‹ Vers le soirChapitre 2 sur 108 · LE VIEUX BUREAU · texte numérisé non relu

LE VIEUX BUREAU

La table où j'écris a tenu Dans son cadre de chêne nu Tous mes rêves sombres ou roses, Et ce travers est bien permis :

Ne pas quitter ses vieux amis Pour des visages moins moroses.

Ma chère table d'autrefois !

J'entends mieux, près d'elle, les voix Indécises de la pensée.

Elle connaît bien mes penchants

Et me dicte presque les chants, Dont ma veille est le mieux bercée.

Soleil ! ciel bleu, temps rajeuni !

Est-ce pour tout de bon fini Cette pluie incessante et grise Qui tombait jusque dans mon cœur !

Salut, réveil, été vainqueur Dont la vieille terre est éprise !

Ma fenêtre ouverte, je vois

Une apparence de grands bois

Où luisent des blancheurs de marbres.

On a rétréci Thorizon :

Pour le profit d'une maison

Il ne faut pas blesser les arbres.

Ce qui reste encore est si beau !

A quoi bon chercher du nouveau Quand on entend l'eau des fontaines?

Aujourd'hui vaut mieux que demain :

Les fleurs que l'on a sous la main Valent bien les roses lointaines.

En faut-il plus pour être heureux Et pour chasser le rêve affreux D'une âme qui, blessée et lasse, Et redoutant même l'effort, Comme dans la chambre d'un mort N'osait plus parler qu'à voix basse?

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