‹ Victor Hugo, Waterloo, NapoléonChapitre 1 sur 38 · EST VENDU AU BÉNÉFICE DU MONUMENT · texte numérisé non relu

EST VENDU AU BÉNÉFICE DU MONUMENT

L'œuvre du Monument Victor Hugo

A WATERLOO

Le 18 juin 1911, — quatre-vingt-seizième anniversaire de la tragique rencontre qui décida des destins de l'Europe continentale, — MM. Hector Fleischmann, directeur de la Revue des Curiosités révolutionnaires, et Maurice Dubois, peintre militaire, prirent l'initiative de l'érection d'un monument à Victor Hugo dans le champ de bataille de Waterloo. Cette initiative naquit d'un anniversaire : en ce mois de juin 1911, la mémoire fidèle des admirateurs du Poète pouvait célébrer lé cinquantenaire de son séjour dans ces lieux visionnaires d'où il rapporta les pages des Misérables promises à une sûre immortalité. Le projet de MM. Hector Fleischmann et Maurice Dubois, mûre-

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ment réfléchi, étudié dans ses moindres détails, fut annoncé par les journaux de France et de Belgique le 31 juillet suivant. Il reçut un accueil chaleureux, sympathique, amical. Quelques attaques, trop peu désintéressées pour être sincères, et, au demeurant, de si petite importance, tentèrent de décourager les promoteurs de l'œuvre. Dédaignant certaines clameurs de politiciens autour de ce projet particulièrement placé audessus de toute politique, ils lancèrent l'appel suivant reproduit par la presse européenne :

Aux anniversaires de la tragique journée du 18 juin 1815, le souvenir de Victor Hugo demeure inséparablement attaché. C'est, en effet, en juin 1861 que le poète vint s'établir dans la « morne plaine » pour ce séjour de deux mois qui donna à l'art et à la poésie le livre premier de la deuxième partie des Misérables. Dix ans auparavant, dans ces mêmes lieux évocatoires, Victor Hugo avait trouvé, en compagnie du grand poète belge André Van Hasselt, l'inspiration du poème, désormais classique, qui domine les Châtiments. Quelques écrivains, poètes et historiens, ont pensé que ce grand instant du génie national français pouvait être célébré dans cette plaine fameuse où la hantise du souvenir le lit naître, dans ce champ de bataille où cinq monuments attestent de l'héroïsme

guerrier, du triomphe de la Force, sans qu'aucune pierre célèbre la souveraineté de la Pensée, la revanche de la Poésie sur le courage brutal. Ce monument sera sobre et grandiose : une colonne de granit sur laquelle claironnera l'admirable coq gaulois du maître Auguste Cain. Point de buste. Point de statue. Un nom et une date. Cette pierre française ne glorifiera pas uniquement le poète épique des Misérables, mais encore tous les artistes de la plume et du pinceau qui chantèrent Waterloo : Béranger, Méry et Barthélémy comme Casimir Delavigne, Raffet comme Charlet, qui consolèrent de la défaite en la magnifiant et en donnant à la race le conseil de l'espérance.

Voilà la pensée qui a guidé les promoteurs du monument Victor Hugo ; c'est avec ce programme essentiellement artistique et national, placé au-dessus de toute politique, qu'il fait appel à tous ceux qui ont encore au cœur la flamme des émotions reconnaissantes et des souvenirs vivants .

Le génie de Victor Hugo n'appartient point exclusivement à la France : il est à l'humanité. C'est donc de tous les artistes, de tous les poètes, de tous les admirateurs de Victor Hugo, de quelque nationalité qu'ils soient, que le concours est attendu. Que la plus modeste obole aide à élever cette pierre de gloire dans les lieux où l'exilé trouva un refuge et le proscrit un asile. L'heure des haines séculaires est passée : c'est aux artistes et aux penseurs de France et de

Belgique à jeter la première palme de la paix dans le champ de bataille de Waterloo.

Ces déclarations simples et franches, montrant le but réel de l'œuvre, lui rallièrent les suffrages de l'élite de la France intellectuelle et artistique. Nombreuses et rapides, les adhésions arrivèrent et, quelques semaines après cet appel, le patronage d'honneur pour la France du monument Victor Hugo à Waterloo se trouvait composé de la manière suivante :

M. le Ministre de l'Instruction publique. — M. le

Sous-Secrétaire d'État aux Beaux-Arts.

Mmes Sarah Bernhardt. — Comtesse de Noailles.

— Séverine.

MM. Jean Aicard. de l'Académie française. — Armand d'Artois, conservateur de la Bibliothèque Mazarine.

— Georges Barral, homme de lettres. — Henry Bataille. — Boissy d'Axglas. sénateur. — Léon Bonnat, de l'Institut. — Henri Cain, auteur dramatique. — Georges Cain. conservateur du Musée Carnavalet. — Paul Deschanel, de l'Académie française, député. — A. Dorchain, homme de lettres. — E. Fasquelle, éditeur. — J. Finot, directeur de la Revue. — Léon Hennique, président de l'Académie Goncourt. — J. Hetzel, éditeur. — C. Le Senne, président honoraire de

l'Association de la Critique dramatique. — Lucien Millevoye, député. — Baron de Meneval, ministre plénipotentiaire. — Henri de Régnier, de l'Académie française. — Gustave Rivet, sénateur. — Georges Rochegrosse, artiste peintre. — A. Rodin, statuaire. — Silvain, de la Comédie-Française. — Gustave Simon, exécuteur testamentaire de Victor Hugo. — Georges Sylvain, ministre plénipotentiaire.

Le secrétariat général de ce patronage français était confié à M. Hector Fleischmann, tandis qu'à Bruxelles, M.Maurice Dubois formait, grâce à son activité, à son dévouement, à ce que son nom représentait d'honneur et de probité, un patronage dont les noms glorieux n'avaient rien à envier à ceux du patronage français. Nous en donnons ici la composition :

MM. D' A. Baland. — A. Bréart, conseiller provincial.

— Paulin Brogneaux, homme de lettres. — E. Delannoy, sénateur provincial. — Louis Dumont-Wilden, homme de lettres. — Paul Duvivier, avocat à la Cour d'appel de Bruxelles. — Baron Edouard Empain. — Maurice Gilrert, avocat à la Cour d'appel de Bruxelles. — Iwan Gilkin, homme de lettres. — Valère Gille, conservateur à la Bibliothèque Royale de Belgique. — Gérard Harry, homme de lettres.

— Camille Lemonnier, homme de lettres. — Emile

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Leys, industriel, à Bruxelles. — Alfred Mabille, directeur des Beaux-Arts et de l'Instruction publique de la ville de Bruxelles. — Maurice Maeterlinck. — Roland de Mares, rédacteur en chef de L'Indépendance Belge. — Georges Masset, directeur du journal L'Express, à Liège. — Adolphe Max, bourgmestre de la ville de Bruxelles. — Paul Mélotte, avocat à la Cour d'appel de Liège. — Louis Piérard, hommes de lettres, rédacteur au Soir. — Clément Seeliger. du Crédit Lyonnais. — Fernand Séverin, professeur à l'Université de Gand. — Arthur Solvay, ingénieur à Bruxelles. — Ernest Solvay, chimiste. — Lucien Solvay, rédacteur en chef de L'Étoile Belge. — Emile Verhaeren, homme de lettres. — Auguste Vierset, hommes de lettres.

En même temps, les premières souscriptions arrivaient, généreuses ou petites, mais toutes également empressées (1). Elles permirent de confier aussitôt les plans du monument à M. A. Manuel Ley, architecte à Paris, et M. J.-H. Verhoeven,

11) Elles seront, sous peu, publiées dans les journaux, et réunies par la suite dans le mémorial qui perpétuera le souvenir de l'inauguration du monument Victor Hugo à Waterloo. Ajoutons ici que les souscriptions peuvent être adressées pour la France à M. Hector Fleischmann, 8, rue Adolphe-Focillon, Paris (xrv*>, et pour la Belgique, à M. Maurice Dubois, 103, rue du Tyrol, Bruxelles.

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