‹ VersaillesChapitre 35 sur 115 · I.0Ü1S XÎV ET MOLIÈRE · texte numérisé non relu

I.0Ü1S XÎV ET MOLIÈRE

Le roi demanda son déjeuner2, et apercevant Molière qui couvrait le lit de concert avec le tapissier Delobel, ainsi que le voulaient ses fonctions, ordonna qu’on apportât son en-cas et fit asseoir Molière à ses côtés, afin d’apprendre à ceux qui méprisaient ce grand homme le cas qu’il faisait de lui.

Les sieurs Besnier, Chivéry, officiers du gobelet, apportèrent l’un un pain sur

1 Le roi pouvait à la rigueur attacher ses jarretières ; mais au coucher le premier valet de chambre devait absolument défaire la jarretière du côté gauche, un valet de garderobe pouvait défaire l’autre.

2 Un peu de pain et d’eau rougie composaient tout le déjeuner du roi; il y ajoutait quelquefois un bouillon ; les jours de jeûne il retranchait le pain.

une assiette de vermeil, l’autre une serviette pliée entre deux assiettes semblables ; en même temps le sieur Hambourg de la Menissière, officier de l’échansonneriebouche, présenta au duc de Beauvillers un vase de vermeil doré dans lequel le duc versa du vin et de l’eau de deux carafes que portait le sieur François Roger, autre officier du gobelet, qui fit l’essai de cette boisson ; puis le duc présenta au roi sur une soucoupe d’or le vase rincé ; Louis versa lui-même Peau et le vin qu’il devait boire. Le Dauphin, remettant alors son chapeau et ses gants au premier gentilhomme de la chambre, prit la serviette portée par Besnier et la présenta au roi qui s’essuya les lèvres.

Après avoir déjeuné Louis ôta sa robe de chambre, et le marquis de la Salle, maître de la garderobe, lui tira sa camisole de nuit par la manche gauche, tandis que Bontemps tirait la manche droite. Bontemps reçut des mains du roi la petite bourse aux reliques et la remit h François de Belloc qui l’alla porter dans le cabinet du roi et resta pour la garder. Cependant Bachelier apporta la chemise du roi qu’il venait de chauffer, et la présenta au duc de Beauvillers. Le Dauphin s’étant alors débarrassé de son chapeau et de ses gants s’approcha du roi et lui donna sa chemise. Daru et. Petit étendirent devant le roi sa robe de chambre, et Bachelier reçut la chemise que le roi quittait. Le marquis de la Salle aida à Louis à relever son haut-de-chausse, et le duc de La Rochefoucauld lui mit une camisole.

Bachelier et de Saint-Michel, valets de la garderobe, apportèrent l’épée, la veste et le cordon bleu ; ce fut le duc de La Rochefoucauld qui agrafa l’épée, passa la veste et mit pardessus, en écharpe, le cordon auquel étaient attachées la croix du Saint-Esprit en diamants et la croix de Saint-Louis liée par un ruban rouge. Le roi mit ensuite son juste-au-corps, toujours aidé par le grand-maître de la garderobe ; puis le marquis de la Salle mit au roi une riche cravate de dentelle que le roi attacha lui-même. Ensuite il vida dans les poches de l’habit que lui présenta le maître de la garderobe ce que contenait celui qu’il avait porté la veille et que tenait Bachelier ; reçut du sieur de Saint-Michel deux mouchoirs de point offerts sur une soucoupe de vermeil ovale appelée salve.

Le roi alors passa dans la ruelle de son lit, s’agenouilla sur deux carreaux préparés, et fit sa prière. Tous les évêques et les cardinaux, entrant dans la balustrade du lit, se mirent à genoux et prièrent à voix basse.

Après la prière le roi dit à M de Breteuil, introducteur des ambassadeurs, qu’il était prêt à recevoir l’ambassadeur d’Espagne.

Comme cette réception avait été prévue (car tout était ordonné et réglé d’avance), le sieur Simon de Lobel, tapissier, avait découvert le lit, le fauteuil et les sièges pliants qui étaient en dedans de la balustrade; il avait jeté sur le lit une courtepointe et en avait ouvert les rideaux sur les pieds et sur le devant. Leroi s’alla asseoir sur un fauteuil en dedans des balustres ; derrière lui se tinrent de-

ANCIEN ET MODERNE

tc.r

bout les ducs de Beauvillers, de la Rochefoucauld, le marquis de la Salle ; les princes s’assirent à ses côtés. Le sieur de Rassé lit faire place devant l’ambassadeur qui salua trois fois le roi. Louis se leva *. retira son chapeau pour saluer l’ambassadeur, s’assit bientôt et se couvrit. L’ambassadeur, qui avait dit la première phrase de sa harangue, se couvrit et à son exemple tous les princes. Il exposa au roi une réclamation pour un pavillon outragé ; Louis répondit avec noblesse et grandeur que la justice était son premier devoir, qu’il la devait à ses sujets et aux autres nations et promit de faire instruire l’alfaire. L’ambassadeur satisfait lit en se retirant les trois révérences d’usage.

Lorsque le roi était incommodé ou prenait médecine, ce qui avait lieu régulièrement tous les mois, alors on introduisait près de son lit les personnes qu’il admettait à cet honneur. Des deux côtés étaient les plus distingués, les plus intimes ; il fallait une grande naissance, une grande illustration ou la désignation formelle du roi pour y être admis 2 . C'était une occasion qu’on aimait a saisir d’être connu du roi plus particulièrement.

Deux lieutenants généraux de province se présentèrent pour prêter serment; ils remirent à un huissier leur chapeau, leur épée et leurs gants, et s’agenouillèrent, sur un carreau placé devant Sa Majesté. Le secrétaire d’état du département de la guerre lut la formule, et les lieutenants, les mains dans celles du roi. répondirent de le faire, lissé levèrent alors, firent une révérence à Sa Majesté, et n’oublièrent pas de donner aux officiers de la chambre la rétribution non limitée, mais due pour pareil acte. Le roi sortit de la balustrade de son lit, précédé par le sieur de Rassé et suivi du capitaine des gardes, il dit tout haut: Au conseil , et passa dans son cabinet.

Le roi entrant dans son cabinet y trouva plusieurs officiers auxquels il donna ses ordres pour la journée. A l’évêque d’Orléans, premier aumônier, il dit qu’il irait à la messe à midi au lieu de neuf heures et demie, heure annoncée la veille; au marquis de Livry, son premier maître-d’hôtel, qu’il dînerait dans sa chambre et qu’il souperait au grand couvert; à Bontemps, qui lui remit ses reliques et sa montre, qu’il irait au jeu de paume ; à ses officiers de garderobe, qu’il sortirait à deux heures et prendrait son surtout et son manchon.

Puis, après avoir pris sa perruque ordinaire, il s’assit dans un fauteuil au haut bout de la table couverte d’un tapis de velours vert ; autour de la table s’assirent, sur l’ordre du roi, le Dauphin, le duc de Beauvillers, MM. Le Pelletier, de Ponchar

* Lo roi lie sc levait que pour un ambassadeur ou pour le nonce du pape , non pour un envoyé.

2 En 1714 le premier président de Novion s’étant permis de s’avancer près du lit de Louis XIV qui était souffrant, le duc d’Aumonl, premier gentilhomme de la chambre, le tira par sa robe et lui dit : « Où allez-vous ? Sortez ; des gens comme vous n’enlrcnt pas dans la balustrade si le roi ne les appelle pour leur parler. »

iraiu et de Eoinpone ; rur ce jour-là c’était conseil d’état affecté aux affaires, les [dus importantes.

C’est dans un conseil tenu dans cette pièce que fut décidée l’acceptation du trône d’Espagne, le 16 novembre 1700 ; décision terrible prise contre l’avis du sage Beauvillers, et qui devait entraîner tant de guerres, de malheurs, et placer

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