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CHARLES BIGOT

L'Ami du Peuple ;

Hugo est un mort que nous ne pleurerons pas.

Pendant soixante années, la scène qu'il vient de quitter a retenti "de ses triomphes. Et ces triomphes eussent grisé un dieu.

Ses nombreux admirateurs vont nous le faire revivre aux quatre coins de France ; revivre aux quatre coins du globe, sous forme d'un dieu de marbre, ou de bronze.

— • Grand bien lui fasse !

Personne encore, personne dans notre langue n'avait habillé son œuvre d'une façon aussi étincelante.

Pas un écrivain, peut-être, n'avait encore été autant que lui, à la fois fécond, varié, original et brillant.

Comme lui, peut-être, pas un lyrique n'avait su faire vivre l'Histoire.

Comme lui, peut-être, pas un chantre n'avait su faire pleurer une harpe : pincer les jSbres du cœur.

Pas un poète, avec une note aussi tendre, n'avait chanté les enfants.

Chanté la nature.

Pas un peintre, n'avait dessiné la campagne les ruisseaux, les prés ; ni, comme lui, colorié les bois, les oiseaux, les papillons et les fleurs.

Hugo reste donc un admirable, un incomparable artiste.

Mais Hugo n'est point un mort que nous pleurons.

La Nature — que cet illustre appelle Dieu — l'avait doué de facultés immenses.

De plus, grâce au hasard, il possédait ces deux outils de la réussite : argent, santé robuste.

Et sa longue existence de satisfait lui permit d'acccumuler ces travaux intellectuels qui feront l'étonnement des générations à venir.

Si les arts sont bien faits pour charmer, doivent-ils pour cela constituer le but principal de notre être?

C'est pourtant à atteindre à la perfection en littérature que, toute sa vie, Hugo s'est uniquement api)li(jué.

Aussi quoi d étonnant qu'il eût acquis cette supériorité dans laquelle toute vanité d'artiste se drape ?

Quoi d'étonnant, après s'être mis à la re-

morque d'une ambition littéraire aussi eifré- •née, qu'il fût resté sourd à l'appel désespéré des foules : Elles qui placent instinctivement la nécessité de manger à leur faim au-dessus des félicités que peut procurer l'art d'écrire ?

Quoi d'étonnant, si. en 1830, quand, dans les rues de Paris, le canon tonne, *

« L'ENFANT SUBLIME » versifie, tandis que Le Peuple, lui, donne son sang ?

Mais quoi d'étonnant si c'est pour les durs sacrifices que nous n'hésitons pas à affirmer nos préférences ?

En 48, en Juin, quand le sang de l'éternel Martyr se remet à couler dans d'effroyables boucheries ;

Quand le peuple affamé joue encore sa vie

Sour reprenare la part qu un gouvernement e républicains hypocrites lui vole — que fait-il ?

Lui le prince du lyrisme, le chantre du sentimentalisme, le poète à la note si tendre, l'adorateur des enfants, le peintre des ruisseaux, des bois, des oiseaux, des papillons, et des fleurs, il échange sa plume enchanteresse, et sa lyre, contre une épée, dont il frappe les désespérés armés par la faim !

Ah ! ce n'est pas quand Thumanité se divise en deux camps :

Ceux qui jouissent — Ceux qui souffrent.

En deux camps irréconciliables ;

Ce n'est pas quand nous avons planté nos tentes déguenillées autour du drapeau des vaincus de toutes les insurrections ;

Et quand nous- ne cessâmes d'honorer la mémoire des insurgés qui roulèrent il y a trente ans sous les coups implacables du a Grand Poète » qu'il est vraisemblable que

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nous oublions que ce « Grand Poète » fut leur assassin.

Hugo a toujours vécu dans le camp opposé AU nôtre.

Il nous a charmé souvent, il nous charmera encore avec ses livres.

Parce que, du côté des pauvres, on produit peu de ces œuvres de Tesprit qui sont les filles du loisir.

Et de même que la bourgeoisie se sert de nos bras pour s engraisser, — nos bras qu'elle méprise, — de même nous nous repaissons, parfois, de l'œuvre récréative de ces artistes que nous détestons.

Nous nous chargeons, nous,. Peuple, d'enterrer nos morts.

Il est naturel que la classe des Jieureux s'occupe, elle, d'enterrer les siens.

Hugo n'a point trouvé bon de saluer, avec des strophes comme il savait si magistralement en ciseler, les quarante mille cadavres de la Semaine Sanglante.

Hugo a cru même devoir cracher sur ces deux admirables lutteurs: Ferré, Raoul Ri-

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