volumes in-8°, 4 francs (chez Savaète, Paris
moré les soucis et les souffrances le mérite intrinsèque de ces révélations tardives.
Nous nous contentons volontiers du peu enviable honneur, pensera-t-on, d'avoir osé, aussitôt que mis en mesure de le faire, ce qui fit reculer un grand nombre, à savoir : divulguer à nos risques et périls, mais selon les vœux dignement exprimés par S. S. Léon XIII lui-même, une faible partie de certains faits troublants, généralement ignorés, bien que rigoureuse- Bien t historiques.
Il eût été cependant prodigieux si, au milieu d'un concert de louanges, il ne nous était parvenu aucune note discordante. Il revenait, et c'est navrant, à un oblat de Saint-Sauveur dé Québec de nous injurier. Ce pieux personnage, tout pétri de sagesse et de charité chrétiennes, a levé son bras tremblant, non pour bénir un laïc bien intentionné, mais pour maudire ce qu'il appelait dans un langage imagé, mais peu châtié, « un braillard qui insultait les évêqtes ». Nous ferons remarquer que les évêques que nous insultions, au dire de ce clairvoyant oblat, étaient apparemment, ou les morts glorieux dont nous faisions entendre bien tard les longs gémissements, ou les évêques vigilants qui nous faisaient parvenir l'expression émue de leur intime satisfaction. Façon de constater qu'on ne peut contenter à la fois, et les évêques ayant juridiction précise, et les oblats de Saint-Sauveur qui la supportent, on pourrait le croire, avec quelque impatience.
A ce compte-là, dussions-nous paraître « brailler » plus fort et, en réalité, troubler davantage les oblats de Saint-Sauveur, nous allons prouver que nous savons défendre la mémoire des sincères serviteurs de Dieu endormis avec confiance; dans la paix du Seigneur. Nous ne viserons, ce faisant, à déconsidérer personne au delà de la critique légitime que comportent des actes publics ou privés qui touchent aux. intérêts supérieurs de l'Eglise, ou à la dignité des meilleurs parmi ses ministres.
Nous comptons, en effet, parmi ceux qui, parcourant force
Histoires et Mémoires qui font loi pour une notable partie de l'opinion, n'y trouvent, avec quelle tristesse! qu'une vaste conspiration habilement ourdie pour donner le change aux lecteurs non prévenus; pour substituer, dans l'intérêt de certains peuples ou de certaines coteries, l'Erreur audacieuse à la Vérité généralement timide et souvent humiliée. Et cela nous fait penser à ces malfaiteurs, diplômés ad hoc, qu'un savant dominicain nous dénonçait naguère avec indignation pour avoir assumé l'odieuse et lucrative mission d'égarer les esprits en falsifiant l'Histoire.
Selon ce distingué confrère, tout était à reviser dans le passé, tout était à passer au crible d'une saine et sévère critique dans le présent, et il fallait surtout se tenir en garde contre les sectaires qui s'occupaient de l'avenir : la plupart des humains, plus ou moins consciemment, devenant complices dans les attentats qui se répètent afin d'obscurcir la Vérité de l'Histoire ou pour en ajourner les légitimes réparations.
S'il en est ainsi de maints écrits prétentieux qui font autorité dans le vieux monde, assez averti généralement, il en va de même, a fortiori, des chroniques raccourcies, aux horizons bas et. bornés, qui tiennent lieu d'Histoire à nos frères du Nouveau monde.
A un ohlat, tourmenté de migraines et morose après insomnie, nous n'eussions pas répliqué, ni, par de nouvelles révélations, essayé de prouver la solidité de notre thèse, le bien fondé de nos accusations.
Mais voilà ! Il y a toujours des gens qui mettent leurs pieds dans les plats d'autrui et Vous amènent à poursuivre lune tâche qu'on pensait pouvoir interrompre.
C'est, en effet, dans l'Evénement de Québec (n° du 18 juillet 1908), qu'un valeureux champion, anonyme cependant, nous prend à partie.
Comme c'était tout indiqué, car enfin nous n'avons pas la mauvaise grâce de nous mêler de choses indifférentes, ni de supposer des mêlées chimériques, l'anonyme de YEvéne-
ment se brûle quelques grains d'encens d'abord et puis il exprime à coups de poings ses regrets sur la poitrine des voisins qui restent, pour le moins, étonnés de ce procédé tapageur.
Ecoutez ce sage adorateur de la Fortune folâtre et des dieux opportunistes, libéraux en cette circonstance :
«... Il nous paraît incontestable, dit-il, que le programme (du IIIe centenaire) est vraiment canadien, vraiment national. Les plus belles pages de notre histoire y sont remises en pleine lumière, et tous les jours, durant cette célébration, nos plus glorieux, nos plus émouvants souvenirs y seront évoqués.
» Pourquoi faut-il que ceux des nôtres qui se sont dévoués pour assurer ce résultat, aient été l'objet d'injures, d'imputations calomnieuses, d'attaques acrimonieuses et non justifiées? Pendant qu'ils consacraient leurs efforts, leur labeur, leurs recherches, leur temps et leur énergie à l'organisation de ces grandes fêtes; qu'ils se dépensaient avec un désintéressement, un zèle et un esprit patriotique indéniables pour donner et maintenir à ces solennités nationales l'orientation et le caractère qu'elles devaient avoir, on ameutait contre eux les préjugés, on mettait en suspicion leurs motifs, on les dénonçait comme des traîtres, des naïfs, des courtisans ou des coureurs de titres. Et ces diatribes, faisant leur chemin, ont fini par se répercuter jusqu'en Europe.
» Voici une importante publication de France, la Revue du Monde Catholique, qui nous arrive avec un article débordant d'outrages et de diffamations, au sujet de notre troisième centenaire. Nous avions d'abord pensé qu'il valait mieux faire le silence autour de cette manifestation intempestive. Mais « La Croix » de Montréal, lui ayant donné très oomplaisamment publicité, nous croyons nécess;iin' d»1 la. signalai à la juste appréciation des hommes de jugement et d'équité.
» M. Arthur Savaète, l'auteur de l'article, tout en dénonçant d'une manière générale l'inspiration et l'organisation
de nos fêtes, semble en tenir surtout contre l'honorable M. < hapais, qu'il injurie aussi violemment que gratuitement.»
Et suivent quelques citations que le rédacteur perspicace jet voilé de l'Evénement isole d'un contexte, véritable controverse entre opinants qui exposent leurs vues personnelles d'une façon pittoresque et libre afin de mieux préparer des conclusions que le critique passe sous silence, naturellement! Il est vrai que ce censeur se révèle libéral enthousiaste, probablement frais rassis de la veille.
Toutefois le directeur de la Bévue du Monde Catholique n'est pas un libéral. Il en convient sans chagrin; et quand il traite des choses canadiennes, il n'est pas non plus réformiste, ni nationaliste, ni impérialiste, mais canadien tout court, et de préférence Canadien français catholique. Cela l'autorise à n'être pas nécessairement d'accord avec l'Evénement, pas, davantage avec M. Chapais, quand il s'écarte de son chemin jusqu'au bord du fossé.
Donc, M. Chapais nous a fait dire par VEvênement complaisant que ce n'est ni à Oxford, ni à Londres, mais bien à Québec que le programme bouillabaisse des fêtes du tricentenaire a été élaboré, mais qu'il a été au contraire « étudié et rédigé dans des comités composés de nos concitoyens ».
Et il ajoute : « Dieu merci, il y paraît! La glorification de Champlain, ce héros de la France et ce serviteur du Christ; la reconstruction du « Don de Dieu », le navire au nom symbolique qui apporta à notre terre canadienne la civilisation et la foi; le retour triomphal du Fondateur au milieu d'une scène d'apothéose; la résurrection de notre passé épique et la reconstitution superbe des gestes héroïques de nos aïeux; l'exaltation de toutes nos gloires catholiques et françaises : de Cartier et de Champlain, de Laval et de Tracy, de Lalemant et de Marie de l'Incarnation, de Frontenac et de Montcalm; toutes ces évocations émouvantes n'ont pris naissance ni à Londres ni à Oxford. Elles sont des inspirations de l'âme
canadienne-française, et ce sont elles qui vont marquer nos fêtes de leur ineffaçable sceau... »
Si elles n'avaient été que cela ! ! !
Mais il doit admettre, subrepticement il est vrai, que : « sans doute, il y aura autre chose dans ces solennités, mais que ce surplus sera l'accessoire, le secondaire, le contingent. »
Remarquez qu'on était à la veille des fêtes. L'accessoire! la célébration réelle de la conquête du Canada, effectuée en 1759 et 1763, au lieu de l'évocation simple et sans mélange des hauts faits d'anciens preux que devaient remémorer uniquement les réjouissances de la fondation de Québec en 1608! Secondaires l'arrivée du prince de Galles et les multiples manifestations anglo-saxonnes auxquelles e'ie donna lieu; les discours de W. Laurier, de lord E. Grey! Secondaires encore la participation de la flotte anglaise et la reconstitution du drame héroïque qui mit fin à la domination catholique et française sur les bords du Saint-Laurent! Du contingent, les aspirations et les manifestations impérialistes qui imposent aux Canadiens français et catholiques, comme condition de leur existence tolérable, la fusion, jusqu'ici repoussée, avec le maître impérieux, hérétique, jaloux d'une autorité qui faiblit et d'espérances qui tombent! Du contingent la compromission publique, enthousiaste des libéraux canadiens avec les francs-maçons avancés, persécuteurs notoires, accouru*, de France pour leur prêter main-forte contre les vieux canadiens fidèles aux souvenirs de la Patrie perdue, fidèles aussi et surtout h la foi des aïeux!
Ce qui a été secondaire, officiellement, dans les fêtes de Québec, ce sont bien les intérêts et les droits de la race inférieure dont veulent s'évader, sans doute de compagnie, et M. Chnpnis et le rédacteur masqué de YEvénement, et tous les libéraux canadiens français qui se chauffent en rond, comme des Peaux-Rouges apprivoisés, au foyer des faveurs britantanniques.
Et si les apparences ont été sauvées néanmoins, ce n'est pas grâce aux comités agités, mais aux vrais canadiens, à la Jeunesse catholique, à tous ceux qui ont senti l'affront et voulu réparer l'injure, en l'absence de W. Laurier et de Jette, soit au pied du monument 'de Mgr Laval, soit à la messe des Plaines d'Abraham.
Pour célébrer le passé de Québec et les souffrances immortelles que les Français endurèrent en ce lieu, besoin n'était pas du concours du prince de Galles, ni de la flotte britannique, ni des pauvres idées de sir Grey, ni des défaillances des libéraux humiliés et suppliants. Il suffisait pour cela que les cœurs français et libres s'élevassent d'accord vers le Dieu de leurs pères et s'inspirassent de ce dont leurs aïeux avaient été capables la veille pour apprendre à leurs fils ce qu'ils avaient à réaliser dans l'avenir.
« Anglaises, françaises, impérialistes d'inspiration européenne et étrangère? Ces fêtes ne le sont; mais franchement nationalistes ! » Voilà ce que Y Evénement affirmait encore le 18 juillet 1908. Nous doutons qu'après avoir écouté sir \V. Laurier et lord Grey au banquet de la Citadelle; après avoir constaté l'absence dudit W. Laurier au pied du monument Laval; d'Herbette, émule de Combes, et de Jette à la messe des Plaines d'Abraham, il conserve une aussi belle assurance'.
Aussi bien n'avons-nous pas entrepris la conversion de, l'Evénement, mais l'information précise de l'opinion saisie.
Et puisque YEvénement et d'autres, avec ou après lui, nous accusent d'accueillir à la légère et d'envenimer les récriminations de ceux qui n'admirent pas tout ce qui s'opère à Québec, nous demandons, ce dont il se garde bien, que YEvénement discute nos arguments ou s'inscrive à faux contre les pièces que nous avons produites en affirmant leur authenticité, ou qu'il se prépare à réfuter ceux que nous allons lui servir abondamment.
Car enfin, lorsque nous nous occupons des choses canadiennes, véritablement nous ne songeons, par révocation des
ombres d'immortels aïeux, qu'à désigner à la jeunesse ardente qui nous écoute, la carrière 'OÙ tant de héros ont laissé une traînée de sang et de (gloire. Nous pensons alors, et quel Canadien français nous le reprochera? à leur donner la volonté éclairée, mais ferme, de les suivre jusqu'à l'indépendance de p.eur foi et le respect de tous leurs intérêts privés et nationaux.
Nous leur disons : Les principes pervers qui troublent l'Europe ont dès longtemps traversé l'Océan, quoi qu'en ait pu dire naguère Mgr Conroy, délégué apostolique, qui, lui, en effet, traversait l'Océan pour la première fois et se laissait préalablement circonvenir et tromper sur la situation politique et religieuse du pays qu'il avait charge de pacifier.
Nous dirons par qui et pourquoi Mgr Conroy fut trompé, et comment, à cette époque déjà lointaine — car aujourd'hui ces illusions sont dissipées — on Ise plaisait à dire et à répéter dans Rome que le libéralisme canadien n'avait rien de commun avec le libéralisme européen. Et cependant, un examen superficiel eût démontré jusqu'à l'évidence que les principes pervers de ce libéralisme européen étaient déjà et depuis vingtcinq ans acclimatés au Canada, qu'il y avait trouvé un terrain préparé, favorable; qu'il prospérait et se répandait; que par ses tendances antisociales, par sa haine de l'Église et sa doctrine subversive, il ne le cédait en rien au libéralisme européen et n'en différait guère.
C'esh bien en 1848 que les premiers libéraux, imbus des principes dits de 89, se manifestèrent au Canada en tant que parti politique et ils fondèrent le journal L'Avenir dont la lecture en apprend long sur la perversité de leur doctrine, sur la variété de leurs erreurs, et sur les moyens violents qu'ils proposaient pour les faire prévaloir; dès l'abord, le parti libéral se fit parti anticatholique.
Le terrain n'était pas assez préparé et l'énormité des attaques qui parurent <l;uis ce journal explique l'échec qui fut mm m mu on 1852 par la fondation d'un autre journal libéral,
Le Pays, qui fit l'éloge enthousiaste de V Avenir qu'il continuait ponctuellement bien qu'avec plus de mesure et de prudence. C'est que, déjà, on se rendait compte qu'il fallait, au lieu de brusquer les esprits, les séduire ou les surprendre.
Les libéraux canadiens rendaient donc, dès lors, hommage à la puissance de la presse comme moyen de séduction et de domination. Le Pays, en effet, en adhérant au programme de V Avenir qu'il remplaçait, disait textuellement: « Nous terminons en engageant tous les amis de la démocratie à s'abonner à ce journal; » car, comme le dit lui-même V Avenir, « il est temps que la population canadienne comprenne qu'il lui faut nécessairement soutenir un bon nombre de journaux, si elle yeut suivre le progrès. »
Ce vœu fut entendu, et les journaux libéraux français se rr-ultiplièrent. Tous n'ont pas fait fortune, mais leur nombre et leur crédit prouvent qu'ils n'ont pas connu les tribulations de leurs contradicteurs; que la manne officielle sut toujours à propos, ou suppléer à l'insuffisance de leurs recettes, ou accentuer leur popularité par une prospérité déconcertante.
Le. Pays, comme V Avenir, se publiait à Montréal où se trouvaient la tête et la main du parti libéral. De là, ils rayonnaient par leurs nombreux abonnés dans toute la province de Québec ; mais, ne pouvant suffire à la tâche entreprise, Le National, de Québec, vint les seconder en 1855. Comme les autres organes du parti libéral, le National se montra démocrate et athée; il disait notamment et textuellement le 23 octobre 1856 :
« Nous avons émis l'opinion que le prêtre ne devait pas se mêler de politique, que le champ de l'enseignement religieux n'était pas celui où se mêlent et s'entre-choquent les passions des hommes. Nous le répétons : la chaire appartient au prêtre et non aux tribuns ; à la discussion du dogme et de la morale et non aux questions de démocratie ou de despotisme politique. »
C'était donc au Canada, dont Mgr Conrôy disait qu'?7 igno-
rait les principes pervers du libéralisme européen, comme en Europe, la même tactique. Les libéraux canadiens attaquaient l'Eglise, son autorité et sa doctrine; ils vilipendaient le Pape, les Evêques et les prêtres; et lorsque les pasteurs, .ayant charge d'âmes, cherchaient naturellement à prémunir les esprits contre les scandales produits à jets continus; quand ils dénonçaient les loups égarés dans la bergerie, aussitôt ces loups de crier que les tribuns occupaient la chaire, que le prêtre se mêlait de politique et d'élections!
Mais alors sir W. Laurier n'était pas encore au pouvoir; le premier ministre du pays ne mettait pas au service du libéralisme franco-canadien toutes les ressources d'une situation dont on croyait sir W. Laurier capable de faire meilleur usage. Les évêques pouvaient intervenir; Mgr Bourget. en donna l'exemple, et c'est à force de censures et de m.adements que les libéraux, pour un temps, durent s'incliner et leurs organes disparaître.
Ce fut le commencement de l'évolution du Parti libéral qui se fit Parti national. Alors, grâce à l'insincérité de ses œuvres, il fit de nombreuses dupes, non seulement parmi les bons catholiques, mais encore dans les rangs du clergé jusquelà uni contre le parti libéral, non pas à cause de ses visées purement politiques, mais à cause de son esprit anticatholique.
On en arriva jusqu'à prétendre qu'il n'y avait pas, ou que peu de libéralisme au Canada !
Le parti libéral, momentanément travesti en parti nation d, obtint ses premiers succès sous des atours empruntés. Aussitôt la griserie le prend et, pour se particulariser de nouveau, il se dit parti réformiste, dénomination qui fut acceptée avec réserve et à contre-cœur. Quand le parti eut pris position dans le gouvernement fédéral, il se remit à parler de libéra- Usine plus que de nationalisme, et le réformisme tomba dans un discrédit complet; si bien qu'il n'y eut bientôt plus eu vedelte que les libéraux assagis par d'anci' nnes mésaventures. Depuis lors, le parti libéral reconstitué garda son nom, ses
tendances, son idéal particulier qui le rend l'ennemi de Dieu et une menace permanente pour l'ordre social. Ses principaux organes, lors de son évolution et immédiatement après, furent le Bien Public, le National, la Tribune, à Montréal; Y Evénement, YE'ecïeur, etc, à Québec. La caractéristique et la constante préoccupation de ces feuilles étaient de ménager les sentiments religieux de leurs lecteurs dans l'expression de leurs doctrines libérales; cette habileté d'attente, systématiquement généralisée, a permis de constituer un corps électoral compact et fidèle au moyen duquel les libéraux français ont conquis le pouvoir et prétendent le conserver.
Ces* ce libéralisme h principes pervers mais déguisés que: nous avons à combatte dans le présent à l'exemple des plus illustres évoques canadiens qui le combattirent sans relâche dans le passé. Et nous le ferons avec armes loyales trempées dans la Vérité de documents historiques irréfutables, avec la pensée arrêtée que la concentration des forces franco-canadiennes dans la province de Québec et autres lieux devrait se faire normalement, honnêtement, non pas au profit de la minorité libérale, mais de la majorité catholique.
Nous avons dit, en son temps, qu'ayant assumé la tâche de doter le Canada d'une Histoire véridique, à coup sûr impartiale, Mgr Justin Fèvre n'avait pas .assez tenu compte de la fatigue de ses labeurs soutenus, ni du nombre de, ses années, et nous apprîmes à nos amis comment, soldat sans peur et chevalier sans reproche, il tomba plein de courage et de mérites au champ d'honneur.
Pour mener à bonne fin son œuvre complexe, il s'était entouré de collaborateurs informés et sagaces; il s'était, de plus, amplement pourvu de documents précieux.
D'autre part, nous avons rappelé dans nos Voix canadiennes, Ie partie, et nous l'avons confirmé dans le premier entretien de nos Causeries franco-canadiennes, comment, d'après ses propres aveux, le seigneur Zitelli détournait les' pièces importantes des dossiers qui lui étaient confiés et
comment aussi il répandait sans scrupule des documents inédits, même secrets.
Il va sans dire que Mgr J. Fèvre ne fut jamais le correspondant de ce seigneur Zitelli; mais il a pu parfaitement, et de seconde ou troisième main, obtenir des informations qui ne lui étaient certainement pas destinées, qu'il avait cependant le droit comme l'intention d'utiliser pour atténuer le mal que leur distraction opportune avait causé à d'intéressantes victimes.
Nous possédions des copies de divers documents alors en la possession de Mgr J. Fèvre. Nous n'hésitâmes pas à en publier une partie qu'on a favorablement accueillie, nous l'avons déjà constaté.
Dès lors, on s'est étomié, à Québec comme à Montréal, de nous voir muni d'un semblable dossier et on s'y efforçait de remonter aux sources de notre information. A cette fin, les démarches directes ou indirectes n'ont pas manqué : nous en avons subi de très surprenantes au sujet desquelles il n'y a pas encore lieu de s'expliquer.
Mais il faut avoir pitié des âmes en peine. Quand, sur la plaine immense, un chien dépisté exhale sa douleur, l'âme sœur des Nemrods agités vole instinctivement à son aide: elle va et vient avec lui en long, en large, en circuits entrelacés, à la recherche d'un indice sauveur ; finalement, le chien averti flaire le sol, dresse l'oreille, file, et le chasseur avide s'emballe après lui.
Nous avions pensé en disant très franchement, parce que cela ne nous coûtait guèrfc, comment Mgr Fèvre, notre ami et collaborateur, était documenté et l'usage qu'il se proposait de faire des dossiers, que, suffisamment pistonnés, tous les limiers de Laval allaient s'élancer, aboutir. Il n'en est rien : ils s'obstinent à nos trousses et les pires ruades ne les peuvent éloigner.
Donc, encore un effort, un concours de plus pour que la meute se disperse et nous laisse paisiblement administrer toute
la vérité à qui l'a assez altérée pour en redouter l'éclat vengeur.
Quand Mgr Fèvre mourut, selon sa volonté formelle, rien ne fut distrait de sa bibliothèque, ou du moins de ce que la persécution avait laissé subsister d'une bibliothèque de travail comme nul ouvrier de la pensée chrétienne ne s'en était créé en France par ses propres moyens.
Il avait quatre domiciles et, comme il travaillait partout où il séjournait, il avait réparti ses livres et documents de façon à avoir sous la main toujours ce qu'il lui fallait.
Nous étions, on le sait, parmi ses plus intimes; il nous avait prie; en grande affection, honoré d'une confiance absolue. Nous savions donc avejc quels moyens il travaillait; pour ce qui concernait le Canada, en particulier, il ne dit jamais cependant d'où lui parvenaient ses informations : il était véritablement tenu par des sentiments délicats dont il ne devait pas compte, sinon par le secret professionnel.
Obligé de défendre l'honneur de notre ami décédé, de continuer vaille que vaille la lutte qu'il avait engagée pour avoir raison d'erreurs voulues et d'injustices consommées, nous demandâmes par monts et par vaux, mais en vain, que les documents accumulés, jalousement serrés, nous fussent délivrés. Nous n'arrivâmes à rien obtenir, pas même une réponse évasive à nos complaintes réitérées.
Force fut donc de recourir à nos souvenirs, d'user de perspicacité. Les relations du défunt ne nous étaient pas étrangères en vertu du proverbe qui 'veut que les amis des amis sont des amis. Toutefois, en explorant ses relations, nous eûmes l'impression pénible d'un homme égaré parmi des tombes ou couvertes déjà de gazons épais ou creusées de la veille. Davin, Tjlloy, Dessailly, Périn, Perny, Paul Lapeyre, Lepage, Guérin, Veuillot, Philpin de Rivière, le P. Hilaire, et cent autres n'étaient plus. Nous interrogions amis et héritiers ; nos recherches obstinées nous conduisirent par delà les monts, et par delà
les mers, à Rome, à Londres, à Montréal, à Québec, à l'Université Laval, à Nicolet, à Lourdes, — ô limiers de Laval, accourez! — à Lorette, puis dans des cloîtres silencieux; Maredsous, Mont-Cassin, Farnborough, Chevetogne où Dom Chamard vient de finir à son tour une admirable existence; nous ne trouvions encore rien, faute sans doute du flair qui conduisit naguère un merveilleux artilleur jusqu'à Madagascar. Nous allions nous avouer impuissant quand un beau jour!... mais, ljimiers de Laval, cherchez donc à votre tour. Quant à nous, les documents demandés à tous les vents, au moindre écho, nous les tenions et, chers Lecteurs, en voici quelques-uns capables de vous intéresser.
Arthur Sayaète.