A LA PROMENADE
Le ciel si pâle et les arbres si grêles Semblent sourire à nos costumes clairs Qui vont flottant légers avec des airs De nonchalance et des mouvements d'ailes.
Et le vent doux ride l'humble bassin, Et la lueur du soleil qu'atténue L'ombre des bas tilleuls de l'avenue Nous parvient bleue et mourante à dessein.
Trompeurs exquis et coquettes charmantes, Cœurs tendres mais affranchis du serment, Nous devisons délicieusement, Et les amants lutinent les amantes
De qui la main imperceptible sait Parfois donner un soufflet qu'on échange Contre un baiser sur l'extrême phalange Du petit doigt, et comme la chose est
Immensément excessive et farouche.
On est puni par un regard très sec, Lequel contraste, au demeurant, avec La moue assez clémente de la bouche.
LES INGENUS
Les hauts talons luttaient avec les longues jupes, En sorte que, selon le terrain et le vent, Parfois luisaient des bas de jambe, trop souvent Interceptés! — et nous aimions ce jeu de dupes.
Parfois aussi le dard d'un insecte jaloux Inquiétait le col des belles, sous les branches, Et c'étaient des éclairs soudains de nuques blanches, Et ce régal comblait nos jeunes yeux de fous.
Le soir tombait, un soir équivoque d'automne: Les belles, se pendant rêveuses à nos bras. Dirent alors des mots si spécieux, tout bas. Que notre âme depuis ce temps tremble et s'étonne.