SER DE FAIRE SA PREUVE . DEVANT CE TRIBUNAL
» Son Eminence, le Cardinal Pïéfet de la Sacrée Congréga- h » tion de la Propagande a bien voulu me répondre par une » lettre datée du 14 septembre, que néanmoins nous avons » reçue trop tard, et dont nous n'avons pu nous servir de- » vant le Conseil de Haute Surveillance.
» Après avoir répété que la question concernant la Succur- » sale de l'Université JJaval a été définitivement réglée par » la Sacrée Congrégation de la, Propagande par son décret » de 1876, confirmé en entier par le Souverain Pontife Léon » XIII, et que cette question n'est plus du tout pendante devant » le tribunal du Saint-Siège, Son Eminence termine ainsi » sa lettre : « puisqu'en vertu de la Bulle d'érection canoni- » que de l'Université ces questions doivent être réglées au d Conseil (de Haute Surveillance), il résulte comme conséquence » que l'auteur du Mémoire devrait être présent au Conseil » Universitaire pour l 'examen qui s'y fera de son écrit ; qu'il i> est tenu en outre d'exhiber les preuves nécessaires de ce i> qu'il a affirmé et que finalement les observations que d'autres y> voudraient faire à ce sujet doivent être envoyées à ce Conseil » lui même et non à cette S. Congrégation. Cest dans ce sens » que, aujourd'hui même, je me mets à écrire au susdit évêque. »
» Comme cette lettre de Son Eminence, le Cardinal Préfet » de la Sacrée Congrégation de la Propagande, est arrivée » après la tenue du dernier Conseil de Haute Surveillance, » nous supplions Votre Grâce de vouloir bien convoquer aus- » sitôt que possible une nouvelle réunion de ce Conseil, afin » que Mgr l 'évêque des Trois-Rivières soit mis en demeure
» de produire et de prouver ses accusations et que nous » puissions nous défendre. »
« Agréez, Monseigneur, etc.
M. E. Méthot, prêtre, R. U. L. »
Son Eminence le Cardinal Préfet écrivit effectivement à l'Evêque des Trois-Rivières une lettre dans laquelle Elle lui rappelle
1° Que la question de la Succursale de Montréal a été réglée par le décret susdit de la Sacrée Congrégation de la Propagande, et par la décision de Sa Sainteté Léon XIII, et qu'il ne reste plus à examiner que la question de l'inexécution de ce décret, question référée au Conseil des Evêques;
2" Que selon la direction de la Bulle d'érection de l'Université et du décret de 1876, ad tramites Bullœ Pontificœ erectionis canonicae Universitatis Lavallensis et decreti hujus S. Congregationis, les questions qui regardent cette institution, ou les changements à faire pour son propre bien, doivent être renvoyées au Conseil des Evêques, et qu'en conséquence, exinde sequitur, l'Evêque des Trois-Rivières doit assister au Conseil de Haute Surveillance-, et y donner la preuve des assertions contenues dans son Mémoire contre la régie de l'Université et contre ses directeurs.
Telle fut la réponse obtenue par M. le Recteur pour luimême et pour l'Evêque des Trois-Rivières. C'est sur cette réponse que l'Université et l'Archevêque ont de nouveau procédé contre l'Evêque des Trois-Rivières.
Avant tout, mettons à nu le plan de l'Université, tel qu'il apparaît dans la prière de M. le Recteur.
Première tentative. — Etouffer à Rome la question soulevée par le Mémoire sur les difficultés religieuses en Canada. C'est ce que dit, en termes adoucis, la première phrase de la prière : « Si cependant Votre Eminence préférait nous infor-
frier non officiellement que ces accusations sont regardées à Rome comme non avenues, nous nous contenterions de cette réponse ». En langage clair et sans ambages, cela ne veut-il pas dire : Que Votre Eminence veuille bien faire en sorte que ces accusations meurent au pied du Saint-Siège, et nous nous en tenons là.
Seconde tentative. — Advenant l'insuccès du premier expédient, ramener la. question au pays pour l'y étouffer dans le 'Conseil de Haute Surveillance, sous le vote tout-puissant du Président. C'est ce qju 'exprime* la seconde phrase de la prière. « Si, d'un autre côté, Votre Eminence croit préférable que l'enquête juridique se fasse, nous la supplions de nous faire l'honneur de nous déclarer que la cause n'est nullement pendante à Rome, qu'elle est de la stricte compétence du Conseil de Haute Surveillance, et que Mgr des Trois- Rivières ne peut pas refuser de faire sa pireuve devant ce tribunal. »
Voilà dégagé de ses voiles et de ses obscurités, le plan de l'Université, tel que contenu dans la supplication de M. le Recteur. j
L|a première tentative d'étouffer le Mémoire officiellement n'a pas réussi, comme il appert par la réponse du Préfet.
Quel est le moyen pris pour assurer le succès de la seconde, ou, en d'autres termes, ppur ramener la question de Rome à Québec, et l'étouffer en ce dernier lieu? C'était là le point difficile, et pour le trancher, il fallait plus que de l'habileté, il fallait du sophisme. Mais on n'y regarda pas de si près, et le moyen sophistique employé est double; le voici : 1° glisser à la place de la question politico-religieuse, qui est tout, la question incidente de la Succursale, afin de pouvoir faire dire de celle-là ce qui est vrai de celle-ci, qu'elle n'est plus pendante à Rome; 2° restreindre la question politico-religieuse, qui s'étend à toute l'Eglise du Canada, aux limites relativement étroites de la question universitaire, afin d'essayer de
la faire tomber par là sous la juridiction du Conseil de Haute Surveillance, où il sera facile de la faire résoudre à l'avantage de Québec.
Que ce soit bien là l'équivoque employée par l'Université, en voie: la preuve.
Nous disons d'abord que l'on a glissé la question de la, Succursale à la place de la question politico-religieuse. En effet, dans sa lettre au Cardinal Préfet, M. le Recteur supplie Son Eminence de déclarer que la cause n'est plus pendante à (Rome. Quelle cause? ou mieux^ quelle question? Est-ce la question des difficultés religieuses du Canada? Celle qui fait l'objet de notre Mémoire? Ou bien, est-ce celle de la Succursale? Cette dernière n'est mentionnée que par une simple allusion dans le Mémoire. Etait-ce bien pourtant la grande question politico-religieuse que M- le Recteur voulait faire entendre? Ce n'est pas celle-là qui paraît avoir été comprise, puisque Son Eminence, le Préfet, répond que la question de la Succursale a été réglée. Mais nous le savions, et nous n'avions perdu de vue ni le décret de la Sacrée Congrégation de la Propagande, ni la décision de Sa Sainteté Léon XIII à ce sujet. Nous savions que, sur cette question, il n'y a qu'un point qui reste à régler, c'est celui de l'inexécution du décret, et que ce point est renvoyé an Conseil des Evêques. Mais nous savions également que la grande question des difficultés religieuses est encore pendante à Rome, puisque nous avons eu du Souverain Pontife lui-même la permission d'écrire notre Mémoire, que ce mémoire est déposé au pied du Saint- Siège, et que Sa Sainteté, Léon XIII, nous a promis de le faire examiner.
,Pourcruoi donc faire déclarer par le Préfet que la question de la Succursale n'est plus pendante à Rome? Pourquoi faire décidé ce qui n'est pas contesté, si ce n'est pour donner Je change, et faire croire de la question politico-religieuse ce qui n'est vrai que de celle de la Succursale ? C'est là évidemment le but cherché, au point que l'Archevêque dans sa
lettre, en date du 15 novembre, que nous verrons ci-après, se montre embarrassé de savoir à quoi le Cardinal répond précisément. Mais cette tentative ne nous paraît pas devoir obtenir son effet, du moins auprès du nous.
Nous disons, en second lieu, que l'on a voulu restreindre la question des ^Difficultés religieuses, qui s'étend à toute l'Eglise du Canada, aux étroites limites de la question Universitaire, afin d'essayer de la faire tomber par là sous la juridiction du Conseil de Haute Surveillance. M. le Recteur, en effet, dans sa prière au Cardinal Préfet, demande que la question soit déclarée être de la stricte compétence du Conseil de Haute Surveillance, pour que Mgr des Trois-Rivièrcs ne puisse refuser de faire feia preuve devant ce tribunal. Gr, d'après la Norma, les questions touchant la régie de l'Université et son enseignement, tombent seules sous la juridiction du Conseil de Haute Surveillance. Le Cardinal Préfet de même ne mentionne, comme devant être déférées à ce Conseil, que les assertions du iMémoire concernant la régie de l'Université et ses directeurs, contra Universitatis regimen et ejus antecessores. Au reste, malgré toutes ses autres prétentions, parfois aussi étonnantes que nombreuses, l'Université n'a pas encore eu, croyons-nous, celle de soumettre au Conseil de Haute Surveillance Universitaire toutes les difficultés religieuses du pays. Donc, c'est par cette étroite filière de la régie de l'Université et de son enseignement, que l'on veut faire arriver notre Mémoire devant le Conseil. Et pour le faire entrer par cette porte, aux proportions de laquelle il ne convient nullement, on le dépèce, on le morcelle, on en élimine toutes les parties principales.
Avec cette méthode d'élimination, notre Mémoire pourrait finir en i'1'i '•■!, par lui donner l'apiparence d'un acte d'accusation contre la régie de l'Université et de ses directeurs. Il ne p i r,i lirait plus ce qu'il est: un exposé dos grandes difficultés el des grands dangers de l'Eglise du Canada.
Mais en saine logique, prend-on ainsi une petite partie pour le tout, pu renverse-t-on le principal par un minime accessoire?
V. — Aussi la question n'est pas du tout ce que le Recteur veut en faire croire, et elle ne doit pas être débattue ou l'Université veut la placer.
Pour l'écarter de Rome, l'Université est forcée non seulement de morceler, mais encore de dénaturer le Mémoire de l'Evêque des Trois-Rivières, et de changer le caractère même de son propre conseil de haute surveillance.
Elle travaille à y parvenir par un faux exposé de la question au Préfet de la Propagande, et par Une interprétation erronée de la réponse.
Elle qualifie dans la lettre du Recteur la matière du « Mér moire » d'accusations, comme avait fait l'Archevêque; et elle induit en même temps le Préfet de la Congrégation à croire qu'il s'agit de la Succursale.
Il ne s'agit pas de la Succursale dans le Mémoire, comme nous l'avons dit, mais des difficultés religieuses du Canada.
Or, ce sujet quj est vraiment celui du Mémoire, ce ne sont pas des accusations que nous sommes allé porter à Rome contre l'Université, ni contre l'Archevêque, ni contre qui que ce soit.
Ce sont des informations que nous avons été présenter au Saint-Siège, en notre qualité d'Evêque ou de Pasteur. N'étaitce pas notre droit? Et pourquoi l'avons-nous fait? Parce que nous étions (intimement convaincu que le Saint-Siège était mal renseigné sur les affaires religieuses du Canada, et qu'il s'ensuivait les conséquences les plus graves et les plus déplorables pour les intérêts de l'Eglise et le salut des âmes.
Ces informations portaient sur les causes du mal, dont souffre notre société, quelles qu'elles fussent; qu'elles procédassent des mauvaises doctrines, des tendances libérales de certains professeurs universitaires, ou de toute autre source. L'Université qui prétend travailler au nom des Evêques de
la Province, croit-elle que son action sociale n'est plus soumise à l'appréciation des Evêques? S'imagine-t-elle que les EvêqUes n'en pourront plus rien dire à leur propre Chef, parce qu'elle est canonique, et sans que ce soit un cas de procédure ?
L'Université est complètement hors de la voie, en voulant transformer les informations épiscopales au Pontife souverain en matière litigieuse. Elle oublie les rapports de surveillance et de renseignement nécessaires, et inhérents à toute hiérarchie. Elle est aussi mal inspirée en cette affaire que si elle prétendait que ses professeurs sont passibles de poursuite pour avoir donné au Recteur des informations d'office au sujet de leurs élèves.
Notre Mémoire n'est donc, ni un acte d'accusation, ni une pièce de procèsi, mais bien un recueil de renseignements présentés au Saint-Siège, avec l'autorisation du Père commun des fidèles, et destinés à éclairer l'Autorité Suprême sur les maux qui désolent notre société. Ces renseignements, déposés au pied du Saint-Siège, sont là où ils devaient être; et nous n'admettons aucune interprétation, ni aucune transformation, qui pourrait avoir pour résultat de les déplacer ou de les constituer en matière juridique.
Sous ce rapport, le Préfet de la Sacrée Congrégation était donc mis sous une fausse impression par la lettre du Recteur qui parle d'accusations à produire, de preuves à examiner et de tribunal proprement dit.
(Mais il n'y a pas que la, matière du litige à considérer dans une affaire de ce genre, il y a aussi la question de tribunal.
L'Université n'ignore pas que son Conseil de Haute Surveillance n'a pas de juridiction sur les Evêques, mais sur leurs subordonnés, prêtres et laïcs seulement. Elle doit savoir que pour obtenir une juridiction si extraordinaire que celle qui est nécessaire pour juger un Evoque, il fallait à ce Conseil un document pontifical avec mention spéciale et expresse.
Or, telle n'est point la lettre du Cardinal, Préfet de la Propagande.
Son Eminence se borne, dans ses réponses, à expliquer la direction donnée au Conseil de Surveillance universitaire par la Bulle d'érection de l'Université et par le décret de 1876. « Au sens de la Bulle Pontificale, dit-il, etc. Ad tramites vero Bullœ Pontificœ, etc. C'est-à-dire qu'il commente simplement ces deux documents afin d'en donner une entière intelligence. Et ensuite, il tire ses conclusions, et exindè sequitur....
Toute cette seconde partie de la lettre de Son Eminence est, au plus, un pur jugement d'interprétation et non une 'sentence d'autorité.
Or, le dispositif de la Bulle et du Décret cités, très clair sur ce point, est rétablissement d'un tribunal pour juger des accusations et des plaintes régulières des inférieurs.
D'où il suit que le Préfet n'a pas voulu dire autre chose. A moins qu'on entende ses paroles dans le sens d'exhortations à des communications officieuses à l'égard des collègues, comme elles se font parfois pour le bien général entre les juges d'un même tribunal, dans des circonstances ordinaires; mais ce n'est pas là la prétention formulée par l'Université.
On ne trouve aucune prescription qui constitue au nom du Saint-Siège, un tribunal particulier et proprement dit pour juger Un Evêque. ' '
On ne peut donc pas conclure de la lettre du Cardinal, comme a fait l'Université, à la création d'un tribunal proprement dit préparé contre l'Evêque des Trois-Rivières, dans l'organisation permanente du Conseil Universitaire.
D'ailleurs, comment Son Eminence, le Préfet, aurait-il pu faire une telle chose?
D'autorité elle-même n'a. pas le droit de changer le caractère des actes de ceux qui lui sont soumis, pour les apprécier
à son gré. D faut qu'elle les prenne tels qu'ils sont, et qu'elle les apprécie ou les juge selon leur propre nature. Par conséquent Son Eminence ne pouvait pas régulièrement faire du Mémoire une matière de procès.
Le Cardinal Préfet savait, de plus, mieux que personne, que d'après la Règle du Conseil de Haute Surveillance, lorsqu'il y a divergence d'opinion entre les Evêques dans les matières mêmes du ressort du tribunal, les questions doivent être référées au Saint-Siège, et non tranchées par les uns contre les autres, comme le voudrait l'Université pour réduire ses juges au silence.
Enfin, qui croira que le Saint-Siège organiserait un tribunal contre un Evêque sans plus de formalités, sur la simple demande d'un Recteur, et sans attendre les explications de cet Evêque?
D'où il résulte que l'Université a donné une signification erronée à la réponse de Son Eminence, le Préfet, et une portée qu'elle ne pouvait avoir.
Mais il y a bien autre chose : un point capital a été passé sous silence.
Le Recteur n'a point fait connaître à Son Eminence que le Président du Conseil de Haute Surveillance devant lequel il s'efforçait de ramener l'affaire était intéressé dans la cause, déjà tout prononcé en sa faveur, et devenu un adversaire déclaré de l'Evêque des Trois-Rivières. Il ne l'a pas prévenu que Sa Grandeur Mgr Taschereau travaillai I personnellement, dans le temps même, à une réfutation de notre Mémoire sur les difficultés religieuses en Canada. Il n'ignorait pourtant pas cette grave circonstance, puisqu'il était généralement connu à Québec crue l'Archevêque s'occupait de ce travail, bien avant que le Recteur écrjlvîl sa lettre, et que les rapports intimes qui existent entre l'Archevêque et l'Université ne permettent de supposer une fcelle ignorance.
Cette seule considération était plus que suffisante pour détourner le Préfet do déférer à l'Archevêque l'audition d'ime
telle cause, et de la soumettre, par un acte de partialité manifeste, à la décision presque souveraine de son vote présidentiel. Elle aurait suffi pour obliger Son Eminence à retenir la cause près le Saint-Siège, lors môme que celle-ci eût été régulière sur tous les autres points.
De sorte que cette déloyale pétition de l'Université a,li Préfet de la Propagande contre l'auteur du Mémoire, et l'interprétation de la réponse du Cardinal plus déloyale encore, constituait un véritable guet-apens sous tous les rapports contre l'Evêque des Trois-Rivières,
Il restera donc établi aux yeux du Saint-Siège comme à ceux de l'épiscopiat canadien, que l'Université Laval a fait tous les efforts possibles, ici et à Rome, pour transformer en matière de procès les informations données par un de ses juges à l'autorité Suprême, et qu'elle a, tenté de le faire juger et condamner plar Un tribunal irrégulier et incompétent, contre tout droit et toute justice.
C'est dans ces circonstances que l'Archevêque de Québec, acceptant de nouveau la plainte irrégulière de l'Université, sans autre document pour appui que la lettre du Recteur que nous avons vue ci-dessus, et après avoir mis au jour ses violentes « Remarques » contre l'auteur du Mémoire, somma pour la deuxième fois celui-ci de comparaître devant le Conseil de Haute Surveillance; c'est-à-dire de se mettre à la discrétion d'un juge intéressé, puisque ce Conseil était impuissant dans son vote. »
Voici cette deuxième sommation, aussi anti-canonique que la première, dont elle est la persistante répétition :
A Mgr L. F. La/lèche, Evêque des Trois-Rivières.
Québec, n Octobre 1882.
Monseigneur,
J'ai l'honneur de vous transmettre ci -inclus une lettre que. le Recteur de l'Université Laval m'a adressée le 9 du cou-
rant, concernant certaines accusations portées par Votre Grandeur devant le Saint-Siège contre quelques professeurs de la faculté de théologie. Veuillez me faire connaître : 1° les nomis de ces professeurs, afin qu'ils se tiennent prêts à comparaître; 2° en quel temps Votre Grandeur sera prête à produire et à prouver ses accusations, afin que je puisse convoquer le conseil 'de haute surveillance.
iVeuillez agréer, Monseigneur, l'assurance de mon dévouement.
f E. A. Archevêque de Québec.
L'Evêque des Trois-Rivières qui ne pouvait accepter le Conseil de Surveillance universitaire comme un tribunal pour le juger, n'aurait pas eu ^'objection à faire officieusement quelques communications à ce Conseil pour sa propre information, à certaines conditions, ne fût-ce que pour témoigner toute la déférence possible à Son Eminence, le Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande. "
En conséquence il adressa à l'Archevêque la lettre suivante, dans laquelle étaient posées quelques questions propres à dessiner davantage la situation de chacun, et à faire reconnaître les droits de tous.
Mgr E. A. Taschereatc, Archevêque de Québec.
Evêché des Trois Rivières, ce ij Octobre 1882.
(Monseigneur,
J'ai l'honneur d'accuser réception de la lettre de Votre Grandeur en date du 11 courant.
Déférant au désir de Son Eminence le Cardinal Simeoni, Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande, j'ai l'intention de faire au Conseil de haute surveillance les communications que j'ai cru devoir faire au Saint-Siège sur les tendances de certains professeurs de l'Université Laval. Mais
avant d'indiquer à Votre Grandeur l'époque où il me sera possible d'aviser à la réunion du conseil, je regarde comme nécessaire d'être éclairé sur les questions suivantes :
1° Lia réunion du Conseil de haute surveillance pour entendre ces communications d'un de ces membres, doit-elle dans votre pensée, avoir un caractère exceptionnel ?
2° Quelle sera l'attitude réciproque des membres du conseil et spécialement de Mgr le Chancelier de l'Université et de l'Evêque des Trois-Rivières, le premier se trouvant en quelque sorte juge et partie dans la même cause ?
3° La discussion dans le conseil aura-t-elle un caractère délibératif ou contentieux? et sous quelle forme devront se produire les décisions, quelles qu'elles soient, qui seront prises à la fin de la séance.
Je prie Votre Grandeur de vouloir bien me donner ces éclaircissements.
Veuillez agréer l'assurance de mon plus entier dévouement.
f Ll. F. Ev. des Trois-Rivières.
L'Archevêque répondit comme suit :
Mgr L. F. La/lèche, Evêque des Trois-Rivières.
Québec, 20 Octobre 1882.
Monseigneur,
Après une absence de cinq jours, je trouve sur mon bureau la lettre de Votre Grandeur en date du 17 courant et je m'empresse d'y répondre.
Avant de faire droit à la plainte de l'Université contenue dans la lettre que le Recteur m'a adressée le 9 octobre, Votre Grandeur désire la réponse à quelques questions avant que d'accéder à ce désir.
1° Je ne'vois rien qui donne à la réunion du conseil de haute surveillance en cette circonstance un caractère exceptionnel, puisqu'il s'agit d'un cas clairement prévu par l'article X de la Norma consilii, dont j'envoie copie à Votre Grandeur.
2° Lies articles XI, XII, XIII nous tracent la marche à suivre, et il n'est permis ni au chancelier, ni à aucun suffragant de s'en écarter. Votre Grandeur paraît vouloir récuser le chancelier en disant qu'il se trouverait juge et partie en quelque sorte dans la même cause. Rien dans la Norma ne donne droit de faire cette récusation. Il ne s'agit pas de faire le procès du chancelier, mais de toute une faculté, la plus importante de toutes, qui est accusée de libéralisme par Votre Grandeur. Je dis toute une faculté, car l'accusation indéterminée laisse planer le doute sur chacun des professeurs, puisque aucun des trois qui isont visés n'est désigné nommément.
3° D'après l'article X, Votre Grandeur devra avant tout donner les noms des accusés, [puis exposer clairement les propositions ou les faits sur lesquels repose cette très grave accusation, afin que les juges et les accusés sachent au juste de quoi il s'agit. Votre Grandeur demande sous quelle forme devra se produire les décisions du tribunal; il me semble clair que cela dépendra de la tournure que prendra l'affaire. Jusqu'à 'présent l'accusation est demeurée tellement vague qu'on ne peut rien prévoir1.
Veuillez agréer, Monseigneur, l'assurance de mon dévouement.
f E. A. Archevêque de Québec.
Cette lettre de l'Archevêque aurait dissipé tous les doutes, s'il avait pu encore s'en trouver. Elle assîmilail formellement les informations d'un EvêqUe faites à Rome à une accusation juridique, et tenait à faire rentrer cet Evêque absolu-
ment dans les rangs des subordonnés, conformément à ia demande du Recteur.
Pour le Métropolitain, il prétendait ne trouver rien d'exceptionnel. Le Chancelier pouvait être juge et partie, et l'Evêque des Trois-Rivières devait se mettre en procès avec une faculté universitaire, ayant pour juge presque Souverain ce Chancelier tout prononcé. Puis les accusations de très graves (fu'elles étaient d'abord, devenaient tellement vagues qu'elles avaient besoin d'être formulées de nouveau et fortement élucidées, selon lui, pour qu'on pût en entrevoir le dénouement, mais le mode de procédure de la fin devait rester caché.
Dans ces conditions, ce dénouement, ou la forme sous laquelle devait se produire la décision du tribunal, était une sentence que l'Evêque des Trois-Rivières pouvait aisément prévoir, et dont l'effet serait d'annihiler les informations données au Saint-Siège, en ruinant le crédit de tout le Mémoire par le seul point controversé et favorablement jugé des tendances libérales de certains professeurs Universitaires.
La portée de cette lettre révélait donc manifestement le pian adopté dans le campi universitaire de régler à Québec, sans bruit et à huis clos, ces grandes difficultés religieuses du Canada, dans lesquelles sont concernés des professeurs universitaires, et d'où dépend l'avenir religieux du pays.
Il devint alors nécessaire pour l'Evêque des Trois-Rivières d'établir sa position vis-à-vis de l'Archevêque et de l'Unisité de la manière la plus exacte, et de protester énergiquement contre toutes ces procédures anti-canoniques. Son devoir lui défendait de laisser périr, avec son propre Mémoire, la cause de l'Eglise du Canada, et le forçait au contraire d'attirer l'attention du Saint-Siège d'une façon toute spéciale sur la gravité de nos maux toujours croissants, en provoquant les adversaires à une enquête générale et complète devant une commission pontificale.
C'est ce qu'il fit dans le document suivant, qui est à la
fois une histoire et une preuve des vrais misères de notre chère Eglise provinciale.
A Sa Grandeur, Mgr E. A. Taschereau, Archevêque de Québec.
Evêché des Trois-Rivières, le 3 Novembre 1882.
Monseigneur,
Votre Grandeur voudra bien comprendre la raison de mon retard : la gravité de la question, qui se trouve engagée, entre nous m'a décidé dès l'abord à prendre pour moi-même et à laisser aux autres le temps de la. réflexion. Il s'agit au fond du droit des évoques à correspondre avec le Saint- Siège, et à faire directement et librement toutes les communications que leur conscience jugera opportunes.
Ce droit est attaqué dans l'Evêque des Trois-Rivières par Mgr l'Archevêque de Québec, et par l'Université Lavai. Avant. donc de répondre aux deux dernières lettres de Votre Grandeur, je veux traiter d'abord la question préjudicielle et fondamentale de pleine liberté épiscopale dans mes rapports avec le Saint-Siège.
Agissant comme évêque, j'ai soumis à l'examen de la Sacrée Congrégation de la Propagande un Mémoire sur les difficultés religieuses en Canada. La communication de ce Mémoire à l'Archevêque et aux évêques de la province, par un envoi fait à mon insu n'engage à aucun degré ma responsabilité devant les évêques et ne confère aucun pouvoir juridique au Métropolitain sur ce document. Il sérail déjà exorbitant au contentieux de dessaisir le tribunal suprême d'une cause pour la ramener devant le tribunal inférieur, et encore plus, si c'est le tribunal que préside de droit un prélat à la fois juge et par!i<> dans le débat. A plus forte raison est il
insoutenable qu'une autorité quelconque ait le droit de se j ster entre an évêque et le Saint-Siège, et d'essayer de transformer en une matière litigieuse, des informations adressées d'office à la souveraine autorité? Que deviendrait dans ce cas la liberté des évêques dans leurs rapports immédiats avec le chef de l'Eglise?
La plainte, la contradiction, la justification ne peuvent donc se produire que là où s'est produite l'information? Tous y trouvent justice et sécurité.
Je regarde en conséquence comme un procédé irrégulier canoniquement, la sommation que Mgr l'Archevêque de Québec a cru pouvoir me faire au mois de Juillet dernier sur la demande de M. le Recteur de L'Université Laval. Sa Grandeur déclare Elle-même dans une lettre subséquente, qu'Élle s'attendait, à une fin de non recevoir. On ne peut dire plus clairement crue l'Archevêque de Québec s'attribue à priori une juridiction sur les causes dont il sait que le Saint-Siège a été saisi, et qu'il y a des questions sur lesquelles l'Université Laval s'arroge le privilège de couper les communications directes entre un évêque et le Saint-Siège. La réponse que vous avez obtenue et qui est signée par Son Eminence le Cardinal Préfet de la Propagande, ne justifie pas la tentative que vous avez faite contre moi, avant même d'en référer à Rome; et depuis cette réponse mes droits c! 'évoque restent dans leur intégrité.
J'ai adressé mon Mémoire uniquement au Saint-Siège entendant user de mes droits d'évèque, je l'avais écrit avec la permission formelle du Souverain Pontife, et j'en ai déposé un exemplaire aux pieds de Sa Sainteté, et le Souverain Pontife après l'avoir reçu, m'a promis de le foire examiner. Dès lors que Son Eminence .le Cardinal Préfet de la Propagande refuse de soumettre mon mémoire à l'examen de cette Sacrée Congrégation, malgré les demandes réitérées que je lui en ai faites, et expédie sans m'en prévenir, à l'Archevêque .et aux évêques du Canada, les exemplaires que je lui avais
remis pour les Eminentissimes Cardinaux de la Propagande, j'aurais le droit rigoureux et indéniable de retirer purement et simplement mon mémoire. En ne le faisant pas, je cède Librement de mon droit et j'entends que le principe même de ma liberté reste intact.
Je dois protester tout d'abord contre la double prétention de Mgr l'Archevêque et de l'Université Laval; et je le signalerai avant tout dans l'enquête générale que je vais provoquer.
Maintenant je veux répondre aux deux lettres que Votre Grandeur m'a fait l'honneur de m'adresser dans le courant du mois d'octobre. Dans la première, Elle me cite devant le Conseil de Haute Surveillance pour y faire preuve d'une affirmation générale, tirée d'une pièce justificative de mon mémoire, et portant sur trois professeurs de la faculté de théologie de l'Université Laval. Elle me somme en même temps, de produire les noms de ces trois messieurs. Enfin Elle m'invite à fixer l'époque, où il me sera possible d'assister à une réunion de Conseil.
Dans la 2e Votre Grandeur m'informe que la « Norma Consilii » doit régler la constitution et les attributions du Conseil, Le mode de procédure et la sanction des décisions qui peuvent être prises.
J'ai le regret de déclarer à Votre Grandeur, que je suis en désaccord avec Elle sur ces points.
Par déférence pour Son Eminence le Cardinal Simeoni. Préfet de la Propagande, j'ai consenti à faire au Conseil (•[liscopal de Haute Surveillance universitaire les communions que j'étais libre de faire au Saint-Siège uniquement, règlements et les prétentions uiùversitaires ne pouvant en rien limiter mes droits d'évêque, sur a'importe quel sujet. Mon Mémoire doit être examiné tel qu'il .1 été présenté, dans son ensemble et dans ses détails. C'est un exposé général
qui ne petit être divisé. Si donc le Conseil de Haute Surveillance en est saisi, il doit avoir une juridiction assez .impie pour juger la question universitaire, telle que je l'ai posée, je veux dire dans toute son étendue, et par conséquent dans tous ses rapports avec les difficultés religieuses en Canada.
Du reste, c'est le seul sens que je puisse donner à oe(B paroles signées par Son Eminence le Cardinal Préfet : «Amplitudo tua eidem Consilio Universitario interesse débet, et probare quidquid in Pro-Memoria asseritur contra universitatis regimen ejusque antecessores ». Tout ce qui est avancé dans mon mémoire est exprimé en affirmations générales, qui s'étendent aux facultés, aux professeurs, aux doctrines, aux actes de l'Université depuis l'origine de cette institution.
Je dois faire et je veux faire la preuve aussi large que l'affirmation dans une enquête universelle. C'est mon droit et Votre Grandeur ne saurait imaginer une hypothèse qui puisse m'en faire départir. Laisser donner le change, et rétrécir une question d'ordre général aux dimensions d'une question personnelle, serait au-dessous de ma dignité et contraire au but élevé que ma conscience d'évêque s'est proposé, en exposant une situation d'ensemble au Saint-Siège sur les difficultés religieuses de notre province et sur les causes qui les ont amenées.
Il suit de là que contrairement à. l'interprétation de Votre Grandeur :
1° La séance du Conseil de Haute Surveillance doit avoir un caractère que ne prévoit pas la « Norma Consilii », caractère exceptionnel comme la cause dont le Conseil sera saisi ;
2° LU juridiction du Conseil doit être assez étendue pour examiner tout mon mémoire avec lequel la question universitaire a des rapports nécessai|reisi;i
3° Mgr l'Archevêque ne peut présider le Conseil parce que Sa Grandeur sera personnellement, mise en cause; car il est de toute justice que ses remarques sur mon mémoire soient
examinées contradictoirement à ce mémoire. Personne ne trouvera admissible que dans de telles conditions Sa Grandeur conserve les prérogatives, qui lui sont assurées par la Norma Consilii: Art. VIII. Majoritas absoluta... sufficiat ad adoptandam sententiam, incluso voto Prcsidentis. Art. XIV. Ad Rectorem... et soîàm de a'ssensu saltevi duorian ex tribus incluso voto Presidentis Consilii superioris guœrelœ leferuntur . Ce dernier article, inutile si quelque Recteur avait à répondre pour lui-même, deviendrait révoltant dans la cause actuelle ;
4° Les trois Messieurs de la faculté de théologie, dont il est question dans l'appendice, n'ont aucun droit particulier dans l'enquête générale, et ils ne parviendront point à se constituer 'une situation à part; ils viendront seulement à leur tour, à leur rang;
5° Comme moyen des preuves l'évêque des Trois-Rivières se réserve non seulement de prendre « lectiones vcJpera in quibus, vel occasio publica, in quâ et testes coràm quibus traditœ fuerunt » (propositiones contra fidem, vel malè sonantes, etc.) (Norma : Art. XI), mais encore et principalement de citer et faire déposer sous la foi du serment, tous les témoins jugés nécessaires. Du reste, les témoins dont l 'anpendice de mon mémoire rapporte les dépositions, viendront prendre la responsabilité de leur témoignage écrit. Ainsi cessera l'étonnante prétention que l'on a émise de me rendra responsable de ces témoignages;
6° Enfin, je ne puis admettre que les sanctions de la Norma soient suffisantes dans une question si grave. Il importe peu que deux ou trois professeurs soient, convaincus, adiïuoii< stés, ou même écartés. Rien ne sera fait, si le personnel, l'esprit et les tendances ne sont ramenés du même coup dans les voies tracées par la bulle d'érection.
Sans ces conditions que 'je viens de dire, je ne puis donner suite à la pensée que j'avais acceptée de remettre mon mé>
moire à l'examen des évêqTies; mais dans ces conditions non-seulement j'accepte, mais je demande taie enquête générale ('(approfondie. Toute autre chose Mgr à votre insu et malgré vous serait une intrigue, et je Li repousse. Comme vous le voyez, une autorité plus haute, plus indépendante, doit présider à cette grande et nécessaire enquête. J'en avais la conviction en adressant mon mémoire uniquement au Saint- Siège, et je regrette que Votre Grandeur ait cru possible de faire traiter une telle question devant le Conseil de Haute Surveillance dans les limites étroites fixées par la Norma. Les proportions de la cause dépassent les attributions d'un Conseil ordinaire. Mais voici une contradiction inexplicable. Votre Grandeur écarte Elle-même sur un point capital cette Norma qu'Elle voudrait, (imposer : l'art. XI a cette clause finale : Quod si inter episcopos ipsos, quod absit oriatur hac i?i re discrepentia, ulterius non procedatur donce sanctœ sedis oraculum habœatur.
Depuis la décision de Son Eminence le Cardinal Préfet de la Propagande, Votre Grandeur nous a communiqué ses Remarques sur mon mémoire, et ainsi Elle a pris position contre ce document. La dissidence entre nous est authentique. La Norma d'après vous, reste la règle; et cependant au lieu de référer la chose au Saint-Siège, comme elle le prescrit, vous retenez la cause malgré la, Norma. Cette Norma n'est donc point pour vous une règle inflexible, s'il y a quelque excep»tion sur ces points, pourquoi l'exception n'est-elle point spécifiée dans la lettre de Son Eminence? Au moment où Son Eminence signait cette lettre, Elle ignorait sans doute l'attitude opposée prise par Votre Grandeur dans ses Remarques sur mon mémoire. D'ailleurs si la clause finale de l'art. XI devait être suspendue ne serait-ce pas réellement un tribunal déguisé que l'on chercherait à préparer contre l'évêque des Trois-Rivières ? v
Cette situation impossible a, échappé à l'attention de Votre Grandeur; il suffit de la lui signaler pour qu'Elle recule
devant une telle procédure si arbitraire, qui du reste ne sera pas acceptée. «
La lumière est nécessaire pourtant et nous la désirons tous ardemment. J'espère donc crue Votre Grandeur voudra bien dans ce but, m'aider à obtenir du Saint-Siège un Délégué Apostolique qui vienne régler nos différends.
Si ce haut représentant de l'autorité suprême est accepté de tous les évêques; s'il a pour mission d'entendre tous les témoignages, et d'étudier à fond toutes les causes de notre désaccord, je ne doute pas qu'il ne travaille avec succès à l'œuvre si importante de la pacification.
En finissant, ^Monseigneur, je dois déclarer à Votre Grandeur qu'il m'est impossible de laisser ignorer au Souverain Poniife comment l'Archevêque de Québec et l'Université Laval entendent la liberté et les droits des évêques en Canada dans leurs rapports avec le Souverain Pontife; je prends des mesures pour faire parvenir à Sa Sainteté la lettre que j'ai l'honneur de vous adresser en ce moment.
Je demeure avec la plus haute considération, de Votre Grandeur, le tout dévoué serviteur.
f L. F. Ev. des Trois-Rivières.
Après cette lettre, il y eut un échange de correspondances qui portent en elles des explications lucides et suffisantes. Nous nous bornerons à les .reproduire.
Sa Grandeur Mgr V Archevêque de Québec à Mgr L. F. LaJIcc/ie, Evêque des Trois-Rivières.
Québec, 15 Novembre 1882.
Monseigneur,
En réponse à la lettre de Votre Grandeur du 3 courant. 1° Je ne me répons nullement d'avoir écrit comme je l'ai
fait dans mes lettres du 16 et du 25 juillet. Je comptais sur la loyauté de Votre Grandeur pour connaître au moins les membres de la faculté de théologie que Votre Grandeur accuse de libéralisme; à mon grand regret, j'ai constaté une fois de plus que les ennemis de Laval réclament le droit de tout affirmer contre elle sans le prouver.
2° Votre Grandeur me cite une phrase tirée d'une lettre que lui a adressée le Cardinal Siméoni : « Amplitudo tua ei- » dem consilio universitario interesse débet et probare quid- » quid in pro-memoria asseritur contra universitatis regimen » et ejus antecessores. »
Ce court extrait isolé de son contexte ne laisse pas connaître au juste de quel mémoire il s'agit. D'après une lettre du Cardinal à moi adressée le 27 avril et une autre du 14 septembre au Recteur, je suis tenté de croire qu'il est question du mémoire relatif à l'établissement de la succursale.
3° Mais en supposant que le Cardinal parle du « mémoire sur les difficultés religieuses » il se présente diverses remarques à faire.
(a) Il s'agit du conseil de haute surveillance établie par la ' bulle de Pie IX et dont les attributions et procédés sont réglés par la Norma sanctionnée par le Saint-Siège.
(6) Il s'agit des assertions du mémoire contra universitatis regimen et ejus antecessores comme le dit la lettre, ou, en d'autres termes, de la foi et de la morale- ou encore de V enseignement et de la conduite des professeurs, seules matières) de la juridiction de ce tribunal.
(c) Le mémoire renferme en outre des assertions contre la propagande, le Saint-Office, Mgr Conroy et l'Archevêque; ces accusés ne sont pas évidemment sous la juridiction du Conseil auquel le Cardinal renvoie Votre Grandeur.
(d) Il y a en outre dans le dit mémoire des questions historiques et politiques dont on ne peut dire : Mundwm tradidit Deus disputationibus hominum.
Ces accusations fort distinctes les unes des autres, Votre Grandeur veut les mêler et les confondre ensemble pour échapper au tribunal auquel le préfet de la propagande renvoie Votre Grandeur avec ordre d'y prouver tout ce qu'Elle a avancé contre l'Université et ses directeurs.
En limitant ainsi le champ à explorer, le cardinal qui connaissait parfaitement ce qu'il y a dans le mémoire, a distingué et exclu les autres questions.
Veuillez agréer, Monseigneur, l'assurance de mon dévouement.
f E. A. Archevêque de Québec.
Mgr Laflèche à Mgr E. A. Taschereau, Archevêque de Québec, Evêché des Trois-Rivières, 21 Novembre 1882.
Monseigneur,
Voici la réponse que j'ai l'honneur de faire à la lettre que votre Grandeur m'a adressée le 15 du courant :
1° Votre Grandeur commence par déclarer qu'elle ne se « repent nullement d'avoir écrit comme elle l'a fait dans ses lettres du 16 et du 25 juillet. ,»
Je regrette que ce soit là la seule réponse que puissent obtenir les considérations si graves que j'ai dû Vous présenter sur mes droits d'évêque dans mes rapports avec le Saint-Siège. JVlon regret est d'autant plus vif que votre première lettre du mois de juillet était, non une simple demande, mais une sommation en règle basée sur un mémoire uniquement des* tiné à la Sacrée Congrégation de la Propagande pour Pinfor rnation du Saint-Siège sur les difficultés religieuses de notre province. C'était porter atteinte au droit et à. la liberté qu'a tout évoque de faire connaître au Saint-Siège ce qu'il croit utile au bien de la religion, sans qiie Le Métropolitain, ou une université puissent intervenir et couper ces communica-
lions. Il ne me reste plus sur ce point qu'à informer Votre Grandeur que si des déni,! relies de cette nature se renouvellent, le silence suffira pour me garantir, sans qu'Elle ait lieu de s'en étonner.
2° Votre Grandeur me représente ensuite que la -seule phrase extraite d'une lettre signée de son Eminence le Cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation de la, Propagande « ne laissa pas connaître au juste de quel Mémoire il s'agit. »
Le Mémoire sur les difficultés religieuses en Canada étant le seul que j'eusse alors présenté à la Sacrée Congrégation de la Propagande, je ne pouvais soupçonner qu'il s'élevât un doute sur ce sujet dans l'esprit de Votre Grandeur. D'autant plus que la lettre de Son Eminence référait à la réponse qu'Ell 3 envoyait en même temps à M. le Recteur de l'Université au sujet de ce Mémoire : Et in Us ierminis, hodie ipso respondi Hector i universitatis Lavallensis.
D'un autre côté Votre Grandeur savait par la lettre de M. le Recteur qu'Elle m'a communiquée, que Son Eminence l'avait informée qu'Elle m'écrivait au sujet du même Mémoire; je ne puis donc en réalité comprendre comment le doute a pu s'élever dans l'esprit de Votre Grandeur sur le Pro-memoria visé dans la lettre de Son Eminence le Cardinal Préfet. Quant au « Mémoire relatif à, l'établissement de la Succursale », dont parle Votre Grandeur, il ne pouvait en être question, parce que ce Mémoire n'existe point, je n'en ai ni fait ni présenté à la Sacrée Congrégation de la Propagande pendant mon séjour à Rome, parce que Son Eminence le Cardinal Préfet m'a dit plusieurs fois que cette affaire était réservée aux évêques de la Province;
3° Votre Grandeur continue : « Mais supposant que le Cardinal parle du « Mémoire sur les difficultés religieuses », etc.
Dans ce cas la première chose à faire était d'éclaircir le doute, et de savoir au juste de quel Mémoire Son Eminence entendait parler. Je suis étonné que Votre Grandeur, sans
éclaircir son doute et sur une simple supposition m'ait fait une nouvelle sommation si pleine d'assurance, fixant Ellemême l'objet du débat, le restreignant à trois professeurs de théologie, et faisant dire au Cardinal ce qu'il ne dit pas. Je retrouve parfaitement dans votre interprétation les visées de l'université; mais je n'y retrouve pas la censée du Cardinal :
4° Votre Grandeur veut bien me rappeler l'origine auguste de la Norma. J'espère, Monseigneur, que rien dans ma lettre du 3 novembre ne rendait nécessaire cette, leçon de respect. J'ai dit seulement et démontré que la Norma n'avait pas prévu un cas exceptionnel comme le présent, et que par conséquent, elle ne pouvait suffire. Mais en même temps Votre Grandeur ne daigne pas me dire quelle application elle entend faire de la clause finale de l'article XI qui pourvoit au cas d'une divergence d'opinion entre les évêques, en défendant d'aller au-delà, et en ordonnant de s'adresser au Saint- Siège. Votre Grandeur se préparerait-Elle par hasard à violer résolument sur un point de cette importance une règle pour laquelle Elle réclame avec tant d'autorité le respect dû aux autres ?
5° Votre Grandeur distingue les différents sujets dont parle mon Mémoire, il y a des assertions contre l'université et ses Directeurs, des accusations contre la Propagande et le Saint-Office, Mgr Conroy et l'Archevêque; des questions historiques et politiques, etc.
J'observerai d'abord à Votre Grandeur, r distinc-
tions ne sont pas exclusives les unes des autres; elles ont des points communs, elles rentrent les unes dans les autres sur des faits 1res importants.
Voilà pourquoi j'ai élargi le champ de L'enquête et de la preuve à faire dans toute l'extension que comporte la lettre de Sun Eminence, et c'esi par là que j'ai pïouvé que les attributions d'un Conseil ordinaire ne suffisaient pas.
Votre Grandeur, au contraire a voulu le rétrécir aux limites étroites d'une question personnelle et le restreindre à trois professeurs de théologie, qu'Elle dit être accusés de libéralisme.
J'observerai en second lieu crue le mot accusation, ne se trouve point dans la lettre du Cardinal; ce mot appliqué aux expositions de faits qui sont dans mon mémoire est une outrance imméritée, car ce mémoire n'est m* un réquisitoire, ni un acte d'accusation, mais bien un exposé des difficultés religieuses de notre province et des causes qui les ont amenées, comme l'indique clairement le titre qu'il porte, et c'est comme évêque, et pour l'acquit de ma conscience, que j'ai fait cet exposé au Saint-Siège, parce que j'étais convaincu, comme je le suis encore, que là seulement pouvait se trouver le remède à nos maux. J'ai fait comme le malade qui souffre : il expose au médecin les divers symptômes de sa maladie, il en indique les diverses causes, autant qu'il a pu les connaître, afin flue le médecin ainsi éclairé puisse appliquer les remèdes les plus propres à ramener le malade à la santé.
Votre Grandeur en réduisant le débat à une simple question, personnelle concernant trois membres de la faculté de théologie et laissant de côté le reste, fait comme le médecin qui ne voudrait tenir compte que d'un symptôme de la maladie de son patient. Voilà pourquoi dans la conviction où je suis que ce remède est insuffisant, j'ai demandé une enquête générale pour juger la question universitaire, telle que je l'ai exposée, je veux dire dans toute son étendue, et par conséquent dans tous ses rapports avec les difficultés religieuses en Canada, car c'est le seul sens que je puisse donner aux paroles de la lettre de Son Eminence le Cardinal Préfet de la Propagande.
Non seulement Votre Grandeur réduit le débat à une question personnelle, mais Elle veut l'envoyer devant le Conseil ordinaire de haute surveillance, c'est-à-dire devant un tribunal dont Elle est Elle-même le président et qui ne peut
prendre de décision par sa majorité, sans le vote de ce président; et cela après qu'Elle s'est Elle-même prononcée sur la question dans ses Remarques sur mon mémoire !
Voilà pourquoi j'ai demandé encore que ce fût un Conseil exceptionnel comme la cause qu'il doit examiner et présidé par une autorité plus haute que l'autorité ordinaire : et puisque vous vous êtes constitué partie dans le débat par vos remarques sur rnon mémoire, j'ai aussi demandé que ces remarques fussent examinées contradictoirement dans ce Conseil exceptionnel.
Ainsi Votre Grandeur voit que je ne refuse pas de faire la preuve qu'elle me demande, puisque je demande de la faire beaucoup plus large et plus complète, et dans un conseil pourvu à cet effet de toute la juridiction et de toute la liberté nécessaire pour l'entendre efficacement. Et c'est en présence de ces faits que Votre Grandeur n'hésite pas à mettre en question ma loyauté, et à m'adresser ces paroles étranges. « A mon grand regret j'ai constaté une fois de plus que les ennemis de Laval réclament le droit de tout affirmer contre elle sans le prouver! »
6° H y a plus, Votre Grandeur prétend même que j'ai mis en accusation la Sacrée Congrégation de la Propagande, le Saint-Office, etc.
Vous conviendrez au moins qu'un Evêque, qui veut accuser la Sacrée Congrégation de la Propagande, et les prélats qui en dépendent, ne peut agir avec plus de franchise ni plus d'utiLité qu'en s'adressant à cette Sacrée Congrégation Elle-même. Cela prouve assurément que cet évêque est pdus soucieux d'être véridique que d'être habile, cl lient plus à informer exactement qu'à intriguer. Au reste, la Sacrée Con- <■ régal ion de la Propagande est assez éclairée pour comprendre La ptartie des .Mémoires qu'on Lui adresse, et assez puissante pour se défendre Elle-même. On s'étonnerait sans doute qu'un opolitain, sans y être <>l>liuré par ses devoirs, ni autorisé
par ses droits, ni invité par la Sacrée Congrégation, pousse le zèle officieux, jusqu'à aider la, Sacrée Congrégation de la Propagande à comprendre les prétendues accusations dont on .la charge dans les mémoires adressés à Elle seule.
Permettez-moi en finissant d'exprimer le regret que Votre Grandeur ne me promette pas son concours pour obtenir un Délégué Apostolique qui vienne provoquer et présider une enquête générale, comme je l'ai demandé.
Je connais trop les égards que je vous dois pour dire que vous cherchez à amoindrir l'enquête afin de détourner l'attention de nos supérieurs hiérarchiques, et d'échapper à la nécessité de faire la pleine lumière sur les causes de toutes nos difficultés religieuses, ce qui est le seul moyen, je le répète, de ramener la concorde et la paix dans notre province. Mais je dirai que vous avez voulu constituer indirectement un tribunal réel pour y faire paraître en accusation l'évêque des Trois-Rjivières, sous le couvert de l'autorité de la Propagande, ce qui n'est certainement point dans la lettre de Son Eminence. Cependant, je n'en demeure pas moins,
De Votre Grandeur, le très humble et tout dévoué serviteur.
f Ll. F. Ev. des Trois-Rjvières.
Mgr l'Arch. de Québec à Mgr Laflèche, èvêque des Trois-
Rivières.
Québec, 25 Novembre 1882.
Monseigneur,
En réponse à la lettre de Votre Grandeur du 21 courant, 1" Les lettres du Cardinal, en date du 27 avril, adressées à l'Archevêque et du 14 septembre adressées au Recteur, sont si formelles et si explicites, que je ne puis admettre sans hésitation le sens donné par Votre Grandeur à la petite phrase isolée de son contexte, qui a été extraite d'une lettre adressée
à Votre Grandeur le 14 septembre, c'est-à-dire, Je même jour qu'au Recteur.
2° Quant a|u mémoire sur les difficultés religieuses, je maintiens tout ce que j'en dis dans ma lettre du 25 courant.
3° Votre Grandeur me demande quelle application j'entends faire de la clause finale de l'article XI de la Norma. Dans cet article, il s'agit de la doctrine et non du fait. Mon avis est qu'il faut commencer par le commencement et finir par la fin. Quand la doctrine aura été examinée par les évêques en la manière prescrite au commencement de cet article, on verra ce qu'il y. aura à faire conformément à la clause finale. k
4° Il est plus facile d'affirmer que de prouver que j'ai fait dire au Cardinal ce qu'il ne dit point, dans le petit bout de phrase cité par Votre Grandeur. J'ai travaillé sur la matière qui m'a été fournie sans essayer de deviner ce que peut cacher le contexte, car c'eût été peine perdue.
5° Votre Grandeur me menace de ne me répondre que par le silence; Elle trouvera bon sans doute que je mette fin à toute correspondance ultérieure sur cette affaire, tant que cette menace n'aura pas été retirée.
Veuillez agréer, Monseigneur, l'assurance de mon dévouement.
i f E. A., Archevêque de Québec.
Et. vu le Mémoire lui-même et l'Appendice dudit Mémoire qui le suivit; vu les pièces justificatives qui accompagnai, ni le tout et les correspondances échangées à ce sujet, i! nous est bien permis de finir cette seconde partie de nos Voix canadiennes, Vers l'Abîme par les conclusions qu'en tirait le vaillant évêque des Trois-Rivières lui-même :
Comme il est facile de le voir, l'Archevêque de Québec n'a répondu à aucune des objections fondamentales contenues dans la récusation de l'Evêque des Trois-Rivières.
1° Il n'a pas osé prétendre qu'une Université ou même an Archevêque pût couper légitimement les communications entre un Evoque et le Saint-Siège;
2°. Il n'a pas soutenu que les droits inhérents à la charge d'Evêque étaient saufs dans la sommation faite à l'Evêque des Trois-Rivièrcs au sujet d'informations données au Saint- Siège;
3° Il n'a pas établi que ces informations étaient des accusations, ou matière de procès;
4° Il n'a pas démontré que le Conseil de Surveillance universitaire avait juridiction sur les Evêques;
5° Il n'a produit pu cité aucune pièce qui lui communiquât, de la part du Saint-Siège, le pouvoir de transformer ce Conseil en tribunal contre l'Evêque des Trois-Rivières ;
6° Il n'a pas détruit la solidarité qu'il y a entre lui et l'Université au sujet des questions touchées par le Mémoire, n'a pas rejeté la responsabilité des « Remarques » publiées contre le Mémoire;
7° Il n'a pas fait voir qu'on peut être à la fois juge et partie dans un débat, pans violer les règles de la justice, il établit sa compétence à présider un tribunal dans ces conditions; i|j
8° Il n'a pas expliqué les clauses VIII et XI de la Norma ou Règle du Conseil de manière à prouver que le vote présidentiel n'est pas indispensable à une solution, et qu'en cas de divergence entre les Evêques la cause ne doit pas être portée à Rome;
9° Enfin, il n'a pas démontré que les diverses parties d!u Mémoire sont divisibles, et qu'on peut porter justement et avec raison une sentence contre une partie du Mémoire sans juger le tout.
Le silence de l'Archevêque sur tous ces points capitaux indique assez l'irrégularité et l'injustice de la position dans
la difficulté pendante, et ne parle pas haut en faveur de l'Université.
Mais ce gui domine indubitablement toute cette affaire, c'est la détermination arrêtée et imperturbable de cette Institution et de son Chancelier de retenir à Québec absolument, malgré les plus fortes raisons, l'examen et l'appréciation des difficultés religieuses du Canada.
Cette prétention a de quoi nous surprendre, nous affliger et nous effrayer tout à la fois.
On a dû remarquer que, dans ses lettres, l'Archevêque ne répond pas du tout à la proposition que lui fait l'Evèque des Trois-Rivières de demander ensemble une Délégation Apostolique avec mission d'étudier à fond les affaires religieuses du pays.
Comment donc le chef de l'Eglise pourrait-il remédier à nos souffrances si le Métropolitain aide au contraire l'institution dont on se plaint, à empêcher la connaissance entière du mal d'arriver jusqu'à Rome?
Au Canada, on ne peut se dissimuler deux phases qui ont particulièrement marqué la lutte actuelle où l'Eglise a tant d'intérêt.
Pendant que l'Evèque des Trois-Rivières était à Rome occupé à préparer son Mémoire pour informer le Saint-Siège, on fit grand bruit à Québec pour l'effrayer, le détourner de son œuvre et même lui faire abandonner son siège épiscopal; le Mémoire est à peine arrivé au pays que l'on fait à son auteur une guerre personnelle et implacable pour enterrer cette œuvre dans un Conseil incompétent, présidé par un prélat adversaire. L'écho de cette persécution a rempJi la province.
Ces singuliers faits ont leur langage.
Quel est maintenant l'esprit qui leur a donné naissance? Ce ne peut être assurément celui de l'amour du bien, de la charité et de la vérité. Il faut croire que le mal est plus
grand qu'on ne le pense, tout ignoré qu'il soit du Métropolitain; carde pareils symptômes ne naissent pas d'eux-mêmes.
.C'est pourquoi il nous paraît nécessaire que l'action auprès du Souverain Pontife soit en raison directe de l'opposition faite aux renseignements dont le Saint-Siège a besoin, en ces jours malheureux.
LTEvêque des Trois-Rjvières a écrit, en conséquence, à Sa Sainteté Léon XIII pour le prier humblement, mais instamment, d'envoyer au Canda, quand la chose lui paraîtra possible el opportune, un nouveau Délégué Apostolique pour prendre une connaissance entière de nos difficultés religieuses, et lui en faire un rapport circonstancié et complet.
En attendant, l'auteur du Mémoire regarde comme un .impérieux devoir de sa charge de réfuter les « Remarques » publiées contre ses communications faites au Saint-Siège, en rétablissant l'exactitude des faits et la rectitude des observations, dans l'intérêt de l'Eglise et de la patrie.
Nos Lecteurs auront retenu la proposition faite par Mgr Laflèche de provoquer une nouvelle Délégation Apostolique avec mission d'étudier, à fond, les affaires religieuses du piays et le soin qu'apporta l'Archevêque de Québec de passer cette invitation sous silence. IVévêque des Trois-Rivières ne s'en tint pas à une proposition; il donna, quant à lui, suite, à son projet et c'est le 8 septembre 1882 qu'il adressa à Son Eminence le cardinal NN. la Lettre-Mémoire explicite et lumineuse cfue nous avons donnée, avec quelques-unes de nos pièces justificatives, page 74 et suivantes de nos Voix Canadiennes, vers l'abîme, lro partie. Le lecteur s'y reportera avec [profit.
Dans cette 2e 'partie, nous avons voulu compléter nos informations et prouver à nos contradicteurs le bien fondé de nos griefs, l'abondance et la valeur de notre documentation.
Ainsi donc, en fermant ce livre, dira-t-on qu'alors, et sur les
matières qui tiennent le plus au cœur des franco-Canadiens, il n'y avait-il pas des dissentiments profonds? dira-ton que, desservie parmi les maîtres des mai Ires de son enseignement, l'Eglise ne courait pas de graves dangers au Canada? Et quand nous affirmons que le pays se hâtait ainsi d'un pas alerte vers l'abîme où sombrent les consciences et se perdent les âmes, qui nous taxera d'exagération? et si, nous finissons en disant que la course folle vers le gouffre libéral n'a, fait que se précipiter, qui nous accusera de pessimisme?
Ah! que nos frères séparés veillent et que Dieu sauve le Canada catholique et français !
avis;
Nous préparons une nouvelle série de documents que nous publierons incessamment.
Et, pour condescendre au vœu exprimé par un ami canadien, nous informons nos Lecteurs que les Oblats de Saint-Sauveur ue Québec ne sont pas tous de l'humeur, ni de l'opinion du correspondant irascible et malveillant auquel nous avons répliqué au cours de ce travail. Les Oblats au Canada ont toujours fait preuve de zèle et de dévouement à la cause de l'Eglise romaine et ne sont, en général et, Dieu merci 1 nullement contaminés par le libéralisme doctrinal.