‹ Vertige [electronic resource]Chapitre 46 sur 76 · VERTIGE LOCOMOTEUR · texte numérisé non relu

VERTIGE LOCOMOTEUR

par l'effort musculaire que nous exerçons pour le maintenir, effort dicté, à l'insu de notre conscience, par l'orientation subjective directe. Or, nous pouvons ne pas faire cet effort, ou ne pas le sentir quand nous le faisons, ou le sentir plus fort qu'il n'est, ou même avoir l'illusion de cet effort. Le vertige apparaîtra facilement dans chacun de ces cas.

Ce sont là des troubles où le vertige reste en quelque sorte inconscient et limité à l'automatisme cérébello-médullaire. Mais que nos images d'altitude soient faussées ou supprimées dans une certaine étendue, et nous perdons la conscience d'une certaine partie du monde extérieur et d'une certaine partie de nous-mêmes. Si l'œil supplée, l'équilibration volontaire reste possible; si l'œil est fermé, il reste encore l'orientation labyrinthique qui peut nous prévenir des incorrections de notre stabilité; si le labyrinthe est atteint, comme cela est fréquent chez les tabétiques, les néphraslhéniques, les sourds-muets, le signe de Romberg apparaît. Il est impossible de définir le mot ataxie sans faire intervenir l'idée d'espace.

11 y a des troubles profonds de la station, de l'équilibration, de l'appropriation motrice et de la coordination dans la lésion des cordons postérieurs. Mais il peut y avoir, dans certains cas et chez certains sujets, des réactions vertigineuses quand les images d'altitudes, par leur disparition, se trouvent ne pouvoir plus jouer aucun rôle dans l'orientation subjective totale. L'anesthésie plantaire, la suppression plus ou moins complète de ces images d'attitude et de ces images motrices, si utiles pour la station debout, nous donneront l'illusion de dérobement du sol ou de nos jambes, d'enfoncement dans le sol, et dans certaines attitudes, des illusions d'attitude même, dont le conflit- avec les images correctes d'attitudes, fournies par d'autres appareils restés sains, engendrera facilement le vertige. L'engourdissement profond et étendu des membres, chez les sujets faciles, le provoque également. Ce vertige est alors du vertige par suspension de nos rapports sensoriels avec; l'espace qui nous entoure et avec une partie de nousmêmes ; la désorientation subjective qui constitue ce vertige résulte de l'insuffisance ou de la perturbation de l'orien-

LES VERTIGES

tation objective, le moi se trouve mal défini par le non-moi.

Ce vertige par désorientation est un vertige sensoriel résultant de troubles dans certaines analyses d'espace ; c'est du vertige direct comme le vertige labyrinthique. Mais le verlige peut apparaître dans le domaine de la locomotion par un autre mécanisme.

Certaines attitudes fatigantes, longtemps maintenues à force de volonté, développent une sorte d'épuisement de la sensibilité générale et spéciale, qui peut finir par nous faire momentanément perdre toute notion de notre propre objectivité, nous jette dans une véritable absence sensorielle et suspend toute relation consciente avec notre milieu et même avec les diverses fonctions de notre corps. Toutes nos sensations s'absorbent peu à peu par la préoccupation d'une sensation qui les domine; une forte douleur trop prolongée hébété, la douleur extrême anesthésie; une fatigue exagérée, surtout quand il y a dépense considérable de volonté, exerce sur notre sensibilité une réelle fascination. C'est une destruction totale de la sensibilité et sa fixation sur une seule sensation devant la particularité, l'objectivité, l'exclusivité de laquelle notre subjectivité même s'efface. L'objet de la sensation en supprime le sujet. Il y a extase par douleur, par fatigue, par volonté.

C'est le procédé qu'emploient les féticheurs et les derviches, l'extase provoquée. Cet état n'est pas le vertige> il le dépasse. Mais si l'on veut, comme l'a remarqué Houssay sur des derviches, tenir les bras étendus le plus longtemps possible, on arrivera à un certain degré de fatigue, avec une foule de sensations qui accompagnent ordinairement le vertige, telles que nausées, dépression intellectuelle et volitionnelle, exaspération, troubles viscéraux, constriction thoracique et gutturale, obnubilations passagères, suspension progressive de la sensibilité, absences sensorielles avec le vertige passager, enfin une association de troubles physiques et moraux au milieu desquels se maintient toute la rigidité de l'acte voulu.

L'effort trouble la circulation céphalique et labyrinthique, le surmenage musculaire empoisonne le sang et sans doute aussi les liquides qui baignent les centres et

Page 1