SCÈNE PREMIÈRE
LA REINE, en habits de deuil, L'ALCADE D'AL- PUNAR, revêtu de la toge de corrégidor, GRANDS DE PORTUGAL, GARDES. L'alcade, maintenant corrégidor, et la reine sont sur le devant de la scène. Dans le fond, les grands paraissent s'entretenir avec inquiétude.
LA REIXE, à voix basse.
Quoi ! c'est vraiment aujourd'hui qu'il veut être couronné ?
LE CORRÉGIDOR, de même.
Oui, madame.
LA REIXE.
Le lendemain de la mort de son père ! Voilà
bien la preuve de sa folie.
LE CORRÉGIDOR
Il l'exige, il l'ordonne, madame ; et, par suite de cette démence, il veut que la cathédrale soit,
pour son couronnement, tendue de draperies funèbres.
LA REINE
Mais il comprend pourtant qu'il est roi ?
LE CORRÉGIDOR
Oui, madame ; on a vu s'éclaircir un moment cette sombre mélancolie qui, depuis la perte
encore si récente dînez (Ici la reine tressaille),
égare l'esprit de don Pèdre et que n'avait même pu dissiper la mort inattendue du roi son père dans le combat contre les maures.
LA REINE, à part.
Puisse cette triste folie dfirer longtemps ! Ma puissance durera avec elle. (Haut.) Eh bien ! mon cher corrégidor, qu'a dit le roi don Pèdre ?
LE CORRÉGIDOR
Rompant ce silence farouche qu'il garde depuis que dona Inez...
LA REINE, bas au corrégidor.
Encore î Alcade d'Alpunar, est-ce sans effort que votre mémoire revient sur cet événement ?
LE CORRÉGIDOR, bas.
Puis- je me repentir de vous avoir servie, madame ?... (Haut.) Sa majesté a ordonné que tout fût prêt aujourd'hui pour son couronnement ; puis, comme occupée de quelque dessein secret, elle a demandé si le tombeau de dona Inez n'était pas déjà placé dans la cathédrale.
LA REINE
Vraiment ! Quel peut être son projet ? Mais je
crois que voici le roi lui-même. (Les grands se rangent à gauche et à droite.)