‹ Victor Hugo, Waterloo, NapoléonChapitre 27 sur 38 · LE CHAMP D'ASILE I · texte numérisé non relu

LE CHAMP D'ASILE I

Août 1818

Air de la romance de Bélisaire

En chef de bannis courageux Implorant un lointain asile, A des sauvages ombrageux Disait : <i L'Europe nous exile.

« Heureux enfants de ces forêts, u De nos maux apprenez lhistoire :

« Sauvages ! nous sommes Français ; i Prenez pitié de notre gloire ! »

<( Elle épouvante encor les Rois, '( Et nous bannit des humbles chaumes << D*où sortis pour venger nos droite, (( Nous avons dompté vingt royaumes. (( Nous courions conquérir la Paix « Qui fuyait devant la Victoire.

<( Sauvages ! nous sommes Français ; « Prenez pitié de notre gloire. »

(i) On sait qu'un certain nombre de soldats de l'Empire, commandés par les deux généraux Lallemand et Lefebvre-Desnouettes, proscrits par le gouvernement de la Restauration, émigrèrent en Amérique et fondèrent, au Texas, un établissement connu sous le nom du Champ d'asile, dontjla durée fut éphémère.

« Dans l'Inde, Albion a tremblé « Quand de nos soldats intrépides « Les chants d'allégresse ont troublé « Les vieux échos des Pyramides.

« Les siècles pour tant de hauts faits <( N'auront point assez de mémoire.

« Sauvages ! nous sommes Français ; « Prenez pitié de notre gloire ! »

« Un homme enfin sort de nos rangs ; « H dit : <( Je suis le Dieu du monde. » (( L'on voit soudain les rois errants « Conjurer la foudre qui gronde.

« De loin saluant son palais, « A ce Dieu seul il semblaient croire. « Sauvages ! nous sommes Français ; « Prenez pitié de notre gloire ! »

<( Mais il tombe ; et nous, vieux soldats « Qui suivions un compagnon d'armes, (( Nous voguons jusqu'en vos climats, « Pleurant la patrie et ses charmes.

« Qu'elle se relève à jamais (( Du grand naufrage de la Loire (1) I « Sauvages ! nous sommes Français ; <( Prenez pitié de notre gloire ! »

Il se tait. Un sauvage alors Répond : « Dieu calme les orages.

« Guerriers, partagez nos trésors, <c Ces champs, ces fleurs, ces ombrages. « Gravons sur l'arbre de la Paix « Ces mots d'un fils de la Victoire : (( Sauvages ! nous sommes Français ; (t Prenez pitié de notre gloire ! »

(1) Les débris de l'armée impériale s'étaient, après Waterloo, retirés derrière la Loire.

Le Champ d'Asile est consacré ; E levez- voua, cité nouvelle ; Soyez-nous un port assuré Contre la fortune infidèle.

Peut-être aussi des plus hauts faits Nos fils vous racontant l'histoire, Vous diront : « Nous sommes Français ; « Prenez pitié de notre gloire ! »

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