‹ Vers l'idéalChapitre 2 sur 76 · REMI TREMBLAY · texte numérisé non relu

REMI TREMBLAY

Ottawa, 11 juillet 1911.

Cœli Rnarrant...

COEL1 ENA1WNT.

Empruntant de la Foi le mystique flambeau, Lorsque l'homme veut voir au-delà du tombeau. Il lorgne le Ciel bleu, fenêtre qui s'entr'ouvre Sur l'Immatériel.

Lorsque la nuit recouvre La terre, lorsqu'aux cieux l'azur d'ombre est voilé, Mon cœur suit mon regard vers le dôme étoile. Le Ciel, c'est l'Inconnu rendu sensible, et toute Prunelle qui perçoit interroge sa voûte. L'enfant, ' 'qui se souvient des cieux' ' , dans sou berceau Lui sourit.

Quand la mort nous marque de son sceau, Nous jetons un regard vers le vaste empyrée. Comme pour découvrir la route inexplorée Par où notre âme aspire à s'envoler vers Dieu.

Du centre universel, insondable milieu, Projetant l' Infini clans l' Incommensurable. 1/ Eternel a tracé de sa main adorable Sa signature auguste, et son cachet sacré Revêl de pourpre et d'or le firmament nacré.

Voile du Temple où Dieu règle l'essor des mondes, Plage où viennent mourir les sidérales ondes. Symbolisme profond du grand panorama Qui forme le décor de l'immense Au-delà. Source où la foi naïve et la foi qui chancelle Se retrempent soudain dans l'âme universelle. Vaste champ d'astres d'or semés à pleines mains. Tu fixas le regard du premier des humains. Sur ce cliché nos yeux lisent, par atavisme, Le texte original du premier catéchisme. Partout l'homme inquiet, cherchant la vérité. Voit en toi le reflet de la Divinité. Rustres on fins lettrés, nains de la Laponie, Congolais ou géants de la Patagonie, Tous, sans se concerter, ont, d'un commun accord. En mille endroits divers, déclaré que la mort. Débarrassant l'esprit de la lourde matière. Lui révèle du riel l'inscrutable mystère.

Doré par un rayon de céleste clarté,

L'ultime boulevard de la fraternité

8e dessine là-haut, loin de toute frontière.

Notre âme l'entrevoit, par delà la matière,

Avec la Charité près du trône de Dieu,

Habitacle de Paix tout au fond du Ciel bleu,

Où, du bonheur parfait poursuivant le doux songe,

En un bain d'idéal le cœur plonge et replonge.

Nuit d'Étoiles

COEIJ BNABBANT. 19

ÎKVIT D'ETOILES

La beauté du ciel pur resplendit dans la nuit. Si nous interrogeons, lorsque le soleil luit, Le lapislazuli de la voûte éthérée, Abîme de saphir où l'âme est égarée A travers les reflets d'azur resplendissants, Nos yeux dilatés font des efforts impuissants Pour saisir l'Idéal qui toujours nous échappe. L'immensité nous crie: "Elle est longue l'étape Qui te reste à franchir pour arriver au but." Puis la terre, à son tour, réclame son tribut. 4 nos regards charmés, dans la lumière vive, Elle étale les fruits que Pomone cultive. Variété sans borne, ensemble circonscrit, Où le sens esthétique, affolé, s'amoindrit.

20 NUIT d'étoiles.

Or, c 'est surtout pendant la nuit claire et sereine Qu'on admire du Ciel la beauté souveraine. Le Couchant a nimbé le dernier haut plateau ; La terre a revêtu son nocturne manteau. Flore adoucit l'éclat de sa teinte vermeille. Tout se tait. On chuchote, on se parle à l 'oreille. Le langage des cieux devient plus convaincant Dans l 'ombre : le silence étant plus éloquent Que les vaines clameurs. Phébé montre sa face Et les étoiles d'or scintillent dans l'espace Où la mythologie avait placé ses dieux.

Espace illimité, gouffre mystérieux

Où se dresse l'Olympe, où les cosmogonies

Sondent les profondeurs d'orbites infinies.

Le cœur, en écoutant ta muette leçon,

Ressent d 'un doux émoi l 'indicible frisson ;

Devant toi le blasé devient enthousiaste. Inconnu plus obscur, plus profond et plus vaste Que tous les océans! Mer sans borne, en tes flots Jioules-tu les soupirs des heureux ? Les sanglots Des malheureux font-ils mugir tes vagues sombres Après avoir franchi l'immensité des ombres? Notre âme a ses jours clairs et ses jours orageux : Portes-tu nos chagrins sur ton front nuageux?

Le riche te fait part de sa mélancolie Que l'or ne peut guérir, et la voix affaiblie Des malades, des chefs de famille indigents Te presse de pourvoir à leurs besoins urgents. Chacun voudrait puiser en ton sein l'espérance , La résignation, la foi, la récompense.

Tout ce qui souffre, espère, aime et vit comme nous Sous ton dais, devant toi tremble et tombe à genoux.

Devant l'Immensité

COELI ENARRAHT. 25

Belairé par les feux du dôme constellé,

Lorsque, seul devant Dieu, l'homme inspiré s'attarde

A contempler au Ciel quelque point isolé,

Astre d'or ou faisceau de lumière blafarde,

Son regard de voyant y rencontre bientôt

Mille regards chargés d'angoisse, d'espérance

Ou d'aspirations, car chacun veut, là-haut,

Dans un rayon d'espoir apaiser sa souffrance.

Devant l'infinité des orbes infinis, L 'orgueil humain perd sa superbe audace ; De l'inégalité les rangs mal définis Disparaissent, mêlés dans la commune classe. Pour tous, pâtre ou rêveur, savant qui se morfond A scruter du Ciel bleu l'immensité profonde, L'abîme universel reste un gouffre sans fond Où la science en vain a promené sa sonde.

Inépuisable objet de méditation

Qui nous entraîne en des rêves sublimes

Où peut errer sans fin l'imagination,

Le Ciel reste toujours l'abîme des abîmes:

Abîme où se repait la contemplation,

Abîme de grandeur et de profonds mystères,

Abîme où l'on pressent l'agglomération

De mondes inconnus et d'invisibles sphères.

Le Ciel est l'image sensible De tout l'Inconnu susceptible D'être par nous imaginé.

C 'est l 'éternel témoin de l 'humaine impuissance, La Sphinge qui, malgré l'effort de la Science, Garde encor maint secret que nul n 'a deviné.

Les ellipses qu'au Ciel décrivent les comètes, A travers un fouillis d 'étoiles, de planètes,

D'astres étincelants, Encerclent, au-delà des lointaines pléiades, D'immenses horizons ornés de myriades

De soleils rutilants.

La lactescente voie où tremblotent, frileuses, Lies discrètes lueurs des blanches nébuleuses, Neige ayant pour cristaux des gerbes de soleils, Retombe en purs flocons sur les cimes astrales Dont les névés sont pleins de lumières spectrales Qui dorent les couchants vermeils.

Quand s'offrent à nos yeux les confins de l'espace, Lorsque, dans le lointain, la lumière s'efface

Devant les meilleurs instruments, Nous restons interdits, au seuil des grands mystères, Cherchant à deviner les innombrables sphères

D 'inénarrables firmaments.

Quand l'homme, poursuivant ses études stellaires Dans l'enchevêtrement des systèmes solaires.

A cru faire un grand pas, Perdu dans l'Infini qui se conçoit à peine, I] rencontre, au-delà de la borne lointaine,

Le néant. . . qui n'existe pas.

La science, devant ces colonnes d'Hercule, A beau de l'horizon, qui sans cesse recule,

Scruter chaque recoin; L'orgueil humain appelle en vain la fantaisie A son aide, Dieu dit, même à la poésie :

Tu n'iras pas plus loin.

Nous gravitons, suivant l'orbite limitée De nos conceptions; mais notre âme exaltée

Par nos vœux infinis, Voit au Ciel l'^Ultima Thule" de l'espérance, L'asile du bonheur, l'éternelle Jouvence

Des mondes rajeunis.

LA JŒER

Sur l'aréneux croissant d'une plage bénie, Humble épave du sort, je viens me reposer. J 'aime de l 'océan la plaintive harmonie ; J'aime le flot qui meurt en un bruit de baiser. J'aime aussi la clameur de la vague bruyante, La rauque voix qui gronde au sommet des récifs, Le liquide volcan à la crête fuyante, Tressautant, secoué de spasmes convulsifs.

Mer, sublime atelier, laboratoire immense, Des transformations tu sonnes le rappel. De futurs continents tu portes la semence: Le polypier, l'atoll, l'îlot et l'archipel. Ton flot ronge le fiord, submerge la lagune, Entame le silex, effrite le granit.

Il démolit le roc et, construisant la dune, Marque le nouveau terme où ton règne finit.

J 'aime ta voix sonore et j 'aime ton silence Tes accès de fureur et ta sérénité.

J'aime à monter l'esquif qui sur toi se balance Quand ton calme sourit à ta propre beauté. Lorsque, comme un miroir, ta surface est unie J 'aime à voir rougeoyer ton horizon vermeil Dans un rayonnement de splendeur infinie. Reflet d'aube ou déclin flamboyant du soleil.

J'aime à voir, quand la lune éclaire la nuit sombre, Le navire qui trace un sillage argenté; Je plonge mon regard dans la glauque pénombre De ta phosphorescente et mobile clarté, l'on clapotis léger, me berçant de doux rêves. Murmure à mon esprit d 'harmonieux proptxs. Quand je viens comparer, sur tes inertes «crèves, L'éternel mouvement à l'éternel repos.

A contempler le Ciel quand j 'ai lassé ma vue, Mes yeux, ivres d'azur mais non rassasiés. Aiment à promener sur ta vaste étendue De longs regards extasiés.

A l'horizon, borne irréelle de deux mondes, S'embrassent deux immensités:

L'immensité d'azur que reflètent les ondes Et celle des flots indomptés.

Celle de l'océan, immensité tangible,

Déferle autour de moi, Moi, l'humaine fourmi dont l'âme indestructible

Eprouve un doux émoi.

J'admire l'élément qui se gonfle, s'écrase, S'écroule en mourant à mes pieds.

Je voudrais emprunter, pour clamer mon extase, La voix des flots tuméfiés.

De nos caducités l'implacable détresse Ressort impitoyablement

Devant cet Infini d'éternelle jeunesse Et d'inlassable mouvement.

Aspects Variés de F Océan

COELI ENAKRANT. 37

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