‹ Vers l'idéal [microforme]Chapitre 1 sur 87 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Ceci cst mon cinquième volume de trois cents pages et plus. C’est mon quatrième volume en vers. En 1583, je publiais CAPRICES POETIQUES ET CHANSONS SATIRIQUES. L'année suivante paraissait mon roman canadien, UN RE VENANT, épisode de la guerre de Sécession.

En 1888, je mettais en vente COUPS D'AILE ET COUPS DE BEC, acheté par le gouvernement Mercier pour être distribué cn Drix dans les maisons d'éducation à même temps qu'une partie de la deuxième édition d'UN REVENANT.

En 1893, je publiais aux Etats-Unis un troisième ouvrage en vers, BOUTADES ET REVERIES; c« dernier ouvrege a été en. majeure partie vendu au Ca nada, où les journaux d'alors l'ont accueilli avec éloges. Il est depuis longtemps disparu de la c'rculation, comme ses frères aînés et comme le nom de Pauteur.

Je ne me plains pas: je constate tout simpleinent. On n’est pas obligé d'admirer mes vers. On n’est pas même obligé de les lire, mais il est certain qu’on les lit et qu’on les apprend par coeur, en dépit du silenci systématique dont j'ai été honoré depuis quinz ou vingt ans par la génération d’imberbes critiques qui s’est imposé la tâche de renseigner le public sur le mouvement littéraire franco-canadien.

J'entends parfois chanter mes chansons par des gens qui ‘‘ignorent mon nom, ma naissance”. Eucor tout récemment, des orateurs distingués, qui ne nu

connaissent que par mes écrits, me faisaient l'honneur

citer mes vers dans leurs discours.

Sans sollicitation de ma part, le pcite Louis Fré. chette a publié dans La Patrie, L’Electeur et autres journaux à deu près dix colonnes de commentaires très flatteurs pour mes livres. Ilne me connaissait au début que pour avoir lu certains écrit: où je m'étais Permis de critiquer sa manière de voir.

Tout cela est Considéré comme mur avenr. J'ai cessé d'exister Le jour où le premier june jabricant de réputation a pris notre littérature SOUS son aïle protectrice. Les autres se Sont contentés de le copier. À leur sens, mes vers ne Sont pas mauvais: pour eu ces vers n'existent pas. Et voilà Comment il se fait Que je ne suis pas caté à la Bourse des réputations littéraires.

J'ai cependant l'audace d'offrir ce livre au public, sans en demander Dermission à ceux qui, de leur Propre autorité, m'ont Supprimé de la liste des écrt- Vains connus. Depuis trente ans que je travaille à épurer mon vocabulaire, je n’ai Pas conscience d’avoir démériüc. Ce n’est Das ma faute si je suis démodé chez ces prétendus arbitres de compétence littéraire : c’est leur ignorance qui en est responsable.

Ne leur dernandez pas de vous renseigner sur ce qui s’est passé il y a vingt ou trente ans. Ils n’en savent rien, ce qui ne les empêche pas de documenter les écrivains étrangers qui entreprennent d'étudier notre littérature canadienne.

Je me figure que le présent ouvrage vaut mieux que les quatre autres. Ce sera probablement le dernier, à moins que je ne me décide à faire un choix de mes pièces de vers les plus sortables pour les publier sous forme d’anthologie. Que j'offre au public un volume de plus ou de moins, les entrepreneurs de réclame littéraire n’en auront cura et ne s’en apercevront même pas, mais des milliers d'hommes intelligents confinucront à mx lire, et je les en remereie d'avance.

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