‹ Victor Hugo après 1830 (volume 3)Chapitre 118 sur 159 · Moniteur du 12 août · texte numérisé non relu

Moniteur du 12 août

aide-de-cauip en mission à Rome. Dans cette lettre, qui portait la date du i8 août, Louis-Napoléon jetait publiquement l'outrage à la Commission pontificale, aux trois cardinaux délég-ués par le Souverain Pontife pour g-ouverner en attendant son retour. Il dictait à Pie IX un programme de réformes qu'il résumait ainsi : Amnistie g-énérale , .sécularisation de l'administration , Code Napoléon et g"ouvernement libéral. La g-auche poussa des cris de joie. Louis-Napoléon se séparait de la majorité. Il rompait avec ses ministres; leur chute pouvait être retardée de quelques semaines, elle était inévitable. Victor Hug-o crut que son heure était enfin venue. Pour arriver, — il le croyait du moins, — il n'avait qu'à suivre le Président, à célébrer sa politique, à porter aux nues la lettre à Edg-ar Ney. Ainsi va-t-il faire.

Le jour même de la reprise des séances, le i^"" octobre, M. de Tocqucville, ministre des affaires étrang-ères^ déposa sur le bureau de l'Assemblée une demande de crédits pour couvrir les dépenses de l'expédition romaine. Cette demande fournissait l'occasion d'un débat solennel. La Commission des crédits choisit pour rapporteur M. Thiers. Dans .son rapport, qui rendait un éloquent hommage à l'attitude de Pie IX et qui reconnaissait dans le Motii proprio du Souverain Pontife, accordant les libertés municipales et provinciales désirables, un acte dont une injuste prévention pouvait seule méconnaître la valeur, M. Thiers ne faisait pas la moindre allusion à la lettre à Edg-ar Ney. Cette lettre, qui était dans toutes les mémoires, il feig-nait de lig-norer. Ce silence blessa profondément Louis-Napoléon. Quel g-ré ne saurait-il pas à l'orateur qui le veng-erait d'une telle humiliation, qui se ferait le héraut et le champion de sa politique personnelle? Cet orateur, ce sera Victor Huero.

Il prit la parole dans la séance du ig octobre : « C'est en ce moments dit-il, qu'une lettre parut, lettre écrite par le Président de la République à l'un de ses officiers d'ordonnance envoyé par lui à Rome en mission... Cette lettre fut un événement décisif et considérable. Pourquoi? Parce que cette lettre n'était autre chose qu'une traduction de l'opinion, parce qu'elle donnait une issue au sentiment national, parce qu'elle [rendait à tout le monde le service de dire très haut ce que chacun pensait, parce qu'enfin cette lettre, même dans sa forme incomplète, contenait toute une politique. » Et un peu plus loin : « Vous avez devant vous, d'un côté, le Président de la République réclamant la liberté du peuple romain au nom de la g"rande nation qui, depuis trois siècles, répand à flots la lumière et la pensée sur le monde civilisé ;. vous avez, de l'autre, le cardinal Antonelli refusant au nom du gouvernement clérical. Choisissez ! » Quant à lui, son choix était fait : il restait du côté du Président de la République. Il sollicitait de l'Assemblée « une éclatante manifestation qui, repoussant le Mota proprio et adoptant la lettre du Président, donnerait à notre diplomatie un inébranlable point d'appui. » Il ajoutait : « Comment termine-t-on une révolution ? C'est en l'acceptant dans ce qu'elle a de vrai, en la satisfaisant dans ce qu'elle a de juste. M. le Président de la République l'a pensé et je l'en loue, et c'est dans ce sens qu'il a pesé sur le gouvernement du Pape. De là sa lettre \. »

Victor Hugo ne se contenta pas de faire à la tribune l'éloge de la lettre présidentielle; il présenta l'ordre du jour suivant: « L'A.ssemblée adoptant, ^ouv le maintien delà liberté et des droits du peuple romain, les principes contenus dans la lettre du Président et dans les

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