SCÈNE III TRUGUELIN, AGÉNOR
TRUGUELIN, sévère.
Agénor!... Votre adroit collègue se révèle
De jour en jour comme un esprit très distingué.
J'aime qu'on soit ainsi, supérieur et gai.
Vous, monsieur, vous baissez beaucoup, prenez-y garde !
AGÉNOR
Moi! Oh!
TRUGDELIN
Vous ! Or l'histoire est là, qui nous regarde! Elle enregistrera combien fut mal tenu Le haut poste où j'ai mis votre front trop chenu.
AGÉNOR
Est-ce ma faute, hélas! si le prince est de glace?
Ah I tout autre... Et moi-même, oui, moi-même, à sa place.
De ces quatre beautés j'en aimerais déjà
Trois, au moins, malgré la vieillesse qui neigea
Sur ce front trop chenu qu'on me jette à la tête.
Mais lui, néant ! C'est un psychologue, un esthète.
TRUGUELIN
Un haut esprit !
AGENOR
Sans doute, oui; mais rien qu'un esprit. Estomac ruiné, qu'à grand'peine on nourrit ! De quoi? Pilules, jas, sirops, viande râpée, Où s'épuise l'effort de la pharmacopée ! Un corps, enfin, qui n'a plus l'air d'un corps vivant! Un être de chimère, et de rêve, et de vent! Le rendre amoureux, lui!... Non, tenez, je préfère Démissionner. Quoi que l'histoire sévère Puisse écrire, Agénor a fait tout son devoir. Soit dit sans vous blesser, je voudrais vous y voir!
TRUGUELIN
Calmez-vous, Agénor. Je fus dans ma critique Un peu vif. Oui, le prince est vraiment...
AGÉNOR
Flegmatique, J'ose dire. Excusez si l'on vous interrompt; Mais c'est que j'ai l'esprit, tout comme un autre, prompt, Et je peux être aussi, pour complaire à mon maître, Supérieur et gai, lorsque je veux m'y mettre. Vous verrez!... Bref, le prince est, en tant qu'amoureux, Plutôt... vague.
TRUGUELIN
Pourtant, avec ma fille!... Entre eux J'ai cru distinguer...
' AGÉNOR
Rien non plus, je vous le jure.