‹ Vers pour la patrie, 1914-1918Chapitre 9 sur 9 · NUIT D^OFFENSIVE · texte numérisé non relu

NUIT D^OFFENSIVE

Juillet 1918.

Au bord (lo l'Iiorizon nocturne un éclair luit,

Puis vin^»-!, puis cent, puis niillc... Et notre cœur tressaille,

Car l'air, qui se déchire au seuil de la bataille,

Aux lointaines cités en apporte le bruit.

Que de vœux et d'espoirs rejoig-nent, cette nuit, Le canon qui là-bas pour la France travaille, Qui déchaîne sans fin l'ouragan de mitraille. Surprend l'envahisseur, l'écrase et le poursuit !

Robuste acier, outils sacrés de la patrie. Vous tourmentez un sol qui vous en remercie ; Votre farouche voix est douce à nos échos ;

Vous vengez les enfants orphelins et les veuves,

Et vous accompagnez la marche des héros

Qui reprennent nos champs et repassent nos fleuves !

l/HÉIUTACiE

L'alouelte qui vole à la pointe des blés Connaît de gras sillons où la moisson se presse; Tel pré soudain étale une herbe plus épaisse, Tel verger nous surprend par ses arbres comblés.

Si la chair de nos morts au sol natal mêlés A su lui conférer cette étrange richesse, Ne peut-elle former des âmes sans faiblesse L'image des héros dans nos cœurs assemblés?

D'un flot plus généreux, d'une sève plus forte, Ne nourrit-elle pas le beau sang qui l'apporte Dans les veines des fils nés pour les jours nouveaux?

Foyer transfiguré par les grands sacrifices. Quelque rôle modeste ou fier que lu remplisses, Sache par tes vertus montrer ce que tu vaux I

A LEuns I II.S

Vous connaîtrez sans doute une France plus belle, Plus prospère et plus douce, o fils de nos enfants ! La servirez-vous mieux en ses jours triomphants Qu'en ses jours menacés ceux qui tombaient pour elle ?

Elle exigea leur sang et le trouva fidèle;

Le deuil de leur demeure a racheté ses champs :

Le poète à jamais réservera des chants

A tant de saintes morts qui la font immortelle.

Vous qui ne suivrez plus de si cruels chemins, Fiers de notre passé, sûrs de vos lendemains. Vous naîtrez, vous vivrez sous des signes de gloire ;

Mais vous vous souviendrez de fleurir les tombeaux Des pères qui s'offraient afin que la Victoire De son bouclier d'or protégeât vos berceaux.

SUR LA MORT d'uN AMI

Tu nous quittes à l'heure où cessent les batailles. Lorsque notre destin n'est fixé qu'à demi ; Tu tombes sur le bord du sillon, noble ami, Et nous ferons sans toi les nouvelles semailles.

Tout ce peuple d'esprits qui suit tes funérailles Va manquer du conseil de son guide endormi. Pourquoi, cœur frémissant et pourtant affermi. Avant d'avoir tout dit faut-il que tu t'en ailles?

Du moins, récompensant le courage et l'amour, Le Dieu que lu servis fit, à ton dernier jour, Paraître devant loi la France de Ion rêve ;

El de la voir ainsi lu mourus rassuré, Avec ses yeux levés au ciel, son front lauré El son poing pacifique appuyé sur le glaive.

V(*:U D KCUIVALN

Nos livres les plus beaux n'ont qu'un sort incertain ; Parmi les vains débris dont le passé s'encombre, Comment garder l'espoir d'avoir conçu dans l'ombre L'œuvre que l'avenir mellra dans son butin !

Toi qui croyais servir l'honneur du nom latin, Qui remplissais d'un long* labeur des jours sans nombre. Vois : de tant de travaux l'un après l'autre sombre ; Un seul survivra-t-il pour un meilleur destin?

Parfois, un simple chant gravé sur une stèle Rend le poète cher à la muse immortelle ; Un cri jailli du cœur illustre le tribun...

Ah ! puissé-je à mon tour inscrire en ta mémoire, 0 Patrie! et sauver du naufrage commua Une page d'amour écrite pour ta gloire !

IMl'HIM li

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