‹ Vie d'Antoine Du PratChapitre 64 sur 71 · LETTRE DU CHANCELIER DU PRAT AU SOUVERAIN PONTIFE · texte numérisé non relu

LETTRE DU CHANCELIER DU PRAT AU SOUVERAIN PONTIFE

Beatissime pater, post humillima felicium pedum oscula ; multorum consentienti sermone dudîim audio, serenissimum Anglia; Regem crebriùs queri, et vehementer expostulare, juris beriefieium, quod ex sequo debetur omnibus, se non posse consequi, eà prœscrtim in causa qiiam Romse nullo modo tractandam esse contenait. Tùm quia ejus modi fit et tanli momenti ut per procuratorem agi nequeat prorsus, tùm quod ad eandem coram tuendara, sine maximo atque

multiplia pcriculo régi non patent nditus. Contra autem in Angliâ et promptum et libcrum esse personis, inter quas versatur controversia, ul présentes respon-

deant, quotics ab ipsis quidpiam inquirere oportuerit. Illic prsetereà commorari hommes, qui dicturi sunt testimonia, quos nullà rationc Romani quispiam protrahat. Atque ità colligi, ut longe minore molestiâ atque impensa negotium confîciatur in Angliâ. Postremô Anglorum Gallorùmque potentissimum Regum quasi quodam moris antiquissimi jure, contentiones solitos in sua cujusque ditione terminari. Ostendit itaque Rex se pridem postulasse, ut ad integros aliquos et minus suspectos judices causa ha?c in Angliam rejiceretur: nihil tamen adhuc profecisse preces suas, etsi plurimorum doctissimorumque virorum sententia easdem aequissimas comprobet. Quam is repulsam, si semel pervulgata fuerit , videt subditorum suorum animos adeo permoturos, ut verendum sit, quanquamipse nihil taie cogitet, ne quid novarum rerum in srdem apostolicam moliantur, quod mox non facile sedari possit, impellente prsesertim nuper disseminato rumore, videlicet Sanctitas Vestra in hâc causa duci vel gratià vel metu Ceesaris : quod ego sanè nec suspicor quidem , tantum abest ut credam, censeo certè rem ipsam complectendam esse eâ prudentiâ ac lenitate quibus Sanctitatem Vestram abundare scio, ut dijudicetur cùm primùm fieri poterit, neque enim de re fluxâ agitur aut levi, sed de animarum alterna salute. Quamobrem cùm futurum confidam ut in eam curam, quae prœcipue sui muneris est, Sanctitas Vestra diligenter incumbat, affirmabo serenissimis GalliaB et Angliâ; Regibus id juxtà gratum fore: pra'terca SanctitatisVestrœ dignissimum, et ad mala multa evitanda maxime accomodatum. Quod

si in hoc argumente» for tasse liberiùs scribere videbor, Sanctitas Vestra mihi pro sua clementià ignoscat obsecro, jam tum enim cum ea me in reverendissimum fratrum cardinalium collegium ascivisset, factum est, ut queam aliquandù per litteras saltem in médium non aiïerre, quod honorificum tutum ac salutare futurum indicem Sanctitati Vestrœ, atque Universae Ecclesiae ex cujus quidem amplitudine ut tantum lœtor quantum debeo, ità si quid adversi accideret, quod Deus avertat, talis in me nimirùm redundaret dolor, qualis cadere potest in quemlibet alium prresulem.

Beatissime pater , Deum optimum , maximum ex animo precor Sanctitatem Vestram orbi christiano diù prajstet incolumem. Ex oppido Abbatisvilla3, nonis januarii 1531 '.

LETTRE ÉCRITE A MADAME, MÈRE DU ROY, PAR L'iIUISSIER RAUDIN, CONTENANT LE RÉCIT DE SON VOYAGE EN ESPAGNE VERS MESSEL- GNEURS LE DAUPHIN ET DUC D'ORLÉANS, ÎIOSTAIGES POUR LE ROY. 15302.

(Col. Fontettc, vol. a3.)

Madame, pour amplement vous faire entendre ce qui a esté par moy faict au voyage qu'il a pieu au Roy,

1 Camuzat : Mélanges historiques. Troycs, 1019. 2e partie, f° 171. * Cabinet Historique, p. 218.

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et à vous, me donner charge, vers messieurs le dauphin et duc d'Orléans, je vous en feray, s'il vous plaist , entier discours. Depuis mon partement de Cambray, que en toute diligence, avec le courrier de madame Marguerite, addressay mon chemin droit à Nui-bonne, auquel lieu attendant mon sauf-conduit de l'Empereur, qui pour lors estoit à Barcelone, je demeuray par l'espace de vingt et trois jours : iceux passez, ce courrier retourna en France vers ma dite dame Marguerite et m'apporta un sauf-conduit dudit Empereur, d'aller parfaire mondict voyage et retourner par la frontière de Parpignan. Ce faict, espérant ainsi qu'il m'avoit par vous esté commandé, parfaire mondict voyage en toute diligence , partis incontinent dudit lieu , de Narbonne , sur chevaux de poste. Mais sitost que fus entré en la frontière de Saulces, trouvay un gentilhomme de la garde de Parpignan ; et promptement que je fus arrivé, me bailla en garde à un soldat, luy faisant deffence de ne me laisser parler à personne quelconque, sans qu'il fust présent, pour entendre tout ce qui me seroit dit. Et combien que par bonnes remonstrances, je fisse entendre audit gentilhomme qu'il m' estoit trop nécessaire faire extrême diligence, pour le service du Pioy mon maistre, et que mon voyage n'estoiten rien préjudiciable à l'Empereur, néantmoins, il m'arresta audit lieu de Parpignan quatre jours entiers, attendant les gentilshommes qui venoient de la part de l'Empereur pour me conduire et avoir regard sur moy, pendant que serois au païs d'Espagne. Faisant mondict voyage, iceluy gentilhomme arrivé, partismes à nos journées, le chemin tirant à Barcelone, auquel lieu fus par luy contraint demeurer huit jours entiers, à mon très-grand regret : puis de là tirasmes

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le chemin de Saragosse, où pareillement fus arresté trois jours, durant lesquels le gouverneur et fermiers du péage, combien que mon sauf-conduit portast de me laisser passer franchement et quittement, feirent inventaire de tout ce que je pouvois avoir tant d'or, d'argent, d'habillements, que d'autres choses, dont fus contraint leur payer tribut. Et à ce ne me servirent toutes les remonstrances et bonnes coutumes du pais de France alléguées. — Depuis, tirant le chemin à Tudelles, qui est une ville du royaume de Navarre, passâmes par auprès de Pedrosse', qui est le lieu où sont de présent détenus mesdits sieurs le dauphin et duc d'Orléans. Et avant que d'entrer en ladite ville, trouvasmes six soldats de la garde d'icelle, lesquels nous arrestèrent, pendant que l'un d'eux alla vers le marquis de Bertauge, frère du connestable de Castille, qui a la garde de mesdits sieurs, l'advertir de nostre arrivée audit lieu, et sçavoir si son vouloir estoit de nous laisser entrer en ladite ville. — Iceluy soldat retourné vers nous, fusmes par eux conduits en ladite ville de Pedrosse jusques en une enseigne, où peu de temps après vindrent huit ou dix soldats de la garde de mesdits sieurs, qui prindrent les clefs dudit logis et par dedans et par dehors, formèrent le guet toute nuit. — Ce gentilhomme, mon conducteur et garde, non content de ce qu'ils entreprenoient sur sa charge, eut

* « Pcdraca de la Sierra, bourg d'Espagne dans la Vieille-Castillc, au bord de la rivière de Duraton, au voisinage de Sépultava au nord (et de Ségovie au sud-ouest). Ce bourg est célèbre par deux endroits : premièrement pour avoir été la patrie de l'Empereur Trajan ; en second lieu, pour être défendu par un cbàteau dans lequel François, dauphin de France, et Henri, son frère, enfants de François Ier, furent détenus prisonniers l'espace de quatre ans. Ce château est extrêmement fort, et l'accès en est très-difticile. » (La Martimêhe.)

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question et débat avec eux. qui fut très-difficile à apaiser, maintenant de sa part, que par l'Empereur luy avoit esté donnée la charge de moy : et audit marquis appartenoit seulement de me montrer et faire veoir mesdits sieurs, et me faire parler à eux. El tanl sur ce débat demeurèrent obstinez, que mis à part en une chambre, fut tant de la part dudit gentilhomme que desdits soldats, fait le guet toute icelle nuit.

Le lendemain matin, ledit gentilhomme alla par devers ledit marquis, avec lequel il demeura assez long espace de temps, et luy retourné me mena au chasteau, forteresse dudit lieu de Pedrosse, où jetrouvay le marquis avec plusieurs gentilshommes prés d'eux mettre à table : et me feit iceluy seigneur servir avec luy. Après avoir clisné, je suppliay ledit marquis que son bon plaisir fust me faire conduire au lieu où estoient mesdits sieurs, pour les voir et dire la charge qui par le Roy et Vous m' avoit esté donnée : peu de temps après me mena en une chambre dudit chasteau, assez près de celle où avions disné, à l'entrée obscure, mal en ordre et sans aucunes tapisseries ny autres paremens, seulement de pailliaces: en laquelle estoient mesdits sieurs, assis sur petits sièges de pierres, encontre les fenestres de ladite chambre, garnie par dedans et dehors de gros verroux de fer„ et la muraille de huict ou dix pieds d'espaisseur : ladite fenêtre si haulte, qu'à toute peine pouvoient mesdits sieurs avoir l'air et le plaisir du jour; lieu tant mal sain et impropre, que veu le jeune et tendre aage de mesdits sieurs, leur est impossible d'y longuement demeurer sans inconvenant de maladie, et fort empirer leurs personnes. — Les voyant ainsy détenus, ne fut en ma puissance me contenir sans jetter larmes, que à tout mon pouvoir je

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recelay, pour ne donner à mesdits sieurs occasion de nouvel ennuy. En me parforceant de parler, addressay ma parole à mondit sieur le daulphin, lui faisant humble révérance, commançay en langage françois lui faire les recommandations à moy enchargées, de par le Roy et Vous ; luy donnant asseurance du traitté de paix faitte et accordée entre le Roy et l1 Empereur en la ville de Cambray ; et que pour estre venue tant utile, pour sa délivrance et réduction au royaume de France, ledit Sieur et Vous, m'avez envoyé pour le luy faire entendre : ensemble la diligence qui se faisoit par deçà pour accomplir les convenances et accords, tendans totalement à le mettre hors de captivité et misère. « — Lors ledit seigneur en contenance triste, addressant sa parolle audit marquis, luy dist en langage espagnol, qu'il ne m'entendoit point, et que si je savois parler le langage du pays, que je luy fisse entendre ce que ce vouloit dire. Dont me trouvant fort esbahy, voyant mondit sieur aliéné de son naturel langage, adonc je commençay en langage espagnol, luy référer ce que dessus, et de tout mon pouvoir luy donnay occasion de cy après entrer au chemin de joye et plaisir ; pour estre à présent les affaires venus et conduietz en si bons termes , que le temps de sa réduction et délivrance estoit proche. — Après le voyant tout espris, luy demanday s'il ne scavoit plus parler ce langage françois? Ledit sieur me fistresponse en langage espagnol : « Comment scroit-il possible que je l'eusse » sceu retenir, veu que je n'ay icy nul de mes gens » avec qui je le peusse continuer de parler? » — Puis luy demanday s'il ne me connaissoit point? Et incontinent monsieur d'Orléans avança sa parolle et luy dit: « Monsieur mon frère, c'est l'huyssicr Bodin. » —

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Monclit sieur luy répondit qu'il le scavoit bien, mais qu'il ne le vouloit pas dire; et lors addressantsa parollc à moi, me demanda et enquit de la bonne disposition du Roy, de Vous, de la reine de Navarre, de monsieur d'Angoulême, et mesdames ses sœurs, et le lieu où vous estiés à mon parlement. — Et sur tout, après avoir répondu, me dit qu'il remercioit le Roy et Vous, du bon vouloir qu'aviez à sa délivrance : suppliant que vostre bon plaisir fust de continuer, et les avoir tousjours en souvenance. — En après, je luy feis les recommandations de messieurs le grand-maître et amiral de France, de monsieur le chancelier; pareillement de messieurs de Bourges et trésorier Babou et autres du conseil du Roy, qui estoient ceux qui continuellement avoient practiqué la paix, en moyen de sa délivrance. Ledit sieur après avoir le tout bien entendu, me dict qu'il les remarcioit et tous ceulx qui se travailloient de le jetter hors de la captivité en laquelle je le voyois estre. — Ce faict, mondit sieur d'Orléans commança à parler et me feit semblables demandes et recommandations. Mondit sieur le dauphin pour le plaisir qu'il prenoit de parler avec moy, voulant recommancer nouveaux propos, le marquis luy demanda s'il vouloit aller en l'autre chambre, qui estoitprès de celle où se trouvoient mesdits sieurs : laquelle je vis encore plus mal en ordre que la précédente, et de plus pauvre demeure, ayant pour toute veue une semblable fenestre que en "la précédente chambre ; vers laquelle fenestrese rangèrent Messieurs pour avoir plus aisément le jour, et piïndrent chacun un petit chien entre leurs bras. — Alors me commencèrent à dire aucuns soldats, que c'estoit tout le passe-temps de mesdits sieurs : ausquels je feis responsce que c'estoit un maigre passe-

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temps à si hauts princes, comme sont mesdits sieurs, et ne me pus tenir en faire remonstrance audict sieur marquis; disant que ce ne luy seroit honneur de les tenir si estroittement et en si pauvre estât. d'habillement; qui estoit seulement de chacun un saye de veloux noir, en façon d'habillement à chevaucher, avec bonnets de veloux noir à un rebors derrière, sans rubans de soye, ne autre garniture : des chausses blanches, des souliers de veloux noir. — Un capitaine de la garde de mesdits sieurs, nommé André de Brate, me dist lors, comme par mocquerie, et en parolles assez estranges : « "Vous voyez en quel estât sont traittez les enfants du Roy de France, vostre maître ! vivant entre les soldats des montagnes d'Espagne, sans aucun exercice, ne éducation ! Que si le Roy envoyoit par delà quelques peintres ou imagiers, que mondit sieur le dauphin deviendrait soudain bon maistre, car il s'addonnoit chaque jour à faire petites images de personnages de cire. » — Je luy feis response que mon espérance estoit que avant trois mois passez, il seroit en France addonné à autres meilleurs œuvres et exercices. Alors le marquis me dist qu'il croyoit en respondre trois mois, voire jusques à la fin de quatre, en Espagne, mieux que nous ne ferions en France! — Puis me dict que c' estoit assez parlé, et qu'il estoit temps de me retirer. A quoy je feis response que puisque son vouloir estoit de me faire retirer si soudain, que je remettois le reste au lendemain. Et sur ce me dist que je pouvois bien prendre congé de mesdits sieurs, sans plus y retourner, et que advisasse de prendre mon chemin pour men retourner en France : dont je fus très esbahy et mal content pour le petit de temps qu'il m'estoit permis d'avoir en ma présence ce

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que* plus jo désirois à veoir. Do rechef luy suppliay qu'il me fust permis de retourner le lendemain pour faire un petit présent à mesdits sieurs de deux bonnets de veloux garnis d'orfèvrerie ei de panaches blancs. Lors ledit marquis me dit que moy retourné en mon logis, je les envoyasse et qu'il les leur présenteroit. Je luy feis response que je vouldis estre présent. Ce qu'il m'accorda. Et fus envoyé à mon logis quérir lesdits bonnets qui estoient en estuy. — Après les avoir reçus et baisez, me voulant approcher de mesdits sieurs pour leur présenter, ledit André de Brate les prist, disant à mesdits sieurs : * Vous les voyez bien, ils sont très- » beaux. Ne voulez-vous point que je les vous garde?» — Monsieur. lui respondit : « Ouy capitaine, j'en suis fort content; mais je vous prie que je les voye encore.» Et de loing les leur monstrant, de peur que mesdits sieurs y attouchassent. — Lors se commancèrent à resjouir plus qu'ils n'avoient fait au commancement, me mettans en plusieurs propos, tant de monsieur d'Angoulème que de mesdames leurs sœurs; je dis entre autres choses à mondit sieur : « Monsieur, vous » estes devenu merveilleusement grand, et croy fer- » mement que si le Roy et madame vous voy oient à » présent, pour vostre soudaine croissance, ne vous ? cognoistroient aisément. » Et pour le reporter au vray et vous en faire certaine, ainsy que vous m'avez donné charge à mon partement, je suppliay audit marquis me permettre emporter la mesure et grandeur de mondit sieur le dauphin, ce qu'il ne voulut faire; mais ■ me promîst qu'il la m'enveyroit à mon logis pour s'en excuser. Étant fondé en telle opinion, que si j'eusse apporté aucune chose en France qui eust touché à leurs personnes, que nous avons gens par deçà, qui par art

magique et de nécromancie, les rendroient saufs'par deçà ! El fus contraint de partir d'avec eux, sans mesure. — Quant aux deux bonnets, ils n'ont garde de les leur mettre sur la teste, de peur qu'ils ne s'envollent. A mon partement, après avoir à très-grand regret pris congé de mesdits sieurs, eux deux ensemble d'une voix me dirent que je fisse bien leurs recommandations au Roy, à Vous, madame, et que je fisse diligence de retourner vers eux. — Me départant avec tel ennuy et regret, je fus remené par lesdits gardes en un autre logis de la ville plus honorable que le premier, auquel je fus pareillement gardé nuit et jour, sans aucunement me permettre d'aller par la ville. Et le lendemain, me fut fait commandement de partir incontinant, ce qu'il ne me fut possible de faire, à cause que mon cheval estoit blessé. Et après bonne inquisition faicte, on trouva que l'un des soldats ayant envie d'avoir mon cheval, luy avoit donné un coup de poignard en l'espaule pour le faire demeurer et le me rançonner. Toutefois je fus contraint me partir dudit lieu sans mon cheval ainsi blessé, et aller à trois lieues dudit Pedrosse, en une petite ville nommée Spolvede, où le gentilhomme qui me conduisoit me feit séjourner par l'espace de dix jours entiers ; pendant lequel temps il advertit l'Empereur de ce qui s' estoit passé et aussy pour obtenir un sauf-conduit pour retourner par Fontarabie, qui est chemin beaucoup plus court qu'il n'estoit à retourner par Parpignan; pendant lequel temps vindrent nouvelles certaines de l'accord et traitté de paix conclud entre le Roy et l'Empereur, dont la purification fut faicte. Ce que je feis entendre à mesdits sieurs, par une lettre que je leur escripvis pour tousjours leur confirmer mon dire et donner espérance certaine

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de leur hrief retour et délivrance. — Lequel marquis me manda qu'il avoil reçu ma lettre, et qu'il la garderoit pour la montrer à mesdicts sieurs, quand il auroit plus ample asseurance de la paix. Ce faict, après avoir receu mon sauf-conduict, et moy sans aucunement me laisser et en aussi estroite garde que si j'eusse esté prisonnier en Espagne ; et passant près Burges, à huit lieues par deçà, je trouvay le conncstable de Castille, en une sienne ville, auquel je fus faire la révérance ; et selon mon petit scavoir luy feis les remonstrances du pauvre estât et condition où mesdits sieurs estoient pour le présent menez; et que veu le traitté de paix et accord avec l'Empereur, il n'estoit besoin user de rigueur et tel traittement envers eux, le suppliant, comme celuy qui y avoit puissance, vouloir pourvoir à réduire et remettre mesdits sieurs,' en Testât qui leur appartenoit. A quoy me fist response qu'il estoit sur son partement pour aller vers mesdits sieurs, et les pourvoir de ce qui leur seroit nécessaire, si bien que le Roy et Vous auriez cause de vous en contenter : qui me fut response très-agréable pour le désir que j'ay d'entendre mesdits sieurs estre hors du lieu de misère où à mon partement d'avec eux je les laissay. — Et le reste de mon voyage, combien que le chemin soit très-aspre et rude, me fut trop plus .plaisant et agréable qu'il n'avoit esté auparavant : et jusque dedans Fontarabie parvins, tirant mon chemin droit à Baïonne, pour en la meilleure diligence que possible m'eust esté, retourner vers Vous, Madame, et de tout ce que dessus vous donner advertissement. »

PKOMESSE DU CARDINAL DU PRAT AU ROI, DE NUSER DE SES RLLLES DE LÉGAT QU'AUTANT DE TEMPS QUIL PLAIRA A S. M.

Nos Anthonius, sacrosanctœ romanse ecclesise presbiter, cardinalis tituli sanctse Anastasia?, Senonensis archiepiscopus, Galliarum et Germanise primas, Albiensis episcopus, cancellarius, et sedis apostolicae de latere legatus, promittimus excellentissimo et potentissimo principi Francisco Dei gratiâ Francorum Régi christianissimo, domino nostro supremo,

Nos ipse legationis munere ejusdem christianissimi Régis precibus nobis nuper delato in ejusregnoet ditione quo protenditur nostra legatio, tamdiù duntaxat functurus quamdiù Christianissimœ Majestati sua3 libitum fuerit. Et non alio modo, id vero ità rursùs polli— cemur nostram prelati fidem obstringentes.

Quod ut perpétue testa tum relinquamus has litteras quibus, manu propriâ subscripsimus sigillo nostro munitas volumus.

Datum ad Fonlembelheaquaî , die septima mensis decembris, anno domini millcsimo quingentesimo vigesimo nono. Et est subscriptum :

A. ar. senonensis, legatus de latere, et Francise cancellarius.

(A. l. Registre X, «coi, fol. IX-X1X.J

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