I\EZ
Seigneur* il s'accuse, ne le croyez pas.
DO\ PÉDRE.
Laissez-moi tout dire. Inez. Oui, seigneur, j'avais pénétré dans cette prison pour en arracher mon épouse, fuir avec elle, et la défendre avec l'épée contre Votre Majesté même... — C'était mon dessein , seigneur. La généreuse résistance d'Inez a tout changé.
LE ROI
Tant de noblesse eût mérité un meilleur sort.
DON PÈDRE
Oui , mon père, et c'est celle que vous refusez pour fille qui vous a conservé votre fils !
LE ROI
Inez! pourquoi faut-il qu'un crime d'État pèse sur sa tête?
DON PÈDRE
Un crime! Si c'en est un, c'est moi qui suis coupable. Âh ! vous ne savez pas, mon père, que de soins, que de séductions funestes j'ai dû employer pour lui faire partager mon amour! Et quand elle m'aima, que de larmes, que de vaines prières pour obtenir d'elle une secrète imion !
Ma mort seule... il fallut l'en menacer, pour qu'elle consentit à mon bonheur. Si elle m'a épousé, ce n'était que pour sauver mes jours. Ah ! sauvez-la à son tour, mon père ! Punissezmoi, condamnez -moi, que Votre Majesté ordonne mon supplice. Tout le crime doit retomber sur moi qui ai entraîné cette noble Inez dans l'abîme.
LE ROI
Mon fils!...
IXEK.
Ah! seigneur, ne l'écoutez pas. C'est moi qui ai été faible et coupable. Les jours de l'infant vous doivent être précieux pour vos sujets et contre vos ennemis. Moi, ma vie n'est rien, prenez-la, seigneur, qu'importe dans le royaume que je vive ! Il faut un héritier au trône , seigneur, il faut un père à ces enfants qui bientôt
n'auront plus de mère. (Blle se jette aux pieds du roi.)
Seigneur, promettez-moi que don Pèdre vivra, qu'il vivra pour vous, pour votre peuple, hélas! et pour mes tristes enfants qui ne seront bientôt
plus que les siens. (Les enfants embrassent le roi, il détourne la tète comme pour cacher des larmes d'attendrissement.)
LE PETIT GARÇON, au roi, montrant don Pèdre.
Il est mon père, et vous êtes mon père aussi !
— N'esl-il pas vrai que vous ne tuerez pas ma mère?
LE ROI
Grand Dieu ! je ne sais où je suis...
BOM ERO, à genoux.
Seigneur, que Votre Majesté se souvienne de ce qu*elle m'a dit quand je me refusais au mariage de mes enfants.
LE ROI
Mon fils! ma fille Inez!... Oui, don Pëdre, elle est à toi, elle est noble et grande comme une reine. Laissez -moi embrasser vos enfants, ils sont les miens. — Qu'on avertisse la reine et les Grands ! Que le haut tribunal se sépare ; qu'on sache qu'lnez est ma fille et que j'approuve son union avec l'infant.
DON PÉDRE, INEZ, LES ENFANTS, anz pieds du roi.
Ah ! seigneur ! mon père !
DON PÉDRE, Mirant Iii« dus ms bras.
Qui eût espéré ce bonheur ? quelles longues années de félicité devant nous, mon Inez ! — Vous p&lissez, qu'avez- vous ?
INEZ
Je ne sais, prince, cette révolution soudaine
peut-être... On ne passe pas, sans émotion, du désespoir à la joie...
DON P£DBE.
Juste Dieu! vos yeux s'éteignent, votre sein se gonfle!
Ah ! je brûle ! un feu sourd et violent dévore ^ mes entrailles ! je brûle , ô ciel ! tous mes membres se roidissent... (Bffroî générai.)
DON PÈDRE
Mon Inez! ma bien -aimée Inez! dis -moi, qu'as -tu?
INEZ
Soutenez-moi dans vos bras, cher prince, je me sens défaillir... Donnez-moi mes enfants. (eu«
tomb« dans les braa du prince.)
LE ROI
Mon malheureux fils !
DON PEDRE.
Dieu! va-t-elle mourir?... Qu'ai-je fait pour qu'un tel malheur renverse toute ma vie?
INEZ
Oui, je me meurs.». Ce breuvage cruel..
DON PEDRE.
Le poison !
LE ROI
Qu'entends-je ?
DON PEDRE.
Je reconnais tes ennemis implacables, Inez.
tu seras vengée!
INEZ
Oh non!... J'aurais vécu bienheureuse, mais je meurs satisfaite, car je meurs votre épouse et innocente devant mon roi.
DON PEDRE.
Tu meurs donc!... Dis-moi, mon Inez adorée, il est donc vrai que tu meurs?...
INEZ
Prince!... bien cher époux!... Hélas! mes enfants, embrassez-moi, consolez votre père...