‹ Vers la joie; conte bleu, en cinq actes, en versChapitre 13 sur 107 · ARABELLA ET AGÉNOR · texte numérisé non relu

ARABELLA ET AGÉNOR

Il s'en charge.

TRUGUELIN

A ce devoir sacré, Pour vous, puisqu'il le faut, je me sacrifierai.

ARABELLA

Bon père !

TRDGUELIN

Et vous vivrez, vous, libre !

AGÉNOR

A la campagne !

ARABELLA

Où vous voudrez !

TRUGUELIN

Avec ma fille pour compagne!

ARABELLA

Conversant tous les deux comme de purs esprits !

AGÉNOR

Jouissant d'être seuls à vous être compris !

Et n'ayant d'autre soin jamais qui vous réclame, Sinon de vous montrer sans fin vos états d'âme !

ARABELLA

0 rêve!

0 paradis !

AGENOR TRUGUELIN

Êtes-vous convaincu ?

LE PRINCE

Non. Je suis las de tout. J'ai d'avance vécu. J'ai fait le tour entier de la pensée humaine. Mes curiosités désormais pour domaine N'ont que ce moi, rebelle à mes longs examens, Et vers qui tristement je cherche des chemins Sans espoir d'en trouver dans un tel labyrinthe. Et c'est lorsque ce moi fuit devant mon étreinte, Que j'irais concevoir le projet hasardeux. N'en déchiffrant pas un, d'en analyser deux! Non, mon unique moi me suffit en partage. Je m'y veux absorber chaque jour davantage. Je ne régnerai point, ni ne me marierai. Et je vais m'enfouir en un lieu retiré Où je puisse à loisir et sans trop de souffrance M'éleindre doucement dans ma désespérance. J'ai dit. J'en ai trop dit. Je me sens fatigué.

AGÉNOR, à part.

Pour un jeune homme gai, c'est un jeune homme gai!

TRUGUELIN

Mais, si vous abdiquez, l'émeute qu'on redoute...

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