‹ Vers l'idéal [microforme]Chapitre 57 sur 87 · CHEZ NOUS · texte numérisé non relu

CHEZ NOUS

(Bienvenue à Mgr Satolli. Pour les enfants de l’Or. phelinat de Worcester, Mass.)

[lustre cardinal, votre auguste présence

En cet orphelinat rend tous les cœurs henreux. Notre profond respect envers Votre Eminence Comprime en notre sein nos élans chaleureux.

Notre âge étant celui de l’ardeur impulsive, Nous voudrions crier notre honheur à tous.

Répéter, pleins d'orgueil et de joie expansive : Monseigneur Satolli daigne venir chez nous.

Chez nous! Voilà deux mots qui semblent bien étranges Sur nos lèvres d'enfants! Pauvres déshérités,

Nous sommes orphelins ; mais, grâce à nos bons anges, Sous l'égide des Sœurs nous sommes abrités,

La charité chrétienne est notre protectrice ;

Elle aime à nous bercer sur ses divins genoux.

De la religion la main consolatrice,

Séchant nos pleurs amers, nous place ici chez nous.

ro ——————

Nos regards voient partout la croix qui symbolise De l’abnégation le plus sublime exploit.

Aussi, vénérons-nous notre mère l'Eglise,

En la remerciant du sort qui nous échoit.

C’est vous dire combien notre joie est parfaite De pouvoir aujourd'hui crier ces mots si doux: Le délégué du Pape, ohjet de cette fête, Monseigneur Satolli, daigne venir chez nous.

Vous nous avez prouvé votre sollicitude

Pour l’œuvre qui nourrit nos âmes et nos COTPS. Nos nobles bienfaiteurs auront la certitude Que vous appréciez leurs généreux efforts.

Votre nom, désormais, se mêle à notre histoire Et lorsqu’à l’avenir on parlera de vous

Chacun de nous voudra redire, à votre gloire, Monseigneur Satolli daigna venir chez nous.

À mes compatriotes émigrés.

À MES COMPATRIOTES ÉMIGRÉS

A MES COMPATRIOTES ÉMIGRÉS

Î En ces jours ténébreux où l’immonde matière î À Enlise dans sa boue et le cœur et l'esprit.

Où, maître du cerveau, le cervelet prescril, Huit cents représentants de notre race altière, Mandataires choisis par-delà la frontière, Ont, cependant, au cours d ‘un Congrès fraternel, Prouvé que l’Idéal est très rationel, Et que le fait brutal n'étouffe pas l’idée.

Semence de progrès si souvent fécondée

Par les pleurs des proscrits et le sang des héros. Tige qui paraissait mortellement scindée,

Notre race de preux nargue encor ses bourreaux.

Frères, le souvenir de la patrie absente

Pour vaincre l’apathie est une arme puissante. On vous a fait votre procès.

Lorsque vous nous quittiez, on se voilait la face ;

On disait : ‘C’est un lâche: il déserte sa race’, Et c’est vous qui restez Francais!

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Votre œuvre vous honore et confond l’imposture. Les censeurs qui jadis vous prodiguaient l’injure Se sont lâchement prosternés Aux pieds des contempteurs de nos nobles ancêtres ; Ils n’ont d’autre souci que d’aduler leurs maîtres, Nos adversaires acharnés.

On vous disait : ‘‘Restez sur la terre natale!” ‘Notre dispersion pourrait être fatale ‘“A la nationalité.”?

Mais la nécessité, marâtre irrépressible Vous fit courber le front devant l’ordre inflexible Dicté par la fatalité.

Vous n’aviez pas le choix. Dieu, dont la Providence A des secrets cachés à l’humaine science.

Vous dirigea vers l'étranger; Et c’est bien malgré vous, comme malgré les autres, Que le Ciel vous sacra les modernes apôtres

D'un Verbe fait pour surnager.

L'’assimilation, insatiable hyène,

Plus vorace cent fois que l’antique baleine, Peut engloutir tous les Jonas.

Mais son gosier visqueux n’est pas à votre taille,

Et votre orgueil viril à ce gouffre qui baille, Dit: ‘‘ Vade retro Satanas.”?

À MES COMPATRIOTES ÉMIGRÉS

‘Nous savons les devoirs qu’impose la patrie ‘‘Adoptive ou natale et, par notre industrie, “Nos bras et notre sang.

‘Nous voulons assurer sa gradeur et sa gloire, ‘Dut la mort nous nous montrer, à travers la victoire. ‘Son masque grimacant.

‘Depuis le jour fatal des adieux à la France!

‘Jean-Baptiste à prêté maint serment d’allégeance : ‘L'école du malheur.

‘Le força d'accepter plus d’un joug de rencontre:

‘Mais, sous tous les climats, l’histoire nous le monfr: ‘‘Au poste de l'honneur.

‘Sa franche loyauté ne ferme Pas son âme

‘Aux tendres souvenirs. Elle active la flamme “Du culte des aïeux :

‘C'est en se rappelant la vaillance francaise

‘Qu'il s’élance sans Peur dans l’ardente fournaise ‘Des combats glorieux.

‘I a passé, vainqueur, le fusil sur l'épaule,

‘Du Golfe Mexicain jusqu'aux glaces du pôle, ‘De Port-Royal à Vancouver,

‘Explorant le premier les monts, le val, la plaine,

‘Il est partout chez lui dans le vaste domaine ‘Que ses pères ont découvert.

“Sur le rôle d'honneur qu'à la brise il déploie

“On lit en lettres d'or: Carillon, Sainte-Foye, “Châteauguay, Monogahéla.

‘Vainqueur à Saint-Denis, héros à Saint Eustache,

“T1 sait se rallier sous un drapeau sans tache “Pour dire aux tyrans: Halte-là!

‘Dans tous ces avatars. il est resté fidèle

‘4 Au doux langage appris Sous l'aide maternelle, “Et vous avez beau lui erier

“Qu'il doit parler à Dieu la langue des boutiques,

‘{(‘’est toujours en francais qu'il chante ses cantiques, C'est en lrancais qu'il veut prier.

[1 veut que ses enfants apprennent à l'école

‘+ Le parler dont l'accent l'apaise et le console “Dans son foyer lointain,

‘Où Celtes anglaisés et Flamands anglomanes,

« Jurant d’acelimater leurs baragouins profanes, “Ont perdu leur latin.

Du milieu qu'il fréquente il parle l'idiome,

«Et se fait écouter, malgré vous, jusqu'à Rome. “Lorsqu'il prend part à vos débats,

‘(11 peut, en bon anglais, vous faire une harangue,

‘Mais il prétend qu'il faut, pour renier sa langue, “ Avoir le cœur bien ba: ”

À MES COMPATRIOTES ÉMIGRÉS,. 229

Telle est votre réponse, Elle est franche, elle est fière. Et fait vibrer au vent l'invincible bannière De vos groupes épars Qui, loin du sol aimé de la Nouvelle-France, Ont su dresser Partout, contre l'intolérance. De solides remparts,

Vous avez établi des écoles prospères.

Vos temples consacrés à la foi de vos pères Se comptent par milliers.

La Mutualité chez vous fleurit à l'aise

Et, de ce monument d ‘expansion francaise Vous êtes les piliers.

Frères, nous saluons votre œuvre impérissable. Vous tracez un sillon profond, ineffacable,

Que suivront des semeurs par vous régénérés, Et ces fiers héritiers de vos titres de gloire, Inscrivant vos travaux au Temple de Mémoire, Mettront une auréole à vos fronts vénéré..

Ottawa, décembre 1201.

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CE QU'ON N’A PAS

CE QU'ON N’A PAS

Si nos puériles envies

Pouvaient façonner le Destin,

Nos soifs, un insiant assouvies, Renaîtraient du soir au matin.

Même en entassant pour nous plaire Tous les trésors du monde, hélas!

Nul ne pourrait nous satisfaire :

On veut toujours ce qu'on n’a pas.

Si, quand la nuit revêt ges voiles, Quelqu'un décrochait du ciel bleu L'or des scintillantes étoiles Parsemant le trône de Dieu;

S'il jetait ces poussières blondes

De soleils brillants sous nos pas, Nous demanderions d’autres mondes :

On veut toujours ce qu’on n’a pas.

VERS L’IDÉAL

Oscar vient d’épouser un ange.

Tout en savourant son bonheur,

11 éprouve un caprice étrange,

Et le voilà, gai séducteur, Cherchant de nouvelles conquêtes.

11 rend hommage aux mûrs aPPas Qu'’étalent de vieilles coquettes :

On veut toujours ce qu’on n'a pas.

Ernestine, avant son veuvage, Lardait à grands coups de canif

Le contrat de son mariage

Au nez d’un mari trop naïf.

Elle éprouvait une fringale

De cascades et de faux pas.

Son amant lui donna la gale:

On veut toujours ce qu’on n’a pas.

Riche, éprouvant la nostalgie

De la misère et des haïllons,

Pochard qui va, dans une orgie, Gaspiller force picaillons,

Menant la vie à grandes guides,

Vous avancez votre trépas:

Vous mourrez bourse et ventre vides :

On veut toujours ce qu’on n’a pas.

CE QU'ON N’A PAS

Eustache sait à peine lire,

Et, du reste, il n’a jamais lu.

Comme il voulait se faire élire,

Il se présente: il est élu.

Le succès lui semble facile;

Il est content, mais fait grand cas Des lauriers d’un autre imbécile :

On veut toujours ce qu’on n’a pas.

Pancrace a plus d’argent en poche Que de cervelle en tête. Au fond.

Nul ne lui fait d’amer reproche Pour son araignée au plafond.

Lorsqu'il pourrait, quoi qu’il arrive, Ne rien faire entre les repas.

Il faut que l’animal écrive:

On veut toujours ce qu’on n'a pas.

Combien de gens veulent paraître Tout autres qu’ils ne sont! Pourquoi?

Ne pas piutôt s’efforcer d’être

Ce qu’on devrait être? Ma foi, (Sotte illusion poursuivie

Par chacun de nous ici-bas,)

Tout mirage nous fait envie:

On veut toujours ce qu’on n’a pas.

Ottawa, 25 octobre 1897.

Le poëte et les deux critiques.

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