SONNET DE JOACHIM DU BELLAY
Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage, Ou comme celui-là qui conquît la toison, Et puis est retourné, plein d*usage et raison^ Vivre entre ses parents le reste de son âge!
Quand reverrai-je, he'las! de mon petit village Fumer la chemine'e, et en quelle saison Reverrai-je le clos de ma pauvre maison Qui m'est une province et beaucoup davantage.
Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux Que des palais romains le front audacieux, Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine.
Plus mon Loyre gaulois que le Tibre latin.
Plus mon petit Lire que le mont Palatin, Et plus que Tair marin la douceur angevine.
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Dernière lettre de M. Pierre Foucher sur le mariage de Victor Pavîe :
. Angers, 6 août i835.
t Enfin, ma bonne petite sœur, nous voilà de retour de la campagne de Saint- Barthélémy où nous venons de fonctionner à la dernière fête du mariage. Dans cette campagne qui appartient aux Pavîe, le maître de la maison avait fait dresser sous une longue tente, une table où nous nous sommes assis, au nombre de soixantehuit. Le coup d'œil était vraiment imposant, presqu'une féerie, lorsqu'on a allumé les lampes et les lampions, car nous mangions encore quand la lune est venue remplacer le soleil. Adèle a soutenu dignement la réputation qui l'avait précédée.
Quand à table, la fraîcheur de la nuit s'est fait sentir, et qu'elle a mis son capot noir sur sa tête, les regards restaient fixés sur elle... Pour mon compte, voyant cet
accoutrement, avec ses longs et touffu^ cheveux noirs sur les deux joues, et ayan:
près de moi des personnages à noms historiques, je me croyais ou voulais me croire dans une réunion de gens du temp.s passé.
« Une autre dame, jeune et mariée depuis huit jours, parait aussi le festin:
c'est une madame de Perochel, belle blonde vêtue de noir, au diadème d'or ei au collier de camées. Il y a dans cette personne une noblesse et une sérénité qui tenaient Sainte-Beuve en admiration. Il Ta proclamée la « Déesse de la nuit. » Elle luttait, dît-il, de calme avec la lune qui, aussi elle, nous regardait, j . tf Le surnom d'Adèle est « M""' Maine-
{ et-Loîre », ainsi Ta voulu M. David, qui,
I pour la bonté, la fertilité, la douceur, ne
j voit rien de comparable à son département.
I , Vous savez qu'il est d'Angers.
. a Nous avions pour voisins à table un
M. de Contades et M. de Blanclerc, oncle de la déesse de la nuit ; vous voyez que les illustrations provinciales ne nous manquaient pas. Ces propriétaires angevins sont riches, et leurs femmes ne se plaignent pas les diamants. La petite robe brodée d'Adèle n'était rien près de toutes ces pompes ; mais on mettait la simplicité de sa mise sur le compte de l'élégance
parisienne
« M. de Sainte-Beuve a augmenté la solennité de la fête par la lecture d'une longue pièce de vers. Vous connaissez sa manière; voici quelques bribes de sa lecture :
A d^autres, cher Pavîe, en ces joyenx moments, Au milieu des flambeaux, des fleurs et des serments, Où s'exalte un si pur délire
C'est la pièce des Pensées (ïaoùt : « Aux
Rangeardières, près Angers, 4 août i835 »,
que Sainte-Bclive a récitée à ce banquet.
M, Foucher en avait saisi à la volce, 1 « quelques bribes », suivant son exprès-
; sien; au lieu de s'exalte un si pur délire,
; c'est exhale qu'il aurait dû entendre. Il
i continue ses citations un peu de'cousucs
i avec une mémoire qui le sert mal; mais
t en relisant aujourd'hui cette poésie de
; Sainte-Beuve, on comprend que, surtout
j au milieu de l'animation d'une pareille
fête, elle a dû paraître aux convives, et I même aux jeunes époux, légèrement em-
; brouillée, et quelque peu mortelle.
i« Vous voyez, ajoute M. Foucher, que c'est de la poésie intime, et qu'il faut con \ naître pour bien comprendre, et le poct(
J et celui à qui il s'adresse. C'est pour ceh
j que je ne vous donne qu'un échantiilor