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SCÈNE IV

SYLVANDRE, CHLORIS CHLORIS, courant

Non!

SYLVANDRE Si!

CHLORIS

Je ne veux pas...

SYLVANDRE, la baisant sur la nuque

Dites! je ne veux plus!

(La tenant embrassée)

Mais voici, j'ai fixé vos vœux irrésolus,

Et le milan affreux tient la pauvre hirondelle.

CHLORIS

Fi! raction vilaine! Au moins rougissez d'elle! Mais non! Il rit, il rit!

(Pleurnichant pour rire)

Ah, oh, hi, que c'est mal!

SYLVANDRE

Tarare! mais le seul état vraiment normal, C'est le nôtre, c'est, fous l'un de l'autre, gais, libres. Jeunes, et méprisant tous autres équilibres Quelconques, qui ne sont que cloche-pieds piteux, D'avoir deux cœurs pour un, et, chère âme, un pour deux!

CHLORIS

Que voilà donc, Monsieur l'amant, de beau langage! Vous êtes procureur ou poète, je gage, Pour ainsi discourir, sans rire, obscurément.

SYLVANDRE

Vous vous moquez avec un babil très charmant. Et me voici deux fois épris de ma conquête: Tant d'éclat en vos yeux jolis, et dans la tête Tant d'esprit! du plus fin encore, s'il vous plaît.

CHLORIS

Et si je vous trouvais par hasard bête et laid.

Fier conquérant fictif, grand vainqueur en peinture?

SYLVANDRE

Alors, n eussiez-vous pas arrêté l'aventure De tantôt, qui semblait exclure tout dégoût Conçu par vous, à mon détriment, après tout?

CHLORIS

O la fatuité des hommes qu'on n'évince

Pas sur-le-champ! Allez, allez, la preuve est mince

Que vous invoquez là d'un penchant présumé

De mon cœur pour le vôtre, aspirant bien-aimé.

— Au fait, chacun de nous vainement déblatère

Et, tenez, je vais vous dire mon caractère,

Pour qu'étant à la fin bien au courant de moi.

Si vous souffrez, du moins vous connaissiez pourquoi.

Sachez donc...

SYLVANDRE

Que je meure ici, ma toute belle, Si j'exige . . .

CHLORIS

— Sachez d'abord vous taire. — Or celle Qui vous parle est coquette et folle. Oui, je le suis. J'aime les jours légers et les frivoles nuits; J'aime un ruban qui m'aille, un amant qui me plaise, Pour les bien détester après tout à mon aise. Vous, par exemple, vous. Monsieur, que je n'ai pas Naguère tout à fait traité de haut en bas. Me dussiez- vous tenir pour la pire pécore. Eh bien, je ne sais pas si je vous souffre encore!

SYLV ANDRE, souriant

Dans le doute . . .

CHLORIS, coquette, s'enfuyant

((Abstiens-toi)), dit l'autre. Je m'abstiens.

SYLVANDRE, presque naïf

Ah! c'en est trop, je souffre et m'en vais pleurer.

CHLORIS, touchée, mais gaie

Viens, Enfant, mais souviens-toi que suis infidèle Souvent, ou bien plutôt, capricieuse. Telle II faut me prendre. Et puis, voyez- vous, nous voici Tous deux bien amoureux, — car je vous aime aussi, — Là! Voilà le grand mot lâché! Mais...

SYLVANDRE

O cruelle Réticence!

CHLORIS

Attendez la fin, pauvre cervelle.

Mais, dirais- je, malgré tous nos transports et tous Nos serments mutuels, solennels et jaloux D être éternels, un dieu malicieux préside Aux autels de Paphos. —

(Sur un geste de dénégation de Sylvandre)

C'est un fait — et de Gnide.

Telle est la loi qu'Amour à nos coeurs révéla.

L'on n'a pas plutôt dit ceci qu'on fait cela.

Plus tard on se repent, c'est vrai, mais le parjure

A des ailes, et comme il perdrait sa gageure

Celui qui poursuivrait un mensonge envolé!

Qu'y faire? Promener son souci désolé.

Bras ballants, yeux rougis, la tête décoiffée,

A travers monts et vaux, ainsi qu'un autre Orphée,

Gonfler l'air de soupirs et l'océan de pleurs

Par l'indiscrétion de bavardes douleurs?

Non, cent fois non! Plutôt aimer à l'aventure

Et ne demander pas l'impossible à Nature!

Nous voici, venez-vous de dire, bien épris

L'un de l'autre, soyons heureux, faisons mépris

De tout ce qui n'est pas notre douce folie!

Deux cœurs pour un, un cœur pour deux ... je m'y rallie.

Me voici vôtre, tienne!... Etes- vous rassuré?

Tout à l'heure j'avais mille fois tort, c'est vrai.

D'ainsi bouder un cœur offert de bonne grâce.

Et c'est moi qui reviens à vous, de guerre lasse.

Donc aimons-nous. Prenez mon cœur avec ma main.

Mais, pour Dieu, n'allons pas songer au lendemain.

Et si ce lendemain doit ne pas être aimable.

Sachons que tout bonheur repose sur le sable.

Qu'en amour il n'est pas de malhonnêtes gens.

Et surtout soyons-nous l'un à l'autre indulgents.

Cela vout plaît?

SYLVANDRE

Cela me plairait si . . .

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