ACTE DEUXIÈME
LUCAS Et le gas, pour plaire à Madelon,
PAULIN S'est dégourdi d'une cruche pleine.
ENSEMBLE Ah! régali, régalelte, régalons!
N A N E T, entrant par la grandporte, en costame dn dimanche, et porUn aa bras un gros panier.
Si bien qu'au lieu d'aller sur les talons Le gas roulait à même sa bedaine, Ah ! régali, régalctte, régalons.
Ah! régalons, dondaine!
(En s'avançant.)
Eh! fils, aurez-vou5 tôt fini de tout loger?
LUCAS
Ça s'avance.
PAULIN, s'arrélant de travailler.
Et VOUS, père, avez-vous un berger?
Non, ma foi. J'en ai fait, des pas, au champ de foire ! Et rien! Des exigeants! Ça veut manger et boire, Palper des sommes, qu'on croirait que je leur dois. Et ça vous a d'ailleurs du poil au bout des doigts. Ça ne sait même pas son métier. Des canailles!
(II s'essuie le front, puis s'assied sur la margelle de l'auge. Les gas reprennent leur besogne.)
Un métier qui s'en va, de soigner les ouailles! Depuis le vieux Bibus (ah! celui-là, subtil, Capable!), on n'en fait plus des tas.
PAULIN
Où donc est-il, A propos? On ne l'a pas vu de la semaine.
LUCAS
Et même plus.
NANET
Un va-son-train! Il se promène.
PAULIN
Dommage ! II en connaît peut-être un, de berger.
NANET
Ah! si lui-même...! Mais, toujours à voyager, Maintenant!
PAULIN
C'est un vrai loup-garou, le vieux drille!
Tout de même, un rude homme! Il a sauvé ma fille, Jadis. Je n'oublierai jamais ça, peu ni prou. Loup-garou tant qu'on veut, c'est un bon loup-garou.
(S'absorbant dans sa pensée.)
S'il voulait rengager! Tout vieux qu'il est!...
LUCAS
Eh! père, Vous ne rapportez rien du bourg?
NANET, prenant dans son panier, et en tirant ce qu'il dit.
Et celle paire De souliers? Et ces deux aunes de ruban bleu? Et ce bonichon-là? Ce n'est donc rien, fin Dieu?