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VI. -- Vicariat des Missions du Yukon, Can

blement d'attirer l’attention bienveillante du Chapitre et de l'Administration générale sur la situation particulièrement pénible de ces pauvres Oblats, qu’on peut bien appeler les « grands isolés », qui se dévouent -— sans témoin, sans soutien fraternel — dans des œuvres extrèmement arides, œuvres que nous tenons de notre vénéré Fondateur et dont la Congrégation porte toute la responsabilité devant l'Eglise.

D'une partie de cette responsabilité la Congrégation s’est déchargée sur nous, missionnaires du Mackenzie. Nous sommes prêts à tenir usque ad internecionem : mais nous faiblissons sous la tâche. Avant de succomber, nous crions : Au secours !

+ Gabriel BREYNAT, O. M. 1., Evêque tit. d'Adramytle, Vicaire des Missions.

\. — Quelques Données générales.

Le Vicariat du Yukon fait aujourd’hui, pour la premiére fois, son apparition dans une assemblée plénière de la Congrégation des Oblats de Marie Immaculée. C’est un nouveau venu — encore jeune et petit. En sa qualité de Benjamin de la famille, il compte sur l’indulgence de ‘ses aînés, en prenant place parmi eux.

Et, tout d’abord, permettez-moi de vous le présenter. Le Vicariat du Yukon a été fondé en 1910. Il comprend le Yukon, détaché du Mackenzïe, et la partie nord de la Colombie britannique, . détachée du Vicariat du même nom. Il occupe donc l’extrême Nord-Ouest canadien et sera l’un des derniers, pour ne pas dire le dernier coin de la Vigne du Seigneur que les Oblats auront à défricher et à planter dans l'Amérique septentrionale.

11 a d’abord été circonscrit par les mêmes limites que

la Préfecture du même nom, érigée en mars 1908; et, cette dernière ayant été élevée par le Saint-Siège à la dignité de Vicariat apostolique en novembre 1916, avec accroissement d'un degré au sud, le Vicariat des Missions occupe les mêmes dimensions que ce Vicariat apostolique, — c’est-à-dire qu’il s'étend du 53° degré de latitude à l'Océan Arctique (pôle Nord), et du sommet des montagnes Rocheuses (qui le séparent de l’Alberta, de l’Athabaska et du Mackenzie à l’est) au 1412 méridien, lequel représente la ligne internationale entre le territoire canadien et l’Alaska. Au sud-ouest, il a 200 milles baignés par les eaux de l'Océan Pacifique. Du nord au sud, il mesure plus de 1.500 milles, et, de l’est à l’ouest, il en mesure 720, sous une forme triangulaire. A cela il faut ajouter le groupe des îles de la Reine Charlotte, qui sont très considérables — ce qui nous donne une superficie d'environ 471.000 milles carrés. .

En étendue, le Vicariat de Yukon a donc les dimensions d’un grand royaume ; mais, jusqu’à présent, sa population est loin de correspondre comme chiffre à ses vastes proportions territoriales, car on n’y compte guère plus de 50.000 habitants — très cosmopolites. Bien que la majorité soit de langue anglaise, on y rencontre des gens de toutes les nations de l’Europe, y compris des Orientaux, —- tels que Hindous, Chinois, Japonais — et ces derniers n’y Sont pas les moins nombreux.

Au point de vue religieux, la grande majorité de la population du pays est protestante ou d’origine protestante — appartenant à toutes les sectes anciennes ou modernes ; et les plus modernes ou les plus nouvelles, telles que la Christian Science et le spiritisme, sont très en vogue en ce moment. Il faut ajouter, toutefois, que bon nombre ne se nomment protestants que par défaut d’un autre nom reçu pour exprimer leur mentalité religieuse ; car ils ne mettent jamais le pied à l’église, encore qu'ils n'aiment pas qu’on les appelle des infidèles ou des païens. Les paiens proprement dits n'existent plus ici, excepté

parmi les races jaunes citées plus haut. Nous avons quel- ” ques Ruthènes et aussi quelques représentants des rites

orientaux (catholiques et orthodoxes), mais ils sont peu nombreux.

C'est au milieu de cette Babel de croyances et de cultes que vivent nos 8.500 catholiques — dont 2.000 sont sauvages. C’est là le grain de ‘sénevé planté, ici et là, dans une terre immense et fertile mais couverte de ronces et d’épines. C’est autour de cette plante, encore petite et délicate, que travaillent, avec un zèle digne de tout éloge, nos 12 Oblats du Yukon, = préparant le terrain et arrosant la tige, afin qu’avec l'accroissement qui vient d’en haut, elle se développe et que ceux qui nous suivront puissent la voir transformée en un grand arbre, riche en fleurs et en fruits.

B. — Missions et Missionnaires

Avec ces données générales devant l'esprit, il suffira d’un bref aperçu sur chaque mission en particulier pour donner une idée assez exacte de l’état de la religion et de la situation spéciale de nos missionnaires dans ces régions lointaines.

Commençant par le Nord, qui a été d’abord la partie la plus importante du Vicariat, nous rencontrons, en premier lieu, Dawson, la capitale du Yukon et le centre commercial du fameux Klondike. Dawson a été et est encore la première mission de ce territoire. Elle est bien pourvue d'institutions religieuses. Elle a église, école et hôpital, — le tout en excellent état. L'école et l'hôpital sont subventionnés par le Gouvernement et placés sous la direction des Sœurs de Sainte-Anne qui, par leur dévouement admirable, y font un très grand bien. C'est le P. Léon PLAMONDON qui est le chef de cette résidence et le curé de la paroisse : il a le P. Philéas GAGNE comme socius et, par sa sagesse et son dévouement, fait prospérer toutes les œuvres...

Dawson a perdu sa splendeur des premiers jours. Ses champs d’or ont été vite dépouillés de leurs trésors, et des milliers de mineurs et d’aventuriers ont dù aller chercher fortune ailleurs. Les Créeks — où se trouvèrent, pendant

une dizaine d'années, des centres catholiques de 200 à 300 hommes — ont été abandonnés ; en conséquence, six églises ou chapelles ont été abandonnées aussi ou détruites ; mais, heureusement, -— l'éventualité avait été prévue — elles n'étaient grevées d'aucune dette. Des dragues puissantes et des jets hydrauliques y ramassent, en ce moment, les pépites ou paillettes qui ont échappé aux premiers fouilleurs D’un autre côté, on y a découvert, dernièrement, de riches mines d’argent. De sorte qu’il est bien difficile de prédire, à moins d’être prophète, ce que sera le”Yukon dans quelques années.

A 400 milles au nord de Dawson, se trouve une intéressante petite tribu sauvage, qui a passé du Mackenzie dans le Yukon. Ces braves gens se sont fixés à Lansing, et ils y restent, — malgré les conseils qu’on leur donne de s’en retourner chez eux, où ils seraient en contact fréquent avec le missionnaire de leur pays d'origine : à nos instances ils répondent qu'ils sont fatigués des poissons du Mackenzie et très friands, au contraire, de l’orignal du Yukon, qu'ils y trouvent en grande abondance. Ils sont visités une fois par an de Dawson. En vue de cette mission et de beaucoup d’autres, je salue l'ère des aéroplanes et fais des vœux pour que ces machines aériennes deviennent aussi communes que celles qui roulent sur terre. Mgr BREYNAT sera l’un des premiers à les adopter pour ses missions ; et, comme il a été si bon autrefois pour le Yukon, lorsque ce pays était sous sa juridiction, il permettra sans doute au missionnaire qui connaît la langue de ces sauvages de prendre, de temps à autre, une envolée sur les Rocheuses et d’apporter les secours spirituels à ces sauvages — qui sont, d’ailleurs, bien disposés.

Prenant la direction opposée, en remontant le Yukon, — fleuve providentiel, qui est navigable, pendant 2.000 milles, sans un seul portage — nous rencontrons un immense district, dont les principaux centres sont White Horse et Atiin. White Horse, à 350 milles vers le sud, a été une place florissante, pendant les beaux jours du Klondike. Elle est aujoufd’hui réduite à sa plus simple expression. Elle est desservie par un prêtre séculier de

Skagway, Alaska. Il en est de même d’Atlin, dont les mines de placer sont à peu près épuisées. De sorte que la grande portion de la population catholique de cet immense district est formée par les sauvages convertis par le Père Joseph ALLARD, au prix d’un dévouement héroïque et d'immenses sacrifices, il ÿ a quelques années. Atlin et White Horse deviennent, de plus en plus, des places de tourisme pendant les trois mois de l’été, à cause de la fraîcheur de leur climat.

Pour nous rendre maintenant à la mission suivante, il nous faudra faire un bond de 550 milles, vers le sud : nous descendrons les montagnes du White Pass en chemin de fer et nous longerons la côte du Pacifique sur un vapeur confortable — qui nous débarquera à Prince- Rupert. C’est la résidence vicariale. Prince-Rupert est une ville toute nouvelle, d’environ 8.000 habitants. Fondée en 1909, elle n’a pas encore réalisé ce qu’on attendait d'elle dès les premiers jours de son existence. Mais ce n'est là qu’un retard ; elle sera un jour une grande ville, car c’est un magnifique port de mer, terminus d’un chemin de fer qui traverse le Canada, et un centre de commerce, de pêcheries et de ressources naturelles très considérables. L'Eglise catholique a pris ici sa place d’honneur. Bien que de date récente, nous y avons déjà érigé une église, dédiée à l’Annonciation, qui sert de pro-cathédrale, une résidence, une école paroissiale et un pensionnat pour filles. Le Père Patrick McGraTu y remplit les fonctions de curé, à la satisfaction de tous. L’école paroissiale et le pensionnat sont sous la direction des Sœurs de Saint-Joseph, de Toronto, qui les dirigent avec dévouement et compétence. Prince-Rupert n’est pas la ville aux 7 collines, mais bien aux 5 collines ; et notre ambition est de les couronner toutes par un édifice dédié à la gloire de Dieu et surmonté de l’étendard de la Croix. Nous avons déjà pris possession de 3 sommets; et nous espérons nous assurer les deux autres, quand le moment sera venu.

A Prince-Rupert sont rattachées un bon nombre de petites missions, qui naissent le long de la côte de l'Océan Pacifique et, sur le groupe des îles Charlotte. Elles sont

desservies par le P. Honorius RIvET, qui met tout son cœur dans ce travail un peu ingrat. Mais, comme il n’a pas le don de bilocation, il ne pouvait pas suffire à la tâche, et il lui fallait de l’aide, — je lui ai adjoint le P. Emile LERAY. C'est une œuvre qui demande beaucoup d’abnégation et de bons marins.

De Prince-Rupert on se rend par mer à la mission de Anyox, qui est à 90 milles au nord. C’est un grand camp, exclusivement habité par des gens travaillant aux mines de cuivre. C’est là que le P. Louis Lewis exerce son zèle et ses talents oratoires' auprès des employés et des mineurs de cette compagnie, qui, en bonne partie, ne sont pas venus là pour se sanctifier.

Prenant le train dans la direction de l'est, nous rencontrons New-Hazelton à 180 milles de la côte. C’est là que le P. Godefroy EICHELSBACHER Se dévoue, sans mesure, au service des sauvages et des blancs de la vallée Bulkley, — vallée fertile qui se développe rapidement.

De là, nous n'avons qu’à faire 75 milles pour entrer dans le domaine du P. Nicolas Coccol.A, le vétéran et le doyen de nos missions, mais dont la vaillance semble défier le nombre des années. Il a la charge du plus grand nombre des sauvages, parmi lesquels il maintient les anciennes traditions. Il bâtit des églises, fait de nombreux voyages, longs et pénibles, et il a fondé, l’an dernier, une nouvelle mission à Telegraph-Creek. -

En continuant sur la même route, nous nous rendons, en 3 heures environ, à Prince-George, nouvelle ville bâtie à la jonction de 2 voies ferrées. Le P. Charles WoLrE en est le prêtre résident, avec charge de Ja paroisse, Il lui faudrait un assistant pour s'occuper des petites missions environnantes.

En dernier lieu, nous montons à Stuart’s Lake, mission assez importante, à 45 milles de Vanderhoof — le point le plus rapproché de la voie ferrée. Avec le consentement et l’aide du Gouvernement, une école y a été fondée, en 1917, pour les enfants sauvages des tribus voisines. L'école est sous Ia direction du P. Joseph ALLARD, assisté par son frère Ekphège et 5 Sœurs de l’Instruction

du Saint Enfant-Jésus. Pour faire réussir cette fondation, les Pères et les Sœurs ont dû faire revivre dans cette mission les vertus héroiïiques des premiers missionnaires. Le Gouvernement a consenti à payer, en partie, la pension des élèves, mais a refusé de bâtir durant la guerre : il a donc fallu se contenter d’un local temporaire, étroit et insuffisant. Tout y a été gêne, privations et sacrifices de tout genre. Mais, grâce à Dieu, le personnel n’a jamais fléchi : il s’est montré à la hauteur de sa tâche ardue, pour le bien de cette œuvre très importante et que, vu les circonstances, on ne pouvait plus différer. Maintenant, les jours de douleur touchent à leur fin : bientôt maîtres, maîtresses et élèves vont entrer en possession d’un magnifique palais scolaire, pour 160 élèves, que le Gouvernement est en train d’élever pour eux. Espérdns qu'après avoir semé dans les pleurs ils récolteront dans l’allégresse et la joie.

L'école est devenue une nécessité pour ces sauvages. La plus grande partie d’entre eux sont maintenant en plein contact avec des blancs — venus d’un peu partout. ls commercent et travaillent avec eux. Ils vivent dans leur voisinage et aiment à s’entretenir avec eux. Evidemment, l'influence de ces gens, souvent protestants ou infidèles, n’est pas pour favoriser le bien spirituel du sauvage — ni même son bien temporel. Sa foi, simple et naïve, et sa discipline religieuse sont souvent tournées en dérision. Quelques-uns de ces soi-disant civilisés profitent de tous les moyens pour exploiter sa nature faible et insouciante. Ils l’attirent à la boisson, aux jeux, aux dissipations de tout genre qui, toutes, tendent à lui faire négliger la prière et l'éducation chrétienne de ses enfants. L'école est devenue l’aide indispensable du missionnaire pour la protection et le développement de la foi de ces chrétiens, pour l’enseignement du catéchisme et, autant que possible, la formation du caractère spécial requis par leur nouveau genre de vie.

Les pasteurs de ces âmes ont donc à veiller assidûment et à lutter fortement pour les tenir sur le chemin du ciel. Et c’est pour moi une grande satisfaction de pouvoir

témoigher ici que, grâces à Dieu et à leur dévouement sans bornes, ils y réussissent d’une manière remarquable. Ces sauvages, malgré tant d’embûches, sont encore de bons chrétiens, font souvent de grands sacrifices pour la pratique de leur Religion (quelques-uns font 50 milles à cheval pour pouvoir communier, le premier vendredi du mois), aiment à travailler à l’embellissement de leurs églises, en un mot, mettent l'affaire de leur salut au premier rang et font immanquablement des morts édiflantes.

Voilà pour les travaux des Pères (1). On s'attend, sans doute, à ce que je dise également un mot des travaux des Frères dans nos missions. Du moins, pour ma part, j’aimerais bien à le faire; cependant, j'espère que le Chapitre voudra bien me permettre de les passer sous silence, — car je n’en ai pas un seul ! C’est un manque que nous déplorons ; car des Frères auraient pu nous rendre de grands services dans la fondation et le soutien de nos nouvelles missions. Ajoutons que nous avons pourtant 2 Frères scolastiques à Edmonton.

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