LE JOUR DE NOEL
Doux souvenirs de mes jeunes années,
De l'idéal trop courtes visions,
Parfums exquis de mes roses fanées,
De mon printemps chastes illusions,
Ah! revenez dorer mon existence
Comme au bon temps où, la nuit de Noël, Le cœur ému, Jj'écoutais en silence
Pour percevoir les chants sacrés du ciel,
Je me taisais et croyais voir les anges Planer au loin dans la voûte des cieux ; L'air me semblait rempli de voix étranges Qui m'arrivaient en sons harmonieux.
Quand, vers minuit, nous allions à l’église, J’interrogeais des yeux le firmament, Croyant trouver dans ckaque ombre indécise Une aile d’ange au doux bruissement.
Muis l’âge mar, avec tout son cortège
De noirs soucis, bornant mon horizon.
Couvrit mon cœur de son manteau de neige Et le glaça sous la froide raison.
Qui me rendra mes légendes si chères,
Mes plaisirs purs et mes bonheurs d'enfant Mes rêves d’or, mon amour des mystères, Ma foi naïve et mes anges d'antan?
Resté fidèle aux antiques croyances.
éprouve encore en ce jour solennel Connne un regain des saintes espérances Qui me montraient jadis un coin du ciel.
J'oublie alors les ronces de la route,
Ft les soucis d'un travail énervant.
Pour diriger vers la céleste voûte
Et ses clous d’or un regard plus fervent.
Fall River, 25 décembre 1893.
Un viellard décharn:, faucheur infatigahle, Tranche, sans se lasser, les épis et les fleurs. Sa compagne, la Mort, hyène insatiable,
Se repaît d'ossements, de cadavres, de pleurs. Couple ratatiné que n’affaiblit point l’âge, Vieillis avant de naître, impuissarts à vieillir. Ces cruels destructeurs respirent le carnage
Et le deuil sous leurs pas doit sans cesse jaillir.
C'est que tout obéit à la loi naturelle ;
Tout doit se transformer, tout doit naître et souffrir : Toute âme doit quitter l'écorce corporelle,
Tout être sensitif doit tomber et mourir,
De la création l’impitoyable roue
Broie, écrase, meurtrit pour pétrir à nouveau.
Les éléments impurs retournent vers la boue
Dès que l'âme immortelle a quitté le cerveau.
Tout se meut dans le ciel, sur la terre et sur l'onde. L'éternel mouvement, créé par l'Eternel,
Préside aux grandes lois qui régissent le monde Dans l'ordre ingénieux d’un plan rationnel.
Les astres, poursuivant le cours de leur carrière, Promènent leurs clartés à travers le ciel bleu. Leur nébuleux amas de brillante poussière Seintille dans la nuit sous le regard de Dieu.
Lorsque nous contemplons ces mondes innombrables, Ces milliers de soleils, à nos yeux moins brillants
Que l’astre dont les feux semblent incomparables
Et qui verse sur nous ses rayons fulgu:ants,
La terre nous paraît bien triste et bien petite, L'Infini nous attire et l’âme veut nager
Dans l’éther azuré, par-delà la limite
Des horizons lointains où notre œil peut plonger.
Ces constellations entraînent avec elles
Les planètes, la terre avec ses habitants;
Cette procession de sphères éternelles
Sans jamais varier nous mesure le Temps.
Quand nous voyons mourir et naître les années, Ne regrettons pas trop ces transformations, Elément nécessaire aux hautes destinées
Que nous font pressentir nos aspirations.
D'un coup d'aile le Temps a mis quatre-vingt-treise Au vieux rancart poudreux des rebuts du passt ;
Pour en dire du mai chacun se sent à l'aise ! Et d'un poids accâblant se croit débarrassé. 3 Si quatre-vingt-quatorze abolit la misère di Et verse l'abondance au foyer indigent, j;
Il aura réparé les grands torts de son frère ju L Et pour lui notre adieu sera plus indulgent,
Fall River, ler janvier 1894.