‹ Victor Hugo après 1830 (volume 2)Chapitre 86 sur 138 · Avant Vexil, introduction, XXVI · texte numérisé non relu

Avant Vexil, introduction, XXVI

ment il n'a pas voté pour l'amnistie, mais il a voté contre. Le i er février 1849, MM: Schœlcher, Lagrange et Pelletier déposent une proposition à'amnistie générale. Par 53 1 voix contre 167, l'Assemblée refuse de la prendre en considération. Victor Hugo est porté absent au moment du vote. Plusieurs de ses collègues, portés absents comme lui, écrivent, les uns, pour dire comment ils auraient voté s'ils avaient été présents ; les autres, pour expliquer qu'ils ne veulent pas d'une amnistie absolue pour tous les crimes et délits politiques commis depuis le 24 février, mais qu'ils adhèrent aux mesures de clémence et de pardon appliquées aux transportés sans jugement. Victor Hugo garde le silence.

Le 2 mai, la question de l'amnistie se représente à l'occasion du projet de loi relatif à la célébration de l'anniversaire du 4 m ai 1848. La Commission proposait d'y introduire un article ainsi conçu : « Amnistie pleine et entière est accordée à tous les individus transportés en vertu du décret du 27 juin 1848. » Victor Hugo vote contre cet article 4 , ce qui était une façon comme une autre de « s'indigner contre les déportations sans jugement », et de « prendre fait et cause pour les accablés ».

Ces questions, d'ailleurs, si importantes qu'elles fussent, s'effaçaient alors devant une question d'ordre général, qui dominait toutes les autres. L'élection du 10 décembre avait eu une signification sur laquelle il était impossible de se méprendre. Les cinq millions de suffrages donnés à Louis-Napoléon, — nommé, non pas quoique

1* Moniteur du 3 mai 1849*

nais parce que prince, — l'infime minorité rei gTand 'peine par le général Cavaignac etparLcin 1 , indiquaient, avec une clarté et une force ■les, que le pays s'éloignait de la République et à des idées d'ordre, de tradition et d'autorité. Que ■aines élections législatives dussent être antiréies,cela ne faisait doute pour personne. Dès lors le chacun était tout tracé. Les républicains deiuloir que l'Assemblée constituante, — qui avait eux une autre Chambre introuvable, — proson existence le plus longtemps possible. Les ■es de la République devaient vouloir la séparal 'Assemblée à bref délai. On pouvait mesurer antirépublicaine de ces derniers à l'ardeur l'ils mettaient à réclamer la dissolution. Nul ne lîvit avec plus de passion que Victor Hugo.

28décembre 1848, un représentant, M. Râteau', iosé une proposition portant que les élections lomination des membres de l'Assemblée légisraientlieu le 4 mars i84g. Le comité de légisppclé à donner son avis sur la prise en considé- 3 prononça pour le rejet par l'organe de son rap- M. Grévy. La discussion s'ouvrit le 12 janvier. ient du vote, plusieurs membres de la droite, >quels Victor Hugo, demandèrent le scrutin de '. 4oo voix contre 3g6 se prononcèrent pour la considération.

1 position fut par suite renvoyée aux bureaux; sien, le i5 janvier, Victor Hugo posa ainsi la : Il y a d'un côté l'Assemblée, qui a vécu presque

i-Rollin n'avait eu que 370. H9 voir.

isentant de la Charente.

nion publique du U janvier 1819,

un an, ce qui est « une fort belle longévité ré naire », qui a eu ses fautes et ses torts, qui n qu'un service, un seul, en faisant face à l'éi juin; de l'autre cô'W, le pays, qui demande l'ai de l'Assemblée, qui a pour lui le droit et qui a la raison. Après avoir réfuté les unes après les i objections de ses adversaires, il compara la Fr: un malade étendu, depuis un an bientôt, sur douleur d'une révolution, qui veut changer de qui veut se retourner du côté gauche sur le côU — « Je voterai, dit-il en terminant, pour que blée se sépare au ternie le plus prochain '. »

La majorité des bureaux nomma des comr hostiles à la proposition. Cette fois encore, M fut chargé du rapport. La première délibéra lïeu le 29 janvier. Après un discours de Jules Fa puyant les conclusions de la Commission, Vicfc monta à la tribune pour les combattre, pour den l'Assemblée, comme l'avait fait M. de Monfc dans la séance du 12 janvier, de se dissoudre 1 pas prolonger une situation qui était « l'agonied du commerce, de l'industrie et du travail * ».

Rien de plus curieux que la façon dont Victc a reproduit, en 1875, au tome premier d'Acte. rôles, ce discours de i84g. Comme il ne faut pa lecteur puisse se douter qu'à cette époque l'oral sait partie de la droitect recueillait ses applaudiss l'orateur supprime les indications suivantes, enre pourtant par le Moniteur : — Marques d'asseï à droite- — Approbation à droite. — A .

Très bien I très bien I — Nouvelle approbation à

i. Avant l'exil, p. iSl.

t. Moniteur du 30 janvier I8i9.

— A droite : Très bien ! — Vive approbation adroite.

— A droite : Oui! ouiî — A droite : C'est vrai!

A la fin du discours, le Moniteur met : Approbation à droite. Victor Hugo biffe cette mention compromettante et y substitue ces mots : Mouvement prolongé.

Supprimer tout ce qui rappelle l'adhésion de la droite, c'est bien, mais ce n'est pas assez. Pour atteindre son but, besoin est que Victor Hugo élague également tout ce qui, dans le Moniteur, révèle l'hostilité, l'indignation, les colères de la gauche. Il n'a garde d'y manquer et rature encore ceci: Exclamations et rires à gauche,

— Nouvelle interruption à gauche. — Plusieurs membres à droite : Attendez le silence. — Nouveaux rires à gauche. Vive approbation à droite. — Rires au banc de M. Ledru-Rollin. — Réclamations à gauche. — Rumeurs à gauche. — A gauche : Allons donc ! — A gauche : Personne n'a dit cela ! — Réclamations à gauche. — Rires ironiques à gauche. Voix à droite : C'est vrai! — A gauche: Ah! Ah!

— A droite : C'est indécent. Ce sont des exclamations d'écoliers 1 .

Deux incidents de son discours nous le montrent (dans le Moniteur) aux prises avec les deux principaux orateurs de l'extrême gauche, Jules Favre et Ledru-Rollin.

M. Jules Favre. Je n'ai pas dit un mot de cela.

M. Victor Hugo. Si on ne le dit pas, on le pense, et je réponds à la pensée (approbation à droite), et c'est mon droit. (Parlez !)

Ledru-Rollin n'interrompit point les périodes de Victor Hugo ; il se contenta de hausser les épaules et de rire. D'où ce petit épisode :

Page 1