SCÈNE III THÉRÈSE, JOUVENETTE
J 0 U V E N E T T E, sortant de la maison, et venant se jeter dan» les bras de sa mère.
Ah! maman, je voudrais être morte.
THERESE
Qu'est-ce que tu dis là?
iOUVENETTE
J'étais près de la porte.
J'ai tout entendu, tout. C'est affreux. Quel méchant!
THÉRÈSE
Calme-toi.
Refuser comme ça, sur-le-champ, Et sans une raison, sans motif légitime, Un garçon doux, aimable, honnête, qu'il estime, A qui l'on ne peut rien reprocher! Car, enfin. S'il n'est pas fin berger, il le deviendra, fin! Qu'on attende! Une année encore m'est égale. Mais vouloir m'imposer l'autre mauvaise gale ! L'autre avaricieux! .\h! par exemple, non! Et madame Bruin ne sera pas m.on nom.
THÉRÈSE, lapaiâant.
Jouvenette!
JOUVENETTE
Un vilain, coupeur de liards en quatre! Un jaloux! Un brutal qui n'aurait qu'à me battre! Jamais! Jamais! Pas plus de force que de gré. Et moi-même, à sa face, oui, je le lui dirai.
THÉRÈSE
Garde-t'en bien, au moins!
JOUVENETTE
Pourquoi?
THÉRÈSE
Ce serait grave.
Il chercherait dispute au petit, et tout brave Oue soit le cher enfant...
JOUVENETTE
Oh! tu n'en doutes point!
THÉRÈSE
Non. Mais Bruin, pour sûr, le mettrait mal en point. Quand il cogne, c'est comme une bête lâchée. Et, l'autre pauvre, il n'en ferait qu'une bouchée.
JOUVENETTE
Mais il tient tout le monde alors à sa merci!
THÉRÈSE
Un peu, dame! 11 faudra marcher couci-couci. Ruser, trouver des biais et prendre des mitaines. Et même, tant que les choses sont incertaines, Le petit devrait bien se montrer plus prudent Et te faire la cour de loin, en attendant.