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VI. RAPPORTS DU SENS DE L'ESPACE AVEC LA MOTRICITÉ

1° Images d'attitude. — Toutes les attitudes des divers segments de notre corps et de nos organes internes nous sont représentées par des images dont la composition varie suivant que ces attitudes sont passives ou actives, c'est-àdire suivant que la motricité y intervient ou non.

Une attitude passive nous est connue par des perceptions cutanées, des images tactiles de contact avec les objets environnants dont la distribution varie avec nos attitudes, des contacts avec le vêtement ou avec d'autres parties de nous-mêmes, etc. (orientation subjective indirecte) ; de plus, indépendamment de ces images tactiles, nous connaissons les situations de nos leviers osseux dans leurs rapports mutuels, leurs inclinaisons l'un sur l'autre par des perceptions dont les images constituent le sens articulaire. Enfin, l'action de la pesanteur sur les parties molles et sur le squelette nous est connue à tout instant en dehors de toute contraction musculaire, par la tactilité tégumentaire ou interne (orientation subjective directe). La plus remarquable de ces tactilités internes est la tactilité vestibulaire de l'oreille. Ces images des atti-

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tudes segmentaires passives sont indispensables à l'exercice de toute motricité réflexe ou volontaire. En effet, nous ne pouvons exécuter un mouvement volontaire sans nous représenter l'attitude initiale, l'attitude cherchée et la série des attitudes de passage ; nous ne pouvons pas non plus exécuter un mouvement involontaire qui ne soit approprié, destiné, orienté, c'est-à-dire adapté à une variation d'attitude, qui est le geste.

2° Images motrices. — Quand il s'agit d'atlitudes actives, une nouvelle série d'images entre en jeu. Chaque attitude passive exige une certaine position, un certain degré de relâchement ou de tension des différentes parties de la masse musculaire qui entoure les leviers osseux. Quand cette attitude est réalisée activement, les muscles ont respectivement un certain degré de tension, les synergies motrices intéressent les muscles antagonistes, les muscles correcteurs et direcleurs du mouvement incessant qui constitue le maintien d'une attitude contre les forces qui tendent à la faire varier. Quand il s'agit d'un geste, le tableau d'emploi de ces forces musculaires varie à chaque phase, et nous pouvons reconnaître qu'à chaque instant, à chaque attitude segmenlaire correspond une image complexe dé la distribution motrice, variant avec l'attitude.

Ces images motrices sont associées aux images d'attitudes segmentaires fournies par la tactilité et le sens articulaire. Les images d'attitude sont des images purement sensorielles, définissant le lieu de certains points dans l'espace, décrivant une topographie, une orientation. Les images motrices y ajoutent des mesures de force, de fatigue et de résistance musculaire. Les images d'attitude existent toujours, à l'état normal, que l'attitude soit active ou passive; les images motrices accompagnent les attitudes actives et leurs variations, c'est-à-dire le geste, le mouvement. Chaque attitude active fait donc naître une image d'attitude et une image motrice qui, chez un même individu, forment un système coordonné. Une foule de sensations, d'analyses spécifiques et de localisation, arrivent aux centres médullaires par les racines postérieures, et nous

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pouvons reconnaître la part énorme que prend le sens de i l'espace aux opérations du sens dit musculaire, et qu'il ! serait préférable d'appeler sens locomoteur. Si l'on remarque qu'une même attitude, qu'un même geste, intéressent ■ des centres moteurs et sensoriels, situés à des étages différents dans la moelle, à des points différents du cervelet, t du cerveau, et qu'un même centre moteur peut être appelé à contribuer à la représentation d'attitudes différentes, on conçoit la nécessité de rapports commissuraux nombreux I et complexes entre les noyaux sensitifs, sensoriels et mo- ! teurs, et de centres de simplification commandant en bloc tout le mécanisme d'une attitude.

3° Coordination motrice. — La répartition des exercices musculaires appropriés à un geste, à une attitude donnée, constitue la coordination motrice dans le détail de laquelle il ne semble pas que la psychomotricité entre bien profondément. La moelle et le cervelet paraissent devoir, l'une son organisation remarquable par le jalonnage de ses centres moteurs et sensitivo-sensoriels coopérateurs, l'autre son énorme surface corticale d'enregistrement et de réflexion pour les fonctions de localisation, d'orientation, d'appropriation et de coordination motrices, à cette organisation des automatismes créés par la répétition, l'habitude, la systématisation des gestes et des attitudes. Le cervelet reçoit de tout l'appareil périphérique de la sensibilité les analyses d'espace, tant extra-organiques qu'intra-organiques, sans lesquelles il ne peut exister de motricité appliquée. C'est en quelque sorte dans le cervelet que le terme espace entre dans la définition organique du mouvement, dans la réalisation de sa formule.

4° Appropriation motrice. — La coordination motrice permet de réaliser une certaine attitude, un certain mouvement ; mais elle a dû pour cela s'inspirer d'une image préexistante qui intervient dans l'automatisme de ces fonctions inférieures de la motricité. C'est donc l'appropriation des forces musculaires à la réalisation d'une attitude ou d'un mouvement qui régit la coordination motrice. La coor-

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dination varie de mode avec l'appropriation, car elle est déterminée directement par elle.

Pas plus que l'exercice contractile de nos divers faisceaux musculaires, pas plus que leur coordination, l'appropriation motrice n'est consciente. Nous pouvons vouloir consciemment un mouvement, mais nous ignorons comment nous l'exécutons, et la volonté s'arrête à l'acte lui-même ; c'est l'expérience, c'est-à-dire la sélection intra-organique, la sélection anatomique et physiologique, l'économie même de nos centres associés, de nos centres d'automaticité, et non l'analyse consciente de nos forces organiques, qui nous permet d'exécuter nos propres ordres. L'appropriation est d'ordre médullo-cérébelleux. Comment aurions-nous la volonté de contracter tel ou tel muscle pour exécuter un mouvement, quand nous ignorons absolument que nos mouvements sont exécutés par des muscles, comment sont placés ces muscles et quel est leur mode individuel d'action? Nous voulons tel mouvement, c'est-à-dire telle variation d'attitude, mais nous ne pouvons pas consciemment vouloir le détail de son exécution. L'appropriation motrice n'est pas plus consciente que la coordination ellemême.

5° Destination motrice. — Il nen est pas de même de la destination motrice : elle peut n'être pas consciente comme dans les réflexes et les actes instinctifs ou irréfléchis, mais elle peut aussi être consciente. Il en est de ces fonctions comme de la conduite d'une armée sur le champ de bataille : la tactique et les ordres supérieurs sont conscients et volontaires, mais l'exécution des multiples sous-ordres ne l'est pas. La destination motrice est pour nous l'adaptation de l'appropriation motrice à un but conscient ou inconscient, mais ayant une signification et une application à un objet extérieur au mouvement luimême. La destination motrice est l'expression même de la volonté, quant à sa forme consciente. Pas plus que la coordination et l'appropriation, la destination motrice ne peut se faire sans images d'attitude et d'espace, seulement bulbaires, cérébelleuses et médullaires dans le cas où la des-

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tination reste inconsciente, cérébrales quand elle devient consciente • ■ -■■ ■

6Ù Orientation motrice. — Il n'est pas de geste ni d'attitude qui n'implique une orientation motrice, c'est-àdire le rapport même du mouvement ou de l'attitude à l'espace dans lequel ils s'effectuent. Résumons.

Je veux prendre un objet. Je connais préalablement par Yorientation objective sa forme et sa localisation dans l'espace, et par Yorientation subjective indirecte ma position par rapport à lui. Je sais ou je sens, par Yorientation subjective directe, mon attitude propre dans l'espace et les attitudes segmentaires de tous mes membres ; cette connaissance est la base de toutes mes opérations motrices ultérieures.

Ces orientations vont intervenir dans la direction de mon geste (orientation motrice), dans l'évocation des images d'attitude associées à l'exécution de ce geste (destination motrice), dans l'application de ces attitudes appropriées (appropriation motrice) et dans la composition de forces musculaires qui y contribuent (coordination motrice).

Dès que le moindre mouvement, répétons-le, est le résultat d'une coordination musculaire entre les faisceaux contractiles qui y prennent part, il y a intervention d'images d'attitude, c'est-à-dire du sens de l'espace. Et il en est de même pour l'appropriation, la destination et l'orientation motrices. Cependant la répétition des mêmes attitudes et la constitution même de nos appareils osseux et musculaires ont développé et provoqué dans le système de la locomotricité (ce mot associe bien l'idée d'espace à l'idée de mouvement), des automatismes et des associations musculaires en vue de fonctionnements plus simples et plus prompts. Cela est surtout évident dans la marche, dans la station debout et dans tous les actes habituels où la volonté semble prendre peu de part. Il est aussi tout évident qu'à ces associations de synergies, à ces actes automatiques correspondent des centralisations nerveuses et des centres secondaires présidant non plus à une contraction musculaire isolée, mais à tout l'exercice musculaire exigé par un geste,

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par une attitude. Notre moelle et notre cervelet dissocient l'acte; mais notre psychomolricité en est incapable, elle se contente de décider l'acte.

Nous n'insisterons pas davantage sur le rôle considérable que jouent les images d'espace dans l'exercice de l'équilibration. Les perceptions de pesanteur sont tout naturellement orientées.

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