LA COUR DES MIRACLES
Un cagou lui met un ulcère Invraisemblable près des yeux ; La tourbe obscure se resserre !
C'est à qui clochera le mieux ;
Le fond de bois d'un cul-de-jatte LMnvite à regarder ses pieds, Toute jambe étant disparate Dans ce ramas d'estropiés.
Ainsi dans la Cour des Miracles De certains bardes d'aujourd'hui, O ma vieille âme, tu renâcles Et restes coite comme lui;
Faisant fort peu de différence Entre ces pieds-bots et ces vers Où notre doux parler de France Devient exotique et pervers;
Et cette sombre turlutaine, A nous autres ferait la loi ?
— O vers libre de La Fontaine, Ils ont osé parler de toi !
Par vice de race ou par frime Ils biglent, boitent, marquent mal, Dédaignant, les pauvres ! la rime Qui vaut bien l'or comme métal!
J'accepte que l'on me conspue Et me fais gloire du haro...
— Écartez-vous, allons cohue, Front bas, laissez passer Hugo !
J'irai, sans que d'un pas ma volonté recule,
Sans que rien qui soit d'eux tache mon crépuscule,
Maintenant la couleur exacte de mon vers,
Ainsi qu'il sied encore aux arbres d'être verts
Et même, selon l'heure et les mois, bleus ou rouges.
Leur culte ment et leurs chapelles sont des bouges.
En vain ils ont tenté d'y mettre un nouveau dieu.
Il n'en est qu'un, celui dont les flèches de feu
Font mûrir la moisson blonde de la pensée,
Qui gouverne et régit la forme cadencée,
Selon des lois qu'on fît, malgré leurs efforts vains,
D'après les rythmes d'or des poètes divins.
Je ne veux pas borner la mesure de l'aile :
On trouvera sans doute une beauté nouvelle ;
Je l'appelle, j'y crois, je l'aime, je la veux!
Je la sens qui palpite au devant de mes voeux ;
Je saurai m'éblouir le cœur à cette aurore!
Mais sa lumière, hélas ! n'est pas levée encore.
Et ce n'est point ceux-là, dans leur inanité,
Qui troubleront jamais mon âme de fierté.