Actes et Paroles, t. I, p
4. Représentant de Tarn-et-Garor 6. Représentant du Pas-de-Calais,
L'ASSEMBLÉE CONSTITUANTE m
gué de M. Raynal * et de plusieurs autres représentante, on le vit, rue Saint-Louis, rue Vieil le-du-Temple, rue de Montreuil, affronter les barricades et haranguer les insurgés s .
Vingt-sept ans plus tard, parlant de l'insurrection qu'il avait combattue, Victor Hugo a écrit : « L'insurrection de Juin fut fatale, fatale par ceux qui l'allumèrent, fatale par ceux qui l'éteignirent. . . Après la victoire, il 3 dut se séparer des vainqueurs... Au lieu de pacifier, on envenimait; au lieu de relever, on foudroya; on acheva l'écrasement; toute la violence soldatesque se déploya; Gayenne, Lambessa, déportations sans jugement ; il s'indigna; il prit fait et cause pour les accablés ; il éleva la voix pour toutes ces pauvres familles désespérées ; il repoussa cette fausse république de conseils de guerre et d'état de siège *. »
Sauf que Victor Hugo se préoccupa du sort fait aux détenus et à leurs familles, comme s'en préoccupèrent, du reste, presque tous les membres de l'Assemblée, sans distinction d'opinion, pas une seule de ses affirmations qui ne soit inexacte.
Le décret de transportation fut voté le 27 juin, au scrutin secret. MM. Baune, Caussidièrc, Pierre Leroux, protestèrent. Victor Hugo se tut.
Au mois d'août 18^8, Victor Hugo fut nommé viceprésident d'une réunion de représentants, formée dans le but de visiter les prisons et les forts, d'adoucir la situation des détenus et le sort de leurs familles. Cette réunion, dont le président était M. Parisis, évèque de Lan-
t. Représentant de l'Aude.
2. la Presse du S5 juin 1843. — La Gazette des Tribunaux du 30 septembre 18*8.
3. L'auteur parle ici de lui à la troisième personne, t. Actes et Parole», introduction, p. XXVI.
gres, et qui comptait parmi ses membres MM. de Montalembert, La Rochejacquelein, de Vogué, Vivien, de Falloux, marchait d'accord avec le général Cavaignac : en faire partie ne marquait donc point que Ton se séparât des vainqueurs. Victor Hugo s'en séparait si peu à ce moment qu'il traçait lui-même en ces termes le programme de la réunion :
L'Assemblée nationale est animée des intentions les plus patriotiques ; elle veut punir les vrais coupables et amender les égarés; mais elle ne veut rien au delà de la sévérité strictement nécessaire Cette réunion ne se compose encore que de
membres qui se sont spontanément rapprochés et qui appartiennent à toutes les opinions représentées dans l'Assemblée... Son premier soin serait de visiter les forts, en ayant soin de ne s'immiscer dans aucune des attributions du pouvoir judiciaire ou du pouvoir administratif. Elle se préoccuperait de tout ce qui peut, sans désarmer, bien entendu, ni énerver l'action de la loi, adoucir la situation des prisonniers et le sort de leurs familles *.
Bien loin qu'il se soit élevé contre la violence soldatesque, Victor Hugo a pris la défense de l'armée et demandé pour ses chefs une récompense nationale. Il faisait partie du comité de l'intérieur ; un jour que le ministre, M. Senard, s'y était rendu, il lui demanda pourquoi le Gouvernement mettait en oubli les familles des généraux de Bréa, de Bourgon et Renaud, alors que des pensions avaient été accordées aux familles des généraux Négrier et Damesme. « Il défendit énergiquement les droits de l'armée dans la personne de ses généraux tombés, comme l'archevêque de Paris, victimes de la plus sainte cause. Il insista vivement pour qu'une récom-
1. L'Opinion publique du 13 août 1848. — La Presse du 14 août. — Avant l'exil, p. 449.
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pense nationale, qui honorerait l'armée tout entière, fût accordée à leur famille *. »
A-t-il du moins combattu l'état de siège et les conseils de guerre ? Dans le premier volume d'Actes et paroles, il a un chapitre intitulé : Conseils de guerre. — Etat de siège. On y lit ce qui suit :
Tant que dura l'état de siège, et à quelque époque que ce fût, M. Victor Hugo regarda comme de son devoir de lui résister sous quelque forme qu'il se présentât. Un jour, le 28 septembre 1848, il reçut, en pleine séance de PAssemblée constituante, un ordre de comparution comme témoin devant un conseil de guerre... C'était Pétat de siège pénétrant jusque dans PAssemblée. M. Hugo refusa d'obéir à ce qu'il appela, le lendemain même, en présence du conseil, cette étrange intimation... Deux heures plus tard, nouvelle injonction de comparaître apportée par un gendarme dans l'enceinte même de l'Assemblée. Nouveau refus de M. Victor Hugo. Dans la soirée, une prière de venir déposer comme témoin lui est transmise de la part des accusés eux-mêmes. Après avoir constaté son refus au tribunal militaire, M. Victor Hugo se rendit au désir des accusés et comparut, le lendemain, devant le [conseil ; mais il commença par protester contre l'empiétement que l'état de siège s'était permis sur l'inviolabilité du représentant *.
Les choses ne se sont point passées tout à fait ainsi. Pas un seul instant, Victor Hugo n'a protesté contre Y état de siège et contre la juridiction des conseils de guerre. Lorsqu'il reçut pour la première fois la cédule de comparution, il adressa au commissaire du gouvernement, M. d'Hennezel, la lettre suivante, — qu'il a eu bien soin de ne pas reproduire :
Monsieur le Commissaire, Je ferai mon possible, mais je ne puis répondre de me pré-