‹ Victor Hugo devant l'opinion presse française-presse étrangèreChapitre 110 sur 127 · PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE · texte numérisé non relu

PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE

Quelles paroles pourraient égaler la grandeur du spectacle auquel nous assistons et que l'histoire enregistrera !

Sous cette voûte toute constellée des noms légendaires de tant de héros qni firent la France libre et la voulurent glorieuse, apparaît la dépouille mortelle, je me trompe, Timage toujours sereine du grand homme qui

a si longtemps chanté pour la gloire de nôtre patrie, combattu pour sa liberté !

Autour de nous les maîtres de tous les arts et de toutes les sciences, les représentants du peuple français, les délégués de nos départements, de nos communes, les ambassadeurs volontaires et les missionnaires spontanés de Tunivers civilisé s^inclinent pieusement devant celui qui fut un souverain de la pensée, un proscrit pour le droit vaincu et la République trahie, un protecteur persévérant de toute faiblesse contre toute oppression, le défenseur en titre de Thumanité dans notre siècle.

Au nom de la nation nous le saluons aujourd'hui non plus dans l'humble attitude du deuil, mais dans la fierté de la glorification.

Nous le redirons sans cesse, ce ne sont pas des funérailles qui commencent ici, c'est une apothéose .

Nous pleurons l'homme qui finit, mais nous acclamons l'apôtre impérissable qui demeure parmi nous et dont le Verbe survivant d'âge en âge, nous conduira à la conquête définitive de la liberté, de l'égalité, de la fraternité dans le monde.

Ce géant immortel aurait été mal à Taise dans la solitude et Tobscurité des cryptes souterraines ; nous l'avons exposé, là-haut au jugement des hommes et de la nature, sous le grand soleil qui illuminait sa conscience auguste.

Tout un peuple a voulu réaliser le rêve poétique de ce doux génie :

Le cercueil au milieu des fleurs veut se coucher.

Que ce cercueil entouré de ces fleurs amies

et de ce peuple reconnaissant entre dans le grand Paris que Victor Hugo appelait de ce nom sacré : la « Cité-mère » et dont il a été véritablement le fils respectueux, le serviteur fidèle et Télu bien-aimé ; que ce cercueil vénérable qui va à la gloire apporte parmi nous, avec toutes les lumières qui sortaient d'un cerveau si puissant, toutes les douceurs que caressait un cœur si tendre; qu'il enseigne à la multitude émue sur son passage le devoir, la concorde, la paix ; que devant lui se lèvent pour nous éclairer et nous guider les méditations austères du jeune voyant de 1831, cet acte de foi qui pourrait résumer le testament du vieux républicain de 1885 et (jui constitue Tunité morale de cette grande vie.

Je hais l'oppreRsion d'une haine profonde ; Je suis nis de ce siècle. Une erreur chaque année S'en va de mon esprit, d'elle-même étonnée, Et, détrompé de tout, mon culte n'est resté Qu'à vous, sainte patrie, et sainte liberté.

Discours de M. Goblet

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