, et tourna ensuite le dos à Notre Seigneur. Depuis ce moment il n'en est plus question dans l'Evangile.
Il y a donc dans l'Eglise deux états de vie bien distinct-^ : l'état de la vie communs^ où l'on observe les commandements , et l'état de la vie parfaite, où, de plus, on met en pratique les conseils évangéliques.
Tout le monde est appelé dans le pr'>miei- (^tat. où l'on entre par le baptême. Q^ie. demandez-vous à l'église de Dieu, dit le prêtre à celui qui demande le baptême: celui-ci répond : la foi. Qne vous procure la foi,
reprend le prélie ; el l'on répond : la vie éternelle. Si donc, continue alors le prôlre, vous voulez entrer dans la vie, gardez les commaiideinenls. C'est ainsi que nous sommes entrés dans l'éiat de la vie commune, et nous avons promis alors d'observer tous les comniandements de Dieu.
Maintenant, il y en a quelques-uns (jui sont appelés à une vie j)lug parfaite; c'est pour cela que Notre-Seigneur dit: 11 vous manque quelque chose; vous êtes bon, mais Dieu vous appelle à quelque chose de supérieur : si donc vous voulez être parfait, vendez ce que vous avez, donnez-le aux pauvres, et suivez-moi. Est-ce un précepte qui est fait à ce jeune homme? Non. Personne n'est obligé de vendre son bien pour le donner aux pauvres; cependant, il est de fait que Dieu appelle quelques-uns à le faire. Il est important pour ceux qui sont appelés de suivre cette vocation. S'ils la manquent, faut-il en conclure qu'ils seront damnés ? Non, mais la suite du saint Evangile nous montre bien qu'alors le salut est beaucoup plus difficile, et qu'il faut même une espèce de miracle pour roj)érer. Voici : Quand le jeune homme entendit les paroles de Jésus, lui qui était jeunej riche, enfant de noble famille, il sentit une grande lutte se livrer dans son âme. Il était bon, mais il y avait déjà quelque chose de désordonné en lui ; il y avait déjà dans son cœur un trop grand attachement aux richesses ; sa conscience ne lui eu avait pas encore fait de reproche, et on pouvait dire à celui qui scrute les reins et les cœurs : J'ai observé les commandements; cependant Notre-Seigneur voyait ce commencement de désordre, et il aurait voulu éloigner ou prévenir le danger. Une lutte se fit donc entre la Nature et la Grâce. La Grâce avait éclairé le jeune homme, et elle lui avait proposé un grand sacrifice suivi d'une belle récompense. D'un autre côté la Nature lui disait : Tu es jeune, tu vas peut-être vivre encore ciiiquante ou soixante ans ; tu es riche, tu peux te procurer des jouissances, tu peux aspirer aux honneurs, et il faut ({ue tu renonces à tout cela ! Le monde appelait cet adolescent aux honneurs et aux plaisirs, Dieu l'appelait aux sacrifices et aux humiliations ; malheureusement, il succomba et «ntra dans un état qui n'était |)as le sien. Qu'arriva-t-il ? On ne gêna pas sa liberté ; mais quand il eut disparu, Jésus fil entendre ces paroles étonnantes : « En vérité je vous dis que le riche entrera difficilement « dans le royaume des cieux. Et je vous le répète : Il est plus facile « pour un chameau de passer par le chas d'une aiguille, que pour un <( riche d'entrer dans le royaume des cieux. » Les disciples étaient «tonnés, et ils s'exclamaient : Qui donc pourra être sauvé? Jésus reprit
alors : « Cela est impossible pour les hommes, « mais pour Dieu touif est possible ».
Notre-Seigneur pose ici un principe général, pour nous faire comprendre le danger des richesses ; puis il l'applique à un cas particulier, afin de montrer en même temps combien le salut est difficile pour un homme qui a perdu sa vocation.
Notre-Seigneur parle encore de la vie parfaite, quand il dit : « Si « quelqu'un vient à moi, et qu'il ne haïsse pas son père et sa mère, et
< son épouse, et ses fils, et ses frères, et ses sœurs, et même sa propre « âme, il ne peut être mon disciple » (Luc. xiv, 26). « Si quelqu'un € d'entre vous ne renonce pas à tout ce qu'il possède, il ne peut être « mon disciple » (Luc. xix, 33).
11 y a donc des hommes qui sont appelés à mortifier leur corps par une vie austère, à mortifier leur volonté par l'obéissance ; c'est cet enseignement que je veux vous exposer aujourd'hui, et cette doctrine vous expliquera un phénomène que vous avez, sans doute, remarqué bien des fois. Combien d'hommes ne sont capables de rien clans la vie ; on est à se demander, en les voyant, pourquoi ils ont été mis dans I& monde. Ils sont un danger pour la société, au lieu d'en être la force» Ces hommes sont en dehors de leur vocation ; ils sont comme des membres démis dans ce corps moral qui s'appelle la société.
Dans le corps humain chaque membre a sa place et sa fonction, et contribue ainsi à la santé, à la force et aussi à la beauté du corps ; dans la société chaque homme forme un membre, et a ses fonctions bien déterminées. C'est ce que disait l'apôtre saint Paul : « Dieu a « établi dans son Eglise, premièrement des apôtres, secondement des- « prophètes, troisièmement des docteurs ; ensuite ceux qui ont la vertu-' « de faire des miracles, puis ceux qui ont la grâce de guérir les ma- (( ladies, ceux qui ont le don d'assister les frère.-^, ceux qui ont le don
< de gouverner, ceux qui ont le don de parler diverses langues, ceux « qui ont le don de les interpréter. » (I Cor. xn, 28.) Quand chaque homme est à son poste, où Dieu le veut, la société est à l'aise, comme un corps dont tous les membres sont à leur place ; elle aura alors lesoreilles pour entendre, les yeux pour voir et se guider, la langue pour donner de bons conseils, les mains pour faire les œuvres de miséricorde, les pieds pour la soutenir ferme, tout le corps aura du bien-être et sera prêt à l'action.
Avez- vous remarqué la diversité des dons et des talents parmi les^ hommes ? Est-ce que cela dépend des individus ? Non, cela vient de
Dieu. Dieu a voulu que la société fût un corps, un être moral : c'est à chaque homme, à chaque membre à employer les talents et les aptitudes que Dieu lui a donnés. Quand les hommes sont sages, ils consultent la Providence, et alors Dieu les éclaire.
Quelquefois dans une position Dieu demande des sacrifices : c'est ce qu'il fait pour les hommes appelés à la vie parfaite. Le chapitre de l'Evangile où il est parlé de la vocation mérite d'être étudié à fond, car nous y trouvons tout le plan de la Providence sur la société. Au commencement Jésus est consulté sur le mariage, et il l'établit sur sa véritable base. Ensuite des mères présentent leurs petits enfants, et il enseigne qu'il faut les mener à Dieu : Laissez venir à moi les petits enfants. Après ce passage, on arrive au jeune homme qui dit : Que me manque-t-il encore ? que dois-je faire ? Ainsi doivent parler les jeune» gens ; ils doivent consulter Dieu et demander : Que me faut-il maintenant ?
Parents chrétiens, quand il s'agit pour vos enfants de faire le choix d'un état de vie, vous ne devez pas imposer votre volonté ; vous ne devez pas chercher un misérable intérêt pécuniaire, une satisfaction pour votre vanité, mais vous devez les aider à connaître et à suivre la volonté de Dieu.
Jeunes gens, quand vous avez reçu votre éducation collégiale, vous êtes arrivés à un moment bien solennel ; car du choix que vous allez faire dépend votre avenir, de ce choix d'un état dévie dépend votre sort pour l'éternité. Si Diou approuve votre choix, vous aurez les aptitudes nécessaires, vous aurez la grâce, vous serez heureux. Mais si vous entrez dans un état qui ne soit pas le vôtre, vous serez contrariés de mille manières, vous n'aurez pas les talents requis par votre état, vous serez malheureux. Voilà comment il se fait que tant d'hommes sont incapables de gagner leur vie ; ce sont des membres démis, ils sont une cause de faiblesse et de souflrance pour tout le corps social.
La première chose qui doit occuper l'attention de votre âme, c'est de savoir si vous êtes appelés à la vie commune, à la vie de la généralité des hommes, ou si vous êtes du petit nombre de ceux que Dieu a choisis pour les élever aune plus grande perfection. Car saint Paul dit : iVcc qiiisquam sumit sibi honorem^ sed qui vocaiur a Deo tanquam Aaron. (Hebr. v, 6) ; nul ne s'attribue à soi-même cet honneur, mais il faut y être appelé de Dieu comme Aaron ; voilà pourquoi l'Eglise prend tant de soin pour constater la vocation. La vie la plus parfaite et la plus sainte, la plus sublime dignité qui existe, c'est celle de l'état sacerdotal.
Le prêtre est séparé du monde, et il vit dans le monde pour le sanclilier;il est l'ambassadeur de Jésus-tlhrist, ou plutôt c'est un autre Jésus-Christ, sacerdos alter Chrislus. Il reçoit la lumière d'en haut et il la répand sur le peuple chrétien, il annonce la parole de Dieu et son œuvre journalière est de sauver les âmes.
Dans la vie parfaite i! y a un autre degré moins élevé, c'est l'état religieux.
Aux débuts de l'Eglise, les chrétiens comprenaient si bien qu'il fallait détacher son cœur de tous les biens de ce monde, que plusieurs venaient déposer leurs biens aux pieds des Apôtres, pour les mettre en commun avec les autres fidèles. Cependant, dans le partage que l'on faisait de ces biens aux pauvres et aux veuves, il vint à y avoir des murmures ; de là l'institution des Diacres, qui devaient être occupé:^ du ministère des tables, pendant que les Apôtres s'occupaient de la prière et. du ministère de la parole.
Les hommes seuls peuvent être appelés au sacerdoce, mais aux autres -degrés de la vie parfaite les femmes peuvent être appelées comme les hommes.
Dans la vie religieuse on pratique trois conseils évangéliques : 1° on se détache des choses de la terre ; quand une personne se décide à pratiquer ce premier conseil, l'Eglise lui fait prendre, pour un temps limité ou pour toujours, l'engagement de renoncer aux honneurs et aux richesses ; c'est là le premier vœu de la vie religieuse, le vœu de pauvreté ; 2° on se renonce à soi-même : c'est l'objet du second vœu de la vie religieuse, le vœu de chasteté, par lequel on s'engage à la mortification du corps ; 3° on soumet sa volonté à celle d'une autre personne : c'est ici l'immolation de l'âme ; l'engagement à suivre- ce troisième conseil forme le troisième vœu de la vie religieuse, le l'œu d'obéissance. Voilà ce que c'est que l'état religieux; un état où l'on s'engage à la pratique de» conseils évangéliques. Tout le monde n'est pas appelé à celte vie, mais encore une fois il est important d'y entrer quand on est appelé de Dieu.
Je crois devoir prendre quelques instants pour vous faire voir la beauté et l'importance de cet enseignement.
La société est un corps, et ceux qui sont dans l'état où Dieu les appelle sont les membres utiles de ce corps. Mais dans la société il y a des besoins auxquels les individus et la famille ne peuvent satisfaire; ces besoins se montrent à mesure que 1 1 société devient plus nombreuse. Prenez, par exemple, une ville de 500.000 âmes : il est bien
-difficile de faire face aux besoins moraux d'une population si considérable. De petits enfanls seront abandonnés par des parents sans entrailles, ou bien, étant nés de parents inconnus, ils seront >=an3 soutien et sans asile. Cliez les Païens, cbez les Cbinois {)ar exemple, on jelte ces pauvres petits êtres à la voirie, on les fait dévorer par les animaux. Chez !ps païens encore, (juand la famille de^'ient nombreuse, ou que les moyens de subsistance sonl un peu faibles, la loi ferme les yeux, et l'on étouffe aussitôt après leur naissance les enfants qui sont trop délicats ou (jui ne paraissent pas bien conformés. C'est là, mes frères, un état de société horrible. Hélas ! les sociétés modernes verront cela encore, si elles retournent au paganisme, comme elles ont des tendances à le faire.
L'Eglise n'abandonne pas les petits enfants délaissés par leurs parents ; elle forme les bonnes Sœurs de Charité qui recueillent ces petits êtres et deviennent pour eux de tendres mères.
Les orphelinats sont dans l'essence du Christianisme. Vous avez même vu, il y a quelques années, un grand évêque de F'rance, Monseigneur P'orbin Janson, former la société de la Sainte-Enfance, exprès pour recueillir les [)elit3 enfants que les Chinois laissent périr dans les villes populeuses et lointaines.
(Juand les enfants sont ?ortis du berceau et commencent à grandir, les parents devraient rester auprès d'eux pour les surveiller et leur inculquer des principes chrétiens ; cependant, beaucoup d'ouvriers sont obligés de quitter leur maison pour aller gagner le pain de la famille, et les petits enfants restent exposés à tous les dangers du corps et de l'âme; eh bien ! dans les grandes villes, vous trouverez des asiles où l'on recueille ces pauvres enfants pendant les heures de travail, et de bonnes religieuses remplacent les mères qui sont retenues dans les ateliers et les usines.
Voilà ces enfants devenus plus grands : l'Eglise leur ouvre les portes des écoles tenues par des Frères ou des Sœurs. L'éducation s'y donne à bon marché ; et on leur enseigne les préceptes de la religion et les premiers éléments des sciences humaines.
11 faut maintenant les préparera un état de vie : voilà l'Eglise avec ses ordres savants, capables d'enseigner aux jeunes gens tout ce qu'il faut pour entrer dans les professions, et pour arriver jusqu'au seuil du sanctuaire, si Dieu les y appelle.
Les ordres religieux sont dans l'esprit de l'Eglise, c'est pourquoi les pays vraiment catholiques les encouragent tatit. Heureux ces pv^ys I les enfants y entreront daus l'étal où Dieu les appelle.
On dira : C'est fort bien que les ordres religieux s'occupent des petit» enfants, des malades, des pestiférés ; mais il y en a qui se séparent du monde, qui vivent complètement retirés, les Carmélites, par exemple : à quoi cela sert-il ?
Quand Dieu disait à Abraham : trouve-moi dix justes dans la coupable Sodome, et ma main ne frappera pas : s'il y avait eu un ordre religieux dans son enceinte, la ville aurait été sauvée, le feu du ciel n'y serait pas tombé. Ces saintes religieuses s'imposent des pénitences pour apaiser la justice de Dieu, elles sont peut-être les membres les plu» utiles de la société. J'ai déjà comparé les ordres religieux contemplatifs à des paratonnerres, qui s'élancent vers le ciel et arrêtent la colère de Dieu. Si, en Europe, il n'y avait pas de ces ordres religieux, les peuples pervertis de ce continent auraient certainement reçu des châtiments plus terribles encore que ceux dont ils ont été frappés.
Quand Dieu choisit un enfant pour l'état sacerdotal ou pour l'élat religieux, ne vous y opposez pas, parents chrétiens ; seulement dirigez-le avec sagesse. D'un autre côté, n'imposez pas votre volonté pour le faire entrer malgré lui dans un état si saint : laissez-le libre, laissez faire la grâce de Dieu.
Ceux qui entrent dans la vie commune ont aussi un choix à faire,, car la société a des besoins variés. Il y en a qui seront rois ou gouverneurs, d'autres seront juges, d'autres seront appelés à faire des lois, d'autres, en grand nombre, seront dans les conditions plus humbles de négociants et de cultivateurs. Mais tout le monde est-il appelé indistinctement à l'emploi de législateur? A voir ce qui se passe, on se convainc que tous se croient appelés : les moins sages, les moins capables aspirent avec plus d'ardeur que les autres à le devenir. C'est pourtant un emploi qui demande une science profonde, beaucoup de religion et im jugement peu ordinaire ; la responsabilité des législateurs est grande et redoutable. Si on pari».' d'éloigner de ce poste périlleux des hommes reconnus comme incapables, ils crient que nous gênons leur liberté. Pas du tout, messieurs : votre liberté sera sauve quand vous agirez selon les vues de Dieu ; or il n'est pas selon Dieu de nommer législateurs des hommes qui ne peuvent comprendre le sens ni la portée des lois qui se font dans nos parlements. La société sera heureuse s'il y a des hommes éclairés et religieux à sa tète ; mais si elle est livrée à la démagogie, elle sera dans un affreux danger. Quelques-uns se distinguent par la science, d'autre» par le conseil, d'autres par la prudence. 11 y en a qui seront le-j bras de la société par leur fermeté, d'autres en seront le i)ied par leui
fortune; que chacun soil à sa place, Tordre et la paix régneront partout.
Là-dessus, vous le voyez, la doctrine de l'Eglise est claire ; quelle est maintenant la doctrine des francs-maçons ? Je vais vous lire ce qu'en •dit l'Encyclique Humanum genus : « Ainsi, dùt-il lui en couler un « long et opiniâtre labeur, la franc-maçonnerie se propose de réduire à * rien an sein de la société civile le magistère et l'autorité de l'Eglise, « d'où cette conséquence que les franc-maçons s'appliquent à vulgariser o et pour laquelle il ne cessent pas de combattre, à savoir qu'il faut « absolument séparer l'Eglise et l'Etat. De ce fait, ils mettent hors des « lois et ils excluent de l'administration de la chose publique la très sa- « liilaire influence de la religion catholique, et ils aboutissent logique- « ment à la prétention de constituer l'Etat tout entier en dehors des « institutions et des préceptes de l'Eglise. Mais il ne leur suffit pas
< d'exclure de toute participation du gouvernement des affaires hu-
< maines l'Eglise, ce guide si sage et si sûr ; il faut encore qu'ils la Irai- « tenl en ennemie et usent de violence contre elle. De là, l'impunité (( avec laquelle, par la parole, par la plume et par l'enseignen'.ent, il est « permis de s'attaquer aux fondements mêmes de la religion catho- « lique. Ni les droits de l'Eglise, ni les prérogatives dont la Providence « l'a dotée : rien n'échappe à leurs attaques. On réduit presque à rien « sa liberté d'action, et cela par des lois qui, en apparence, ne semblent « pas trop oppressives, mais qui, en réalité, sont expressément faites <' pour enchaîner cette liberté. Au nombre des lois exceptionnelles a faites contre le clergé. Nous signalerons particulièrement celles qui € auraient pour résultat de diminuer notablement le nombre des mi- « nislres du sanctuaire, et de réduire toujours davantage leurs moyens « indispensables d'action et d'existence. Les restes des biens ecclésias- « tiques, soumis à mille servitudes, sont placés sous la dépendance et « le bon plaisir d'administrateurs civils. Les communautés religieuses a sont supprimées ou dispersées.
« A l'égard du Siège Apostolique et du Pontife Romain, l'inimitié
< de ces sectaires a redoublé d'intensité. Après que, sous de faux pré- « textes, ils ont dépouillé le Pape de sa souveraineté temporelle, né-
< cessaire garantie de sa liberté et de ses droits, ils l'ont réduit à une t situation tout à la fois inique et intolérable, jusqu'à ce qu'enfin, en « ces derniers temps, les fauteurs de ces sectes en soient arrivés au « point qui était depuis longtemps le but de leurs secrets desseins, à « savoir, de proclamer que le moment est venu de supprimer la puis-
350 ŒUVRES URATOIRES DE M**'" LAFLÈCCE
« sance sacrée des Pontifes Romains et de détruire entièrement celte « Papauté qui est d'institution divine. Pour mettre hors de doule « l'existencfî d'un tel plan, et à défaut d'autres preuves, il suf lirait « d'invoquer le témoignage d'hommes qui ont appartenu à la secte, et « dont la plupart, soit dans le passé, soit à une époque plus récente, « ont attesté comme véritable la volonté où sont les francs-maçons de « poursuivre le catholicisme d'une inimitié exclusive et implacable, « avec leur ferme résolution de ne s'arrêter qu'avoir avoir ruiné de « fond en comble toutes les instilutions religieuses établies par les « Papes, »
L'enseignement de la Franc-Maçonnerie eet-il en opposition assez directe avec celui de l'Eglise?
Les ordres religieux sont l'œuvre de l'Eglise : elle les encourage, elle les bénit. La Franc-Maçonnerie poursuit les ordres religieux d'une haine sataniqne. Quelles injures n'a-t-elle pas vomies contre ceux qui s'enrôlent ainsi sous l'étendard de Jésus-Christ ! Elle a fait chasser les Jésuites de la plupart des pays de l'Europe et de plusieurs pays de l'Amérique, et nous savons qu'elle a voulu raser tous les ordres religieux de la France et de l'Italie. Pour la Franc-Maçonnerie, on dirait que quand un homme a fait les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, il n'appartient plus à la grande famille humaine : c'est un paria, il faut le dépouiller de tout; quelques-uns iront même jusqu'à le regarder comme un être malfaisant dont il faut débarrasser la société : venit hora ut om7us qui inter/îcit vos, arbilretur ohsequium se prxstare Deo, et le temps vient que quiconque vous fera mourir croira faire une chose agréable à Dipu (Joan xxxi, 2). On voit bien que la Franc-Maçonnerie est la grande ennemie du Christ, puisqu'elle a une pareille rage contre ceux qui occupent la meilleure place auprès de lui : et eritis odio omnibus propter nomen meum^ et vous serez un objet de haine pour tous les hommes, à cause de mon nom. (Matth. X, 22.)
En parlant contre la Franc-Maçonnerie, je ne fais allusion à personne, mais je m'attaque aux doctrines. Les mauvaises doctrines sont plus à craindre que les épidémies, plus à craindre que le choléra. Quand le choléra menace un pays, on passe des règlements particuliers dans toutes les villes, on établit des quarantaines, les mille voix de la presse répètent à tout le pays les précautions que chaque particulier doit prendre, et chacun trouve cela tout raisonnable; et quand il s'agit de contagions qui menacent la vie de l'âme, on ne trouverait pas bon
que nous élevassions la voix ! Nous désirerions bien qu'il n'y eût pas de Frano-iVlaconnerie parmi nous, mais il y a mille indices qui nous montrent qu'elle est sérieusement à l'œuvre ; nous qui sommes les gardiens de la morale, nous serions donc inexcusables de ne pas vous avertir.
Dans le pays d'où sont sortis nos pères, on a arraché les religieux de leurs monastères, et on les a jetés sur la rue saus moyens de subsistance ; or la société qui a poussé nos frères d'oiitre-nier à ces abominations tend ses filets parmi nous, et nous ne crierions pas gare!
Mes frères, vous (pii voyez l'opposition évidente qu'il y a entre les doctrines de l'Eglise et celles de la Franc-Ma(;onnerie, veillez sur vou» et sur vos enfants.
La Kranc-Manonnorie est appuyée sur le Naturalisme, il n'est donc pas surprenant qu'elle n'admette point la vie parfaite. Elle veut aller plus loin, elle veul séparer l'Eglise de l'Etat, elle veut chasser Dieu de la Société.
Que chaque chrétien se rende digne d'entrer dans l'état où Dieu l'appelle, la Franc-iMaçonnerie cessera ses ravages, et la société sera heureuse et prospère. Ainsi soit-il.