LA BASILIQUE DU SAINT-SÉPULCRE
L'après-midi du mercredi saint étant libre, chacun court où sa dévotion le conduit. Je me rends au Saint-Sépulcre ; c'est le centre qui attire et, on sent le besoin d'y aller souvent ! Il est grand temps de vous donner certains petits détails sur cette Basilique, cette étrange construction qui renferme les souvenirs les plus précieux du monde pour tout
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chrétien, spécialement pour les catholiques. Avant de venir à Jérusalem, j'avais lu plusieurs écrits, plusieurs descriptions qui m'avaient donné une idée bizarre de cette église. Réussirai-je à vous dire mes impressions et à vous décrire la Basilique de manière que vous vous y reconnaissiez lorsque vous irez en Terre-Sainte ? Je n'ai pas de diagramme à vous faire voir. Je laisse un vaste champ à votre imagination et vous pourriez bien vous y perdre à votre tour. Alors, de grâce, ne m'en donnez pas le blâme. Je veux mettre toute ma bonne volonté à vous faire visiter le Saint-Sépulcre.
Jérusalem est une agglomération de masures jointes ensemble. Le tout forme un bloc solide de Murs, dans lesquels sont taillées des rues étroites tantôt à jour, tantôt recouvertes d’une voûte de pierres. On arrive Par une inclinaison assez rapide surle parvis de la Basilique du Saint-Sépulcre. Cette place d'environ 150 pieds carrés est entourée de hautes murailles fortifiées derrière lesquelles sont cachés les couvents latins grecs et arméniens. De ce massif de tours et de dômes s'élève une grande coupole grisâtre surmontée d’une croix de fer c'est l'œuvre terminée en 1868, aux frais communs de la France, la Turquie et la Russie pour recevoir la tombe du Sauveur. Voilà la façade de la Basilique: elle paraît enfoncée dans le sol, écrasée sous les murs gris qui l’environnent. Des deux portes qui
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sont les seuls ornements en apparence l'une est toujours murée, l'autre est ordinairement fermée. C'est l'unique entrée pour pénétrer dans cet immense intérieur et donner communication aux différentes chapelles et aux différents monastères.
Entrons dans le temple sacré, les gardiens turcs sont toujours là pour ouvrir la porte, ils demeurent à l'intérieur dans un espèce d'enfoncement de murs; étendus sur uu divan, il font glisser sous leurs doigts les perles de leurs chapelets musulmans. Avant d'aller plus loin, je vous dirai qu'il y a douze sanctuaires importants; bien que séparés et distincts, ils sont unis entr’eux et abrités sous la même voûte; quelques-uns sont à fleur de terre, d'autres sont élevés de plusieurs pieds, d'autres sont à une trentaine de pieds sous terre.
Voici 1e calvaire ! C’est la petite montagne sur laquelle le Christ-Jésus fut crucifié entre le ciel et la terre ; elle est complètement cachée sous des dalles de marbre. On dirait qu’une boîte immense la recouvre. Nous parvenons à cette plateforme artificielle en gravissant un escalier de pierres de dix-neuf marches. Des piliers soutiennent au-dessus une voûte basse ogivale, où sont suspendues, en grand nombre, des lampes d’or et d'argent qui donnent une lumière pâle et vacillante, et laissent ce lieu sacré dans une demi-obscurité. Ily a trois autels dont deux appartiennent aux latins, l’autre, le principal,
VERS LA TERRE-SAINTE 147 appartient aux grecs non-unis. Je vous ai délà parlé de cet autel lorsque nous nous Y sommes arrêtés pour le chemin de la croix solennel de notre première journée à Jérusalem Mais je ne puis résister au désir de vous y conduire encore, vu que je considère ce saint lieu comme le plus propice à nous faire comprendre le prix de notre rédemption. Traînons-nous à Benoux au-dessous de cet autel et à travers un disque en argent voyons l'excavation où fut plantée la croix, et la fissure faite dans le rocher ‘au moment où le Christ rendait le dernier soupir. Passons tout le bras dans cette ouverture de cinq à six pouces et ne Pouvant pas coller nos lèvres sur le roc du Calvaire touchons-le respectueusement, et, comme les russes pieux et dévots touchons-nous ensuite la tête, la figure et le Cœur persuadés qu’une vertu mystérieuse sort de cet attouchement sacré. Il n'y a pas de mots Pour dire les impressions ressenties en pareille occasion, et, si les pieds de Jésus étaient en croix, là, près de nous, nous Pourrions, comme Madeleine, les arroser de nos larmes. En ce moment de contrition sincère et parfaite désirons mourir... mourir sur le calvaire en disant à Notre-Seigneur les paroles de Dismas répentant : «Seigneur, souvenez-vous de moi dans votre royaume. » (S. Luc, XXIII, 42.) |
A droite du Calvaire, nous voyons à travers une petite fenêtre la chapelle lat ne de Notre-Dame des
Sept-Douleurs, c'est là que saint Jean et Madeleine se tenaient avec Marié pendant la crucifixion.
En descendant du Calvaire, on s'arrête à la Pierre de l’Onction; c’est une dalle en pierre rouge sur laquelle fut embaumé le corps du Sauveur. Nicodème avait emporté une mixtion d'environ cent livres de myrrhe et d’aloës, et, avec Joseph, de la ville d’Arimathie. et probablement avec quelques autres disciples ils enveloppèrent le co1ps de Jésus dans des linceuils avec des aromates selon la manière d’ensevelir qui est ordinaire aux juifs. (Jean, XIX, 39-40.)
Il y a plusieurs lampes de prix qui brûlent autour de cette pierre et six chandeliers monstres dont deux ont leurs souches allumées pendant les offices respectifs de chacune des trois communions qui se disputent les privilèges au Saint-Sépulcre.
Les orientaux, dont la dévotion est très ostensible, se prosternent et demeurent le front collésur la pierre froide pendant de longues heures tandis que les pèlerins en général se contentent de la baiser avec piété.
On fait le tour du chœur des grecs et on descend un grand'escalier de 29 marches, qui conduit à la chapelle arménienne schismatique dédiée à sainte Hélène. C'est là que la pieuse impératrice se tenait pendant qu’on pratiquait des fouilles pour retrouver la croix de Jésus-Christ. Plus loinon descendencore
13 marches et nous Sommes dans la chapelle catholique de l’Invention de la sainte Croix. On regarde en passant l'autel de saint Longin, celui qui, de sa lance, perça le côté de Jésus. On entre un instant dans le petit Sanctuaire où le
apprêts du crucifiement.
Comme on commence un office spécial, en l'honneur de la colonne de la flagellation, dans la chapelle franciscaine, nous allons y assister.
On ne parla publiquement du culte des reliques de la passion que lorsque Ja vraie croix fut découverte: cela ne veut pes dire que, pendant les trois premiers siècles de l'Église, lorsque les chrétiens n'étaient que des martyrs et des confesseurs de la foi, on ait négligé de conserver et de vénérer les reliques qui existaient alors. La colonne de la flagellation n'était Pas un objet à se perdre facilement. Elle fut transportée, dit-on, du prétoire de Pilate à l'église du Cénacle. C'est ce que nous apprend saint Grégoire de Nazianze au quatrième siècle et ensuite saint Jérôme, au cinquième siècle, nous dit que sainte Paule, veuve romaine, étant venue en Orient pour prier au tombeau de Jésus- Christ, se rendit au Mont-Sion pour Y vénérer la colonne de la flagellation qui soutenait la portique de l'église du Cénacle. Elle fut brisée par les musulmans, et, les Franciscains en ayant recueilli res-
pectueusement les fragments, les transportèrent dans leur chapelle, où Jésus apparut à sa sainte Mèredans l'église du Saint-Sépulcre. Elle est maintenant enfermée dans une niche doublement grillée, pour la protéger contre les profanations des infidèles.
Une colonne de la flagellation existe à Rome dans une petite chapelle de l’église de Saint-Praxède; elle y fut apportée en 1223 par le cardinal Jean Colonne, légat du saint Siège en Orient. Un socle de colonne est aussi conservé dans le trésor de la cathédrale de Saint-Marc, à Venise. La multiplication des saintes colonnes s'explique facilement quand on sait que, la véritable étant brisée, il fut fait un partage de morceaux authentiques ; les plus considérables furent encastrés dans des petites colonnes de pierre qui reçurent les mêmes honneurs que la vraie relique.
Ordinairement, on vénère celle de Jérusalem en introduisant à travers le grillage un bâton à cet effet, déposé sur l'autel, et, après l'avoir retiré, on baise l'extrémité qui a touché le tronçon sacré. . Aujourd’hui, mercredi saint, est le seul jour de l’annéé où elle est exposée publiquement et tous et chacun peut la toucher et la baiser. .
Il est impossible de s'arrêter plus d'un instant ; il faut circuler et faire place au flot de pèlerins.
Il est tard et on chante encore... On dit l'office des Ténèbres chez les latins... les lamen-
tations de Jérémie avec leurs finales plaintives ont un écho touchant : Jérusalem ! jérusalem! convertere ad Dominum Deum tuam . =
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