Moniteur du 13 juin
La seconde partie de l'explication essayée par Victor II ii go est-elle plus fondue que la première? Les événements dont Paris a été le théâtre le t3 juin i84g ont-ils eu pour effet de dessiller les yeux du poète, de le rejeter, en haine de la réaction et de son triomphe, du côté de la république et de la liberté ? Ici encore, sur le second point comme sur le premier, les affirmations de Victor Hugo sont justement le contre-pied de la vérité.
Le 12 juin, à la suite du vote de l'Assemblée repoussant la mise en accusation des ministres, la Montagne et la presse socialiste lancèrent un appel aux armes. Le i3, il y eut un commencement d'insurrection aux cris de : Vive la République romaine! Grâce à l'énergie du général Changarnicr, elle fut promptement étouffée, et ses chefs, Ledru-Rollin en t£te, durent prendre la fuite, sans avoir paru derrière une barricade.
Quels furent, à ce moment, les sentiments de Victor Hugo? A l'en croire, il fut triste, il sentit dans le fond de son âme qu'il était un vaincu. Ne lui en déplaise, il était bel et bien, ce jour-là, dans les rangs des vainqueurs. Force nous est bien de croire qu'il n'était pas si triste que cela, puisque son journal manifestait bruyamment sa joie et raillait cruellement les vaincus.
On lit dans l'Événement du i3 juin:
Rendons justiceà l'énergique et rapide déploiement de force et aux habiles et fortes dispositions stratégiques qui ont, comme par enchantement, couvert Paris d'un réseau militaire et qui ont prévenu peut-être de grands malheurs...
L'armée était animée du meilleur esprit. Nous avons entendu dire à des soldats qu'ils savaient bien que c'était leur
question qu'on agitait et l'honneur du drapeau français qui était en jeu...
Le Président de la République, à cheval, a parcouru la ligne des boulevards, et est revenu par les quais, accueilli sur tous les points par des cris sympathiques *...
Dans son numéro du i4, après avoir flétri les factieux et les avoir montrés arrivant au Conservatoire des arts et métiers « sans avoir rencontré aucun appui dans la population, animée du plus vif amour de l'ordre », le journal de Victor Hugo ajoutait :
Une fois M. Ledru-Rollin et sa compagnie dans l'intérieur du Conservatoire, la troupe se sépara en deux bandes : l'une qui se dirigea vers le poste, qui barricada l'entrée par la rue, et qui se disposa à combattre ; l'autre qui se disposa à délibérer.
Inutile de dire que M. Ledru-Rollin était parmi ces derniers.
M.Pouillet 2 conduisit cette Convention errante dans une salle du Conservatoire... Les factieux auraient, dit-on, mis le ministère, la majorité et le Président hors la loi, nommé un gouvernement provisoire démocratique et social, et proclamé la Convention. Mais ces résolutions n'avaient rien de décisif et d'énergique... Ils se sentaient isoles et abandonnés de l'opinion publique... Ils avaient l'épouvante de leur audace.
... M. Pouillet allait sortir de la salle, lorsque M. Ledru- Rollin l'arrêta et lui dit :
— Un instant. Par où s'en va-t-on ?
— Vous vous décidez donc à la fin ? dit M. Pouillet ; il est bien tard...
Précédant les Montagnards effarés, il leur ouvrit une petite porte dérobée qui donnait sur un jardin. M. Ledru-Rollin et ses collègues purent ainsi s'évader du Conservatoire, d'où ils