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I. ORIENTATION OBJECTIVE

L'orientation objective est la propriété que possèdent nos appareils sensoriels de localiser et d'extérioriser l'origine de nos perceptions. Elle définit les rapports des choses de notre milieu entre elles et vis-à-vis de nous. Nous n'étudierons ici que la vue, l'ouïe et le toucher.

1» Sens oculaire de l'espace. — a) Chaque nerf optique est constitué, non par le tronc optique qui aboutit au globe oculaire, mais par la bandelette optique qui, sortie d'un hémisphère cérébral, se divise au niveau du cliiasma en deux faisceaux qui aboutissent respectivement aux deux demi-rétines de même sens : c'est-à-dire aux deux demi-rétines droites pour la bandelette et le cerveau droits, aux deux demi-rétines gauches pour l'autre hémisphère. 11 en résulte que c'est par la bandelette droite que l'hémisphère droit reçoit les impressions qui ont leur origine dans la moitié gauche du champ visuel, et inversement pour le gauche. Chaque hémisphère regarde donc du côté opposé, comme il entend, comme il touche du côté opposé. 11 s'effectue ainsi une première localisation du point perçu dans la moitié gauclie ou droite du champ visuel, selon que la perception se fait par la bandelette et le cerveau droits ou gauches. Cette localisation est la plus immédiate.

b) Dans une même moitié du champ visuel, chaque point de la rétine est le siège de la perception de tous les points situés sur le prolongement extérieur de l'axe secondaire qui rencontre la rétine en ce point. L'orientation angulaire de chaque point de l'espace visible est donc définie par le siège même de l'excitation rétinienne. C'est

LE SENS DE I/ESPACE

celte lopogrnpliie de noire rétine que nous percevons, et non le chnnip visuel lui-même. Or, comment saurons-nous que telle partie de la rétine est intéressée, et non telle autre? En réalité nous ne soupçonnons même pas l'existence de notre rétine, et moins encore celle d'une image rétinienne, mais chaque point de noti-e rétine est relié par des conducteurs propres à des surfaces ganglionnaires étalées, comme la rétine elle-même, et où les irritations secondaires sont topographiquement liées aux irritations primaires de la rétine et par elles à l'orientation même de l'objet perçu dans le champ visuel. De cette façon les éléments cellulaires de ces surfaces centrales reproduisent, par la distribution de leurs irritations propres, des images dont la composition est directement liée à celle des images rétinienneset varient avec ces dernières. Pour le nerf optique, ces surfaces de réception sont certaines parties de 1 ecorce cérébrale [cuneus, pli courbe], certaines parties de l'écorce cérébelleuse, et dans le bulbe, l'olive inférieure, qui est une surface ganglionnaire corticale enfouie dans la substance blanche. Ces centres visuels développent des surfaces sensorielles plus ou moins pUssées, dont chaque point correspond immédiatement à un point du champ visuel. Il y a donc là une seconde source d'orientation directe du lieu des points perçus par la rétine, avec définition de l'image sensorielle.

c) Ces deux formes d'orientation de source rétinienne nous permettent de guider les mouvements du globe oculaire, qui ont pour but d'amener le point cherché dans le prolongement de l'axe optique, c'est-à-dire au centre de la vision nette. Cette appropiiation oculomotrice peut être volontaire et nécessite des rapports commissuraux entre la surface corticale de la vision consciente [cunéus] et les centres oculomoteurs conscients {pied de la 2" frontale!). Elle peut être inconsciente et réflexe, ou plutôt automatique, et le bulbe {noyaux oculomoteurs) semble dans ce cas intervenir seul. Que l'appropriation oculomotrice soit volontaire ou involontaire, elle nécessite une coordination motrice, et par conséquent l'intervention des centres de la vision cérébelleuse qui la guident.

d) Que la vision nellc soit, réalisée ou non, nous sommes rensei^cniés sur la direction de l'axe optique par des images d'atlilndo qui nous révèlent la position du globe dans ses enveloppes. Elles nous sont fournies par le nerf ophthalmique trijumeau.

e) ^^ous la connaissons encore par les images motrices qui nous fournissent le tableau du degré de contraction de chaque muscle oculomoteur. Les images motrices ne sont pas conscientes, mais elles sont trop liées à 1 exercice de la vision pour ne pas intervenir dans le mécanisme complexe de l'orientation. , ^ . in

f) L'orientation angulaire du globe de 1 œil étant rendue consciente ou non, et définissant ainsi l'oriental ion objective du point perçu, la distance de ce point est mesurée par le degré de convergence des globes oculaires, destme à croiser les deux axes optiques au niveau du point vise (imao-es d'attitude, images motrices),

g) el par l'effort d'accommodation cristallinienne (nerls oculoinoleurs, images motrices).

h) Enfin l'attitude même de la tête nous est connue par les images d'attitude du sens musculaire (nerfs cervicaux) et les images motrices,

i) et par les images d'attitude du segment cephalique, définies par l'appareil veslibulaire des deux oreilles (voir Orientalinn subjective directe, page 29).

Le concours de toutes ces images sensorielles, images d'attitude et images motrices, nous définit l'orientation objective des points formant l'image, des images formant le champ visible et la localisation objective du champ lui-

La faculté d'extériorisation est une acquisition de l'expérience sensorielle tout d'abord, puis un effet du contrôle réciproque des opérations de nos diitérents appareils sensoriels. Chaque élément rétinien localisant sur le prolongement d'un axe optique propre, l'image rétinienne, renversée par la disposition concave et centrée de 1 appareil optique, se renverse de nouveau en s'objcctivaut, et n'apparaît droite que parce qu'elle est extériorisée.

Chaque image objeclive développe une image rétinienne

LE SENS DE L'ESPACE

qui à son tour développe à la l'ois une image cérébrale, formant la vue conscienle, dont les perceptions pourront rester spéculatives, ou seront utilisées par la psychomotricité, ou seront soumises aux élaborations psychiques; ■ — une image cérébelleuse, inconsciente et formant les éléments de l'appropriation et de la coordination motrices de tous les mouvements volontaires ou involontaires de l'œil ou guidés par la vue; — et une image bulbaire, olivaire, destinée à des réflexes plus immédiats, inconscients et directs. Nous savons par Bechterew que ces réflexes intéressent l'équilibration (voir Vertige optique, page 75).

2° Sens auriculaire de l'espace. — Nous devons entendre par ces mots l'orientation subjective directe, le véritable sens céphalique de l'espace, entrevu par de Cyon, et l'orientation objective dont nous ahons étudier les éléments.

a) Chaque nerf labyrinthique subit dans le bulbe un entre-croisement qui lui permet d'envoyer un certain nombre de ses fibres vers l'hémisphère cérébral opposé ; le cerveau gauche entendra à droite et inversement. Cette première orientation est la plus immédiate, et chaque hémisphère a ainsi son champ auriculaire propre.

b) Dans chaque champ auriculaire, l'incidence de l'ébranlement varie selon l'origine extérieure de cet ébranlement. Nous verrons à propos des fonctions labyrinthiques comment se fait l'orientation dans chaque champ auriculaire. Les images d'espace ainsi perçues sont reproduites dans des centres correspondants, qui sont : pour le cerveau, les deux premières temporales pour l'espace sonore, et peut-être certaines parties de la pariétale ascendante pour l'espace défini par les images vestibulaires seules ; pour le cervelet, une grande partie de l'écorce des trois circonvolutions postérieures ; et, dans le bulbe, le noyau interne, noyau vestibulaire, sous le plancher du quatrième ventricule. Ces centres sont sans doute le siège d'élaborations analogues à celles que nous avons indiquées pour le nerf optique. Le noyau interne a en outre d'importantes fonctions que nous examinerons à propos de l'orientation subjective directe.

Ces mêmes centres définissent dans chaque champ auri-

LE VERTKiE.

culaire les images d'espace formées par l'irritation de l'appareil périphérique.

6-) Cette double orientation nous permet de diriger l'axe du méat dans le sens du point d'où nous vient l'ébranlement et de le percevoir mieux ; ce qui constitue une appropriation qui peut être volontaire et consciente, et nécessite des rapports commissuraux entre les images auriculaires d'espace et les centres des mouvements volontaires de la tête et du cou {2" frontale). Sinon, les centres bulbaires suffisent à cette accommodation à l'audition nette. Dans les deux cas, que l'appropriation soit consciente ou non, les images céréljelleuses interviennent dans la coordination.

d) Cette perception maxima étant, ou n'étant pas réalisée, nous sommes renseignés sur la direction de l'axe auriculaire et du champ auriculaire par des images d'attitude qui nous révèlent la position de la tête et du cou. Elles nous sont fournies par les nerfs cervicaux sensitifs,

e) par les images motrices correspondant à l'attitude active de la tête et du cou, formant le tableau comparatif des contractions respectives des muscles moteurs de la tête (sens musculaire) ;

/■) enfin par les images d'attitude du segment céphalique définies par l'appareil vestibulaire des deux oreilles (orientation subjective directe).

L'ensemble de ces images d'attitude, images motrices et sensorielles, nous définit l'orientation objective des points formant l'image, des images formant les champs auriculaires, et de ces champs auriculaires eux-mêmes par rapport à nous.

L'orientation objective de l'oreille est très inférieure à celle de l'œil ; les images visuelles sont en effet plus concrètes que celles que fournit l'oreille et les hallucinations auditives trouvent toujours plus de crédit que les visuelles. Eu revanche l'orientation subjective directe domine la physiologie auriculaire ; et d'autre part la psychologie des perceptions auriculaires, ainsi que leur esthétique, se ressent de leur faible objectivité et de leur peu précise extériorisation (musique, langage) ; les acquisitions sensorielles

LE SENS DE L'ESl'ACE.

de l'organe auriciilaire revêtent très rapidement une signification abstraite et suijjeclive.

Il est à remai'qucr que les perceptions auditives sont séparées dès l'origine, par leur siège même (limaçon), des perceptions de localisation (vestibule), et, que l'image de l'espace sonore ne peut se faire que par des superpositions ulléi ieures, au moyen de rapports connus soit entre les noyaux internes et les noyaux antérieurs, soit dans les centres plus élevés de l'encéphale.

Nous répéterons pour les images auriculaires ce que nous avons dit des images rétiniennes, le noyau interne correspondant à l'olive du nerf optique.

3° Sens tactile de l'espace, — a) La forme la plus immédiate de l'orientation objective se réalise grâce à l'entrecroisement bulbaire des faisceaux sensitifs, qui conduisent au cerveau droit les perceptions tactiles des téguments du côté gauche du corps, et inversement. Chaque hémisphère a son champ tactile, comme ses champs auriculaire et oculaire, du côté opposé. C'est une première et importante localisation des perceptions tactiles, selon l'hémisphère qui perçoit.

b) Les deux appareils de la rétine et des papilles auriculaires, étant des formations neurodermiques concaves, ont des images renversées et localisent à distance, c'est-à-dire extériorisent. Le tact est fait de formations planes ou convexes, et localise immédiatement au contact, définissant des images droites exactement superposables à la partie des téguments qui se trouve intéressée. Les images de contact, quelle que soit leur modalité sensorielle, sont l'éfiéchies, 1° sur des surfaces corticales mal définies en arrière des zones psychomotrices et empiétant même largement sur celles-ci, 2° sur des surfaces de l'écorce cérébelleuse encore moins définies; et, 3» dans la moelle le long des colonnes grises postérieures. Ces centres défuiissent ainsi, chacun pour leur compte, les images tactiles qui forment chaque champ tactile latéral.

c) Cette locahsation au contact nous permet d'orienter nos gestes sans le secours de la vue et de l'ouïe, et d'ac-

coininoder nos alLiludes à une meilleure perception tactile. Ici encore ces images cérébrales, cérébelleuses et médullaires dirigent respectivement l'appropriation volontaire ou réflexe et la coordination motrice.

d) Mais il ne suffit pas que la perception soit localisée sur telle partie des téguments; car ces téguments eusmômes ont une orientation, une présentation sensorielle qui varie avec l'attitude du segment qu'ils recouvrent. (Jue le contact ait lieu sur la peau de la face, du tronc ou des membres, l'orientation objective exige la connaissance des attitudes segmentaires ou totales, et nous retrouvons ici : la contribution des autres perceptions cutanées (nerfs cutanés sensitifs) ;

e) les images motrices correspondant aux attitudes actives (sens musculaire) ;

. /') l'orientation subjective directe, qui nous donne au moins l'altitude du segment céphalique, et par elle, celle de tout notre individu.

L'image tactile, le relief, la forme du contact nous sont donc fournis par la définition du lieu des points intéressés sur les tégumenls ; le cbamp tactile par la composition des images tactiles juxtaposées, la localisation objective des points de contact et, par suite, du corps étranger, par les images d'attitude combinées aux images motrices.

Ici encore, comme pour l'orientation oculaire et auriculaire, la faculté d'extériorisation est d'acquisition progressive par expérience d'abord, et ensuite par le contrôle réciproque des différents exercices sensoriels.

Nous devons à ce sujet développer quelques considéralions.

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