LEBRUN ET MIGNARD
Avant de quitter le Versailles des xvii® et x\iif siècles, il est juste de rappeler ici les noms des grands artistes dont le pinceau a animé ses murs, ses plafonds, toutes les parties de l’œuvre que l’œil peut atteindre. Le premier qui se présente, c’est Charles Lebrun, élève du Poussin, émule de Lesueur; il a su garder la première place après ces deux maîtres immortels de l’école française. Le génie de Lebrun semble avoir été créé pour Versailles ; il semble avoir été seul capable d’appliquer la peinture décorative sur une aussi vaste échelle, avec un style toujours soutenu, toujours grandiose. Aussi fut-il pendant toute sa vie, en fait et en titre, le premier peintre du roi, qui le soutint jusqu’à sa mort contre la faction rivale de Mignard protégé par Louvois. Directeur de l’Académie de peinture et des Gobelins, comblé d’honneurs et de richesse, Lebrun mourut en 1690, au moment où la faveur du roi désignait déjà son successeur. Ce fut Mignard, l’élégant rival d’Annibal Carrache , remplacé lui-même après sa mort par Antoine Coypel, le décorateur de la Chapelle. Sous la direction de ces maîtres, les deux Boulogne, Lafosse, Van-der-Meulenle grand peintre des batailles, Rigaud, l’illustre Philippe de Champagne qui mériterait une place à part, concouraient à la décoration du palais de Louis XIV. Après eux , il faut citer Jouvenet et Lemoine, à qui nous devons le plafond du salon d’Hercule,
Une observation générale qui peut s’appliquer à toute l’école de Lebrun, et à lui plus qu’à tout autre, c’est l’abus de l’allégorie ; sous cette incessante nécessité de faire intervenir les conventions de la Fable, l’expression des figures se généralise, les contours s’énervent, le dessin perd son caractère.
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Louis XIV visitant l’atelier de Lelmm aux Gobelins.
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Des ronces parmi des ruines, une immense carrière de pierres, de briques et de marbre, voilà la commune destinée de tous ces monuments de l’orgueil humain qui ont pendant un temps fatigué la terre de leur poids. Et cependant le palais de Louis XIV est encore là tout entier sous nos yeux. Au centre, on aperçoit la façade de brique du manoir de Louis XIII, Les fenêtres de la chambre à coucher où Louis XIV mourut se reconnaissent au balcon supporté par des colonnes. Voilà bien encore l’élégante chapelle de Mansart, et derrière, l’aile construite par Louis XV ; plus loin encore, à droite, les combles de l’Opéra ; puis à gauche se montrent des constructions d’une date plus récente. La statue équestre de Louis XIV commande à toutes les avenues du palais. Des deux côtés de la magnifique grille qui forme l’entrée de rancienne Cour des Ministres, sont les emblèmes allégoriques de ses victoires sur l’Autriche et l’Espagne, comme si Louis régnait encore. Mais quel est ce cortège nouveau de héros de pierre, figures d’un autre âge ^ Quelle main a décerné ces honneurs à Louis XIV mort, a relevé les ruines de sou palais, a rendu à ces lieux une majesté nouvelle? Le visiteur, en s’avançant vers l’entrée de cette vaste demeure, peut bientôt distinguer sur les murs riuscription qui lui apprend le secret de tant de merveilles ;
TOUTES LES fU.OIRES DE l.A FrANCE Î
GÂLKRIES DE L’EMPIRE
La longue suite des galeries de l’Empire a remplacé les appartements habités sous Louis XIV par le duc de Charolais, et sous Louis XVI par l’infortunée princesse de Lamballe. Elles se composent de treize salles, qui contiennent cent vingt-neuf tableaux représentant les principaux faits de la vie de Napoléon, de 1796 à 1810.
C’est ici le lieu de rendre justice à la pensée impartiale qui a présidé à la restauration du palais de Versailles parle roi Louis-Philippe. Toutes les gloires de la France y ont été bien réellement conviées , et les ombrageuses susceptibilités de la politique ne l’ont jamais déterminé à réduire la part qui revenait à chacune d’elles dans cette vaste représentation de notre histoire. Du siège de Toulon à Austerlitz, de la cérémonie du sacre à Sainte-Hélène, vous pouvez relire page à page sur ces murs l’épopée impériale. Aucun souvenir n’a échappé à la main pieuse qui les a recueillies. Napoléon se présente à la postérité avec tous ses titres, avec le double prestige de la gloire et des grandes infortunes.
Le lecteur nous saura sans doute gré d’emprunter à M. le comte de Montalivet les paroles suivantes, qu’il a recueillies de la bouche même du roi Louis-Philippe, et dans lesquelles on retrouve à la fois un hommage mérité à la mémoire de l’empereur et toute la pensée du restaurateur de Versailles : « Vos renommées “ sont trop grandes, disait-il à deux artistes qui avaient exagéré les proportions “ des ligures allégoriques destinées à consacrer la mémoire de son règne. Quelle “ serait donc la taille de celles que vous destineriez à Marengo, à Austerlitz ou “ à Wagram? Restons ce que nous sommes : du côté de Napoléon, l’éclat des vic-
toires, la gloire et les conquêtes ; du mien, les douceurs de la paix et les bien- •< faits de la liberté! Représentez, en face de la Paix se reposant sur l’épée de la “ France , la Loi dominant toutes les situations , même la mienne. »
NH|mlénn en Egypte.