CHAPITRE IX
l'assemblée LÉGISLATIVE
Le 13 juin 1849. L'expédition de Romu. Encore l'état de s Le gémirai Changarnier. — Itinéraire de la droite à l'exti gaucho. Le Chemin de Dama». — Le discours du 19 oct 184'J. Montalombert. — Le ministère da 31 octobre et les timents. — Discours sur la liburlé d'enseignement, la dé talion et la loi électorale. Un duel oratoire.
Le 28 mai 1849 eut lieu l'ouverture de l'Assem législative. Victor Hugo s'assit sur les bancs de la dit Ses votes à la Constituante, sa campagne en faveui Louis-Napoléon, la guerre que faisait son journal . Constitution du 4 novembre et à ses défenseurs, sa ] ticipation aux actes du Comité électoral de la rui Poitiers, tout avait marqué sa place au premier r, des députés conservateurs, parmi les chefs du « pari l'ordre ». II était de ceux qui, en attendant mieux résignaient maintenant à la république, mais à une c ditîon, c'est que les républicains en seraient exe « Au fond, — écrivait alors à côté de lui M ma Vi< Hugo, — au fond, je crois que, sauf exception, laré blique ira au pays tant qu'elle ne sera pas aux mi des républicains 1 . »
Quelques mois à peine se seront écoulés, et il ne ; pas seulement devenu républicain, il sera socialiste a de M" Vi
IBS VICTOR HUGO t
sera allé, d'un bond, de la d Vous l'aviez laissé dans la pli la croie de la montagne. Hie de Montalembcrt; il siège au Pyat.
Il faut le dire, l'histoire pai autre exemple d'une volte-face d'une telle et si flagrante apos
Certes, et Victor Hugo lui une explication était ici néces deux fois pour en trouver une mêmes qui venaientd'êtrelesU à vue, il ne craignit pas de < 1827, époque où il avait ai n'avait pas changé; que sei question de principe que ce fut L'affirmation était puérile aut nie pas la lumière en plein n cher autre chose. En 1875, on l'oubli commençait à descend pouvoir risquer l'explication (
En 1848, son parti n'était pas pri juin 1848, il attendait ; mais après L'éclair qui jaillit des événement; éclair qui reste, c'est là la lumièr En i84ç), cette clarté définitive se terrassée au nom de laFrance;...' le triomphe de toutes les coalit quand il vit cette joie Cynique, il moment où toutes les mains des ' lui pour l'attirer dans leurs rani son âme qu'il était un vaincu. U
criait : C'est la République ! il alla à cette morte et reconnut que c'était la Liberté. Alors il se pencha vers ce cadavre et il l'épousa. Il vit devant lui la chute, la défaite, la ruine, l'affront, la proscription, et il dit : C'est bien.
Tout de suite, le 1 5 juin, il monta à la tribune, et il protesta. A partir de ce jour, la jonction fut faite dans son âme entre la République et la Liberté. A partir de ce jour, sans trêve, sans relâche, presque sans reprise d'haleine, opiniâtrement, pied à pied, il lutta pour ces deux grandes calomniées.
Telle est l'histoire de ce qu'on a appelé son apostasie *.
Ainsi, c'est le i3 juin 18^9 que Victor Hug*o a trouvé son chemin de Damas 2 , qu'il a été, comme saint Paul, « environné et frappé d'une lumière du ciel, » ébloui, transformé par une clarté soudaine et définitive.
Un double éclair a jailli ce jour-là des événements, lui montrant à la fois Rome terrassée au nom de la Fronce, et, à Paris, la liberté sacrifiée aux passions aveugles d'une majorité hypocrite.
Examinons. Rome d'abord. Sur la question romaine, deux politiques étaient en présence: l'une, qui n'admettait pas l'intervention de la France dans les affaires italiennes, qui repoussait toute action de la République française contre la République romaine en vue de ramener le pape à Rome; — l'autre, qui se proposait de restaurer, même par les armes, le pouvoir du Saint-Père. De ces deux politiques, la seconde avait toujours eu l'appui de Victor Hug-o.
1. Actes et Paroles, introduction, XXVI. Dans cette introduction, Victor Hugo parle de lui à la troisième personne.
2. « Tout homme peut, s'il est sincère, refaire l'itinéraire, variable pour chaque esprit, du chemin de Damas. » [Actes et Paroles, XXIII.)
9 février i84g, la Constituante romaine avait déla déchéance tlu pape comme souverain temporel et imé la république démocratique. A Paris, la g-auche tait que le Gouvernement n'intervint et ne s'assoux autres puissances, si même il ne les devan- Un membre de la Montagne, M- Buvignier, dans nce du 8 mars, dénonça les projets des royautés ces du Nord contre l'indépendance italienne. Après iscussion à laquelle prirent part Ledru-Rollin, Lane, le général Cavaignac, un ordre du jour motivé iposè par M. Martin (de Strasbourg) ; il était ainsi i: « L'Assemblée nationale, confiantedans la pensée î Gouvernement fera respecter le droit qu'a chaque e de régler seul ses affaires intérieures, passe à e du jour. » Victor Hugo vota pour l'ordre du jour il simple demandé par la droite 1 . C'était donner blanche au Gouvernement et l'autoriser à inter-
3i mars, à la suite d'un discours de M. Thiers, et ré une violente opposition de la gauche, l'Assemidopte un ordre du jourprésenté au nom ducomité natique et dont voici les termes : « L'Assemblée laie déclare que si, pourmieux garantir l'intégrité •ritoire piémontais et mieux sauvegarder les inté- >t l'honneur de la France, le pouvoir exécutif it devoir appuyer ses négociations par l'occupation elle et temporaire d'un point quelconque de ie, il trouverait dans l'Assemblée nationale le plus 'e et le plus entier concours. » La droite et avec r ictor Hugo votent pour cet ordre du jour'.
loniteur du 9 mars 1849.
dopté par 444 billets blancs contre 320 billets hleus. Sur la
■sion qui priief-dii If vol.*:, voyo/ l'7'.'.r/. rj/i/ion de Renie en par Léopold de Gaillard, pp. 148 et suiv. — Moniteur du -fi 1849.
Quinze jours à peine écoulés, le 16 avril, M. Odilon Parrot, président du conseil, demande d'urgence à l'Assemblée, en conséquence du vote du 3i mars, un crédit de 1.200.000 francs, pour V entretien, pendant trois mois, du corps expéditionnaire de la Méditerranée. Cette fois, plus de doute. Il s'agit bien d'une expédition militaire, d'une expédition qui vise Civita-Vecchia d'abord, Rome ensuite. Les crédits sont accordés par 3g3 voix contre a83. Victor Hugo vote avec la majorité i . C'était donner mandat au ministère d'aller terminer la question romaine à Rome *.
Le soir même, le général Oudinot, nommé au commandement du ccrrps expéditionnaire de la Méditerranée, partait pour Marseille. Nos troupes débarquaient à Çivita-Vecchia le 25 avril. Le 28, elles se portaient en avant. Le 3o, le général Oudinot subissait un échec sous les murs de Rome, perdant deux canons et deux cent cinquante prisonniers. Sous le coup de l'émotion produite par la nouvelle de cet échec, la commission de l'Assemblée nationale chargée d'examiner les faits relatifs à l'expédition d'Italie proposa, par l'organe de son rapporteur, M. Senard, la résolution suivante : « L'Assemblée nationale invite le Gouvernement à prendre sans délai les mesures nécessaires pour que l'expédition d'Italie ne soit pas plus longtemps détournée du but qui lui était assigné. » Voter pour cette résolution, c'était interdire au Gouvernement de donner suite à l'attaque du 3o avril et mettre à néant tout projet d'intervention ; voter contre elle, au contraire, c'était se prononcer nettement, formellement, pour le siège et la prise de Rome, le renversement de la République romaine, la