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LA MUSE DE PARIS

Être la Muse de Paris C'est joli pour une petite Ouvrière, aux yeux bruns ou gris, Qui s'est, jusqu'ici, bien conduite.

Il fallait voter pour cela :

Il s'agissait d'être choisie Par ses compagnes. C'était là Comme un concours de poésie.

LA musl: de paris. 75

Au premier tour, un peu d'émoi :

Pensez donc, un honneur suprême!

Chacune, espérant à part soi, Vota d'abord pour elle-même.

Cela pouvait durer longtemps :

Trois tours comme partout suffirent, Puis trois visages de printemps Devinrent roses et sourirent.

Laquelle avait le plus de droits ?

Vous désigner la plus jolie, Oser choisir entre les trois, Après elles, serait folie.

Muse et demoiselles d'honneur Se valent, si je ne m'abuse.

Et, sans faire le raisonneur, Paris a bien choisi sa Muse.

Petite Muse aux yeux chantants, Ma strophe soit par toi guidée !

J'applaudis à tes dix-sept ans Ainsi qu'à la jolie idée.

C'est la Muse du grand Paris, cette petite !

Elle est gentille, mais son minois nous invite

A la revanche moins qu'au simple parti pris

De donner notre linge à blanchir à Paris,

Est-ce en ces choses-là que notre esprit consiste ?

La puérilité de cet âge m'attriste.

Faire juste, penser, nous mettent aux abois;

Et nous nous emballons sur des cochons de bois.

Comme le roi François premier, Paris s'amuse :

Il s'est offert pour rire une petite Muse.

Ils iront à cheval, dimanche, à Robinson.

— Dans l'arbre, après dîner, vas-y de ta chanson,

Ma fille, mais que rien de toi ne dégringole.

Avec ce vieux Paris, ton père, qui rigole,

Sois calme, ou tout au moins surveille, mon enfant,

Des gestes que l'état de Muse te défend.

Puis, grise un peu d'air lourd et de fausse nature,

Avec simplicité retourne à ta couture,

Et songe que l'excès d'honneur que je te dois

Ne te dispense pas de te piquer les doigts.

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