LE NOUVEL AN
Dans le gouffre profond des âges, Quatre-vingt-quatorze est tombé; Plein de mystérieux présages, Quatre-vingt-quinze est exhibé.
Son énigmatique figure, Ebauche un sourire moqueur; Sa robe, vierge de souillure, Lui donne un petit air vainqueur
D'où sors-tu, mythe insaisissable, Incapable de te fixer?
Es- tu l'infime grain de sable Qui tombe du grand sablier?
Humble poussière que soulève Le Temps, ce vieil aplanisseur T'a-t-il recueilli sur son glaive En fauchant ton prédécesseur?
De l'Inconnu tu nous arrives Avec un visage riant, As-tu, sur ces lointaines rives, Vu quelque chose d'égayant?
Ou, prends-tu cette humeur de fête Pour te faire mieux accueillir?
Pourquoi de fleurs ceindre ta tête Quand tu viens nous faire vieillir ?
As-tu, dans l'invisible sphère Où s'élaborent nos destins Recueilli de quoi satisfaire Tous nos caprices enfantins?
Que vas-tu nous donner, en somme?
Dans les plis de ton vêtement, Caches- tu des trésors pour l'homme, Ou quelque juste châtiment?
Apportes-tu, jeune sylphide, Génie au masque sybillin, Du malheur la coupe perfide, Malgré ton air doux et câlin?
Quoi qu'il en soit, fragment des âges, Hôte sorti de l'Inconnu, Accepte toujours notre hommage Et sois partout le bienvenu.
Worcester, 31 décembre 1894.
Sonnets.