‹ Vers le soirChapitre 22 sur 108 · VELASQUEZ · texte numérisé non relu

VELASQUEZ

A Camille Pelletan.

Prince divin de la couleur,

Qui semblés peindre avec la fleur

Adorable de la lumière,

Plus haut que Rubens ou Rembrandt,

Malgré Titien le plus grand,

Unique gloire et la première!

Je suis allé jusqu'à Madrid

Pour te voir. On m'avait décrit,

Et je savais par les estampes

Tes Nains, ton Ménippe, tes Rois,

Tes Lances, dont les faisceaux droits

Barrent le ciel bleu de leurs hampes.

Je n'avais pas vu ta clarté, La rose souveraineté De tes Infantes scrofuleuses, Tes Vendanges d'un ton pareil A ce que ferait le soleil D'assonances miraculeuses,

Tes Philippe quatre, au menton Énorme. A quelle île veut-on Que leurs Armadas tiennent tête?

Ils sont si grands qu'ils peuvent tout, Et qu'ils s'en iront jusqu'au bout Du hasard et de la tempête.

Et ta Pileuse au dos divin.

Auprès de qui luirait en vain Véronèse au pinceau de flamme; Ce n'est que du rose et du blanc, Mais on adore en se troublant La chair vivante de la femme.

Tu fais renaître tout ton temps

Par tant de signes éclatants.

De costumes et de figures

Qu'on croit voir sortir des tableaux

Tes grands, drapés dans leurs manteaux,

Tes mendiants aux faces dures.

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