‹ Vie d'un compositeur moderne, 1802-1861Chapitre 21 sur 22 · NOTICE · texte numérisé non relu

NOTICE

SUR

LA FAMILLE DES VIGNES DE GIVRINS d'après les anciens documents

Ei les Annales de ta Suisse et de la Hollande,

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La famille des Vignes était fort ancienne et très considérée dans le pays de Vaud, où elle posséda des seigneuries et des châtellenies importantes, entre autres la seigneurie de Givrins qu'elle détenait en 1798 au moment de l'occupation française.

Ses armes sont d'argent au chevron de gueules, chargé sur la corne d'une croisette du champ, et, sur chaque branche, d'une étoile d'or. Elles ont pour supports deux lions, le casque lauré est surmonté d'une couronne de comte. [Armoriai de Melinden, — Manuscrit de la bibliothèque cantonale de Lausanne. — Armoriai de Mandrot. — Armoriai général de Rietstap. — Répertoire des familles vaudoises.]

Parmi nos vieux papiers se trouve un tableau généalogique des descendants du mariage d'entre Emmanuel Prince de Portugal et Émilia de Nassau, née princesse d'Orange, relatant la postérité d'Anne-Rosine, leur petite-fille mariée à Jean des Vignes, chef de justice à Genolly.

i6o Vie d^un Compositeur moderne.

Les alliances des des Vignes les rattachaient à de grandes familles et l'un d'eux au dix-septième siècle avait conclu mariage avec Tune des petites filles du susdit Emmanuel prince de Portugal et d'Émilia de Nassau, fille de Guillaume le Taciturne.

Les circonstances qui amenèrent le séjour de cette princesse en Suisse, et par suite les unions de ses petites filles avec des gentilshommes du pays sont intéressantes; elles sont rapportées dans maints ouvrages : Histoire générale des provinces unies, tome VL — Vaderlandsche Historié, par Waguenar. — Nederlansche historié, ^diX Van Meteren.— /fis/oria genevrina, de Gregorio Leti. — Journal de la Société vaudoise d'utilité publique, tomes VI et VIL — Mémoires et documents, publiés par la société d'archéologie de Genève, tome XV. — Dictionnaire historique du canton de Vaud, à l'article Prangins. — Bibliothèque universelle et Revue Suisse, tome XLII.

Voici un résumé des faits consignés dans ces annales :

Antonio de Crato fut le dix-huitième roi de Portugal, et le dernier de la branche d'Avis; il était neveu du cardinal don Henri, successeur de Jean Sébastien, et fils de Tlnfant don Luis, duc de Béja et de Yolande de Gomez, que ce dernier épousa d'abord secrètement et fit ensuite reconnaître pour sa femme légitime : cette union fut déclarée régulière par le pape Grégoire XIII ; néanmoins à la mort du roi Cardinal, les adversaires de son neveu, désireux de le déposséder du trône contestèrent la légitimité de sa naissance.

Plusieurs prétendants lui disputèrent alors la couronne, bien qu'il fût le seul descendant en ligne directe de Jean III. C'étaient Philippe II, roi d'Espagne, don Juan duc de Bragance et Alexandre, prince de Parme.

Après avoir été couronné à Santarem en i58o, Antonio fut

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attaqué par Philippe II et complètement défait à la sanglante bataille d'Alcantara, à la suite de laquelle son puissant rival réunit le trône de Portugal à celui d'Espagne. Forcé de quitter Lisbonne, il passa en France et il obtint des secours de Henri III qui envoya deux mille hommes, sous les ordres du commandeur de Chartres, soutenir aux Açores l'armée navale demeurée fidèle au prince dépossédé. Mal secondés par les Portugais, les Français ne purent triompher des forces imposantes de l'Espagne.

Une nouvelle tentative, avec Tapplii d'une flotte anglaise obtenue d'Elisabeth et dirigée par Drake sur les côtes d'Espagne, ne fut pas plus heureuse. Cet échec fut le dernier, et Antoine, vaincu et sans espoir, revint à Paris; il y vécut de Taide qu'il reçut du roi de France et mourut en i5q5. Son corps fut inhumé dans l'église de VAve Maria,

Il laissait deux fils, Emmanuel et Christophe. Ces princes, après la mort de leur père, se retirèrent en Hollande, et arrivèrent à la Haye au printemps de 1597. Leur maison, en combattant l'Espagne, avait servi la cause de l'indépendance des Pays-Bas; les États généraux des provinces unies se montrèrent bien disposés; ils retinrent Emmanuel à leur service et lui assignèrent un revenu honorable. Christophe fut envoyé comme ambassadeur de la République néerlandaise auprès de l'Empereur du Maroc.

Maurice de Nassau, fils de Guillaume le Taciturne, était alors stathouder; il tenait à la Haye une cour brillante et ses sœurs avaient été recherchées par des princes de maisons royales. Louise- Julienne de Nassau épousa l'électeur de Saxe, Isabelle fut unie au duc de Bouillon, Catherine-Belgique, issue du troisième mariage de Guillaume avec Charlotte de Bourbon,

8a troisième femme, devint Tépouse du comte de Hanau, prince de Franconie, et une autre princesse, née du même lit, fut mariée à Claude de la Trémoïlle, duc de Thouars, prince de Talamont, et comte de Guisnes.

Une cinquième sœur, Emilie de Nassau, née en i568, et issue comme Maurice du deuxième mariage du Taciturne avec Anne de Saxe, était restée auprès de son frère. Emmanuel fit sa conquête, et la sensible princesse, bien qu*âgée alors de vingt-neuf ans, lui donna tout son cœur; mais Maurice ne voulut pas consentir à ce mariage , objectant la pauvreté d^Emmanuel, la différence des religions et les doutes qui planaient sur la légitimité de la naissance de son père. Ce refus du chef de la famille ne rebuta pas Emilie; elle fit célébrer son mariage avec le prince de Portugal le sept novembre 1697 dans une chapelle catholique de la Haye, et les deux époux notifièrent leur union aux États-Généraux. Mais ceux-ci, craignant de nouvelles complications, et redoutant le mécontentement causé à Philippe II par le mariage d'une de leurs princesses avec le fils du roi dépossédé par lui, refusèrent leur sanction, ordonnèrent à Emmanuel de sortir sur-le-champ de la Haye et le reléguèrent à Schiedam. De son côté, Maurice défendit à sa sœur de paraître à sa cour.

Emilie était aussi énergique que sa passion était violente.; après quelque temps passé dans une douleur profonde qui altéra sa santé, elle rejoignit son époux, alors interné à Wesel, et le ramena publiquement en Hollande. Avec une ténacité et une vigueur dignes de la fille du grand Taciturne, elle invoqua hautement les droits appartenant à tous dans un pays où la liberté civile et la liberté religieuse avaient été proclamées. Son frère, Philippe de Nassau, s'intéressa à sa cause, et la soutint

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auprès de Maurice. Une réconciliation s'opéra entre le stathouder et les deux époux; Emmanuel obtint un poste dans Tarmée des provinces unies et resta à leur service.

Le mariage conclu dans des conditions si romanesques ne semble pas avoir laissé au cœur des époux une passion bien vivace. Huit enfants étaient nés de cette union, lorsqu'Émilie quitta la Hollande et vint s'établir à Genève en 1623. Elle passa les six dernières années de sa vie dans cette ville où son séjour motiva plusieurs actes du conseil des Anciens et a été signalé avec détails par divers historiens. Mais dans la cité de Calvin, il ne fut pas question d'Emmanuel, qui paraît n'y être jamais venu, pas plus que ses deux fils, et peut-être, parce que les lois interdisaient à tout catholique le séjour dans la ville.

La princesse de Portugal habita d'abord au haut de Coutance une grande maison qui appartenait à la famille Gallatin et qu'on appelle encore le château royal, sans doute en souvenir d'elle; puis elle acheta une autre maison rue Verdaine, au coin de la rue du Collège. Elle acquit aussi en 1627, de Nicolas de Diesbach, avoyer de FribouTg, la seigneurie et le château de Prangins, près de Nyon.

Son existence fort régulière, et d'un train assez modeste, se partageait entre ces deux résidences. Elle mourut à Genève le 26 mars 1629, âgée de soixante ans; ses entrailles furent ensevelies à l'église Saint-Pierre, dans une chapelle appelée encore chapelle des princesses de Portugal et son corps fut transporté en Hollande.

Par son testament, dont une copie est dans nos cartons, après s'être reconmiandée, corps et âme, en la miséricorde divine, et avoir demandé un honorable enterrement, elle institue et fait héritières de tous ses biens ses six filles. Elle

laisse à son fils, don Guillaume, quatre mille florins, une fois, et ajoute que son autre fils, don Emmanuel, s'étant retiré du monde en religieux, n*a rien plus affaire. Elle recommande ses six filles en la bonne grâce de Monseigneur le prince d'Orange, son frère (Henry Frédéric, qui, en 1625, avait succédé à Maurice), elle invoque pour elles l'assistance des États, et elle prie aussi messieurs de Berne et messieurs de Genève de les prendre en leur protection.

Par un codicille elle laisse à son cher mari, pour une souvenance, la bague avec ses deux diamants.

Il n'est question d'Emmanuel que pour ce legs : l'amour des premières années semble s'être sensiblement refroidi. Les six filles étaient :

Marie-Belgia,

Émilia-Louise,

Anne-Louise,

Juliane-Catherine,

Éléonore-Maurice,

Sabine-Delphine, Et toutes, comme leur mère, avaient suivi la foi protestante. Le tableau généalogique précité qui donne la descendance de l'aînée, Marie-Belgia, mariée à noble Jean des Vignes, mentionne seulement l'union de l'avant- dernière avec Georges- Frédéric, comte de Nassau. Nous n'avons du reste à nous occuper que de Marie-Belgia, dont la postérité seule nous intéresse.

Nous allons voir qu'elle eut un cœur non moins inflammable ^ que celui de sa mère et qu'elle tint aussi à se donner pour époux celui qui l'avait charmée. Comme chez Émilia de Nassau, ce cœur parla un peu tard, alors qu'elle était dans sa trentième

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année; c*est sans doute pour avoir longtemps attendu Thomme qui devait lui plaire qu'elle persista à s'unir à lui, contre toutes les remontrances qui lui furent adressées : l'amour fut son seul conseiUer, et le mariage qu'elle contracta fut loin d'être heureux.

Ce conquérant du cœur de la princesse était Jean-Théodore de GroU ou de Croll : il était venu à la suite du margrave de Baden Durlach que l'Empereur avait dépouillé de ses États. Les registres de Genève l'appellent domestique du prince dépossédé. Il faisait en effet partie de la maison du margrave, après avoir été au service du duc de Parme, suivant des documents qui lui donnent le titre de colonel et de quartier-maître général des armées de Son Altesse Sérénissime. Il était originaire d'Heidelberg et portait pour armes à cinq points de sable équipollés à cinq points d'argent.

Avec le margrave de Baden Durlach, il avait fréquenté à Genève et à Prangins chez la princesse de Portugal, et il avait su inspirer une vive passion à Marie-Belgia.

La princesse mère paraît avoir détourné sa fille de l'union qu'elle projetait. Messieurs du Conseil avaient secondé sa résistance, mais Marie-Belgia, sitôt après la mort de sa mère, se laissa enlever de Prangins par le beau et téméraire de Groll.

La république de Berne se montra d'abord fort courroucée de ce rapt opéré sur son territoire, si rapt il y eut, l'âge de la princesse permettant de la supposer consentante. Enfin, l'enlèvement fut légitimé par un mariage en juin 1629. Émilia était morte au mois d'avril de la même année. Le deuil de Marie-Belgia ne lui fit pas négliger ses affaires de cœur, dont au contraire elle favorisa le dénouement avec une précipitation démontrant combien son amour primait tous autres sentiments.

Le mécontentement de la ville de Berne s'apaisa, et la ren-

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trée en grâce de Groll auprès des austères magistrats de cette république lui valut la bourgeoisie de Berne et la baronnie de Prangins : de plus, en signe d'amitié et pour que nul n'en ignorât, Messieurs du Conseil lui donnèrent la permission de peindre Tours redouté du blason bernois sur la porte de son château. Une fois en effet que le mariage de Marie-Belgia avec le gentilhomme allemand n'avait pu être empêché, il importait que ce dernier ne fût plus considéré comme un aventurier : on ménageait ainsi le margrave de Baden et la famille de Nassau, qui était le plus énergique appui de la Réforme. Aussi le premier-né de cette union d'abord si incriminée fut filleul de la république et s'appela Théodore-Berne.

Il était d'usage que les villes consentissent à présenter au baptême les enfants des familles qu'elles voulaient distinguer : la ville de Vevey fut aussi la marraine d'une des filles du baron de Groll et de Marie-Belgia.

Le souvenir du baptême de cet enfant a été conservé dans un tableau que l'on voit encore dans la salle du Conseil, à l'hôtel de ville de Vevey. Au premier plan est une terrasse baignée par un lac et sur laquelle s'élève un pavillon ouvert qui occupe toute la hauteur du tableau. Dans ce pavillon et sur un lit de parade à pieds de grifiPons, apparaît une femme à demidécouverte et soulevée sur des coussins : deux suivantes soutiennent leur maltresse qui semble fort occupée de la scène qui se passe au pied du lit. Là, une femme drapée à l'antique et coiffée d'une tour crénelée reçoit dans ses bras un nouveau-né que lui présentent deux génies. En dehors du pavillon un homme accroupi tient un flambeau et dans le fond, au-dessus des montagnes bornant le lac, l'Aurore apparaît sur son char soutenu par des nuages.

La Jamille des Vignes de Givrins. 167

Du mariage de Marie-Belgia date une série de dissentiments avec ses sœurs. Nous trouvons dans les Annales suisses un long réquisitoire contre ces dernières adressé de Prangins le 3o juillet i63o à Jean Deodati, du Conseil de Genève, qui 8*occupait des intérêts des princesses demeurées dans la maison de la rue Verdaine.

Ces Messieurs du Conseil eurent fort à faire pour terminer les désaccords survenus entre les six filles d'Émilia : enfin la succession fut réglée, et cinq d'entre elles retournèrent en Hollande auprès de leur oncle Henry-Frédéric. Emmanuel de Portugal était mort peu après sa femme, en i63o. Marie-Belgia eut pour sa part les biens acquis en Suisse, le château de Prangins et la maison de Genève.

Après les discordes entre sœurs, vint la désunion avec le mari, et le trouble régnant à Prangins, Messieurs de Berne eurent souvent à intervenir dans les querelles de ménage. Groll avait tous les torts, et son existence était fort agitée. Il dissipait la fortune de sa femme, et pour satisfaire aux exigences causées par les désordres du mari, celle-ci dut vendre la maison de la rue Verdaine à noble François Rigaud, qui était son créancier, pour dix mille trois cents florins. Elle finit par se lasser des incartades de son volage époux et elle obtint le divorce du Consistoire de Berne.

Mais le gouvernement refusa de reconnaître la cassation du mariage prononcée par les ministres : un long procès fut engagé et il n'était pas terminé quand Groll, qui était allé courir les aventures en Italie, y fut assassiné.

Marie-Belgia mourut à Genève le 29 juillet 1647, âgée de quarante-sept ans : elle demeurait alors dans la maison de noble et honoré seigneur Timothée Perrot, située à Clébergue,

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dans la partie de la ville sur la rive droite du Rhône qui est devenue le quartier des Bergues. Elle fut enterrée à Saint-Pierre, dans la chapelle où avaient été déposées les entrailles de sa mère.

£n outre du fils, filleul de Berne, qui mourut en bas âge, Marie-Belgia avait donné le jour à cinq filles qui demeurèrent sous la protection de Messieurs de Berne, et par leurs soins furent mariées à des gentilshommes du pays de Vaud, savoir :

Émilia-Catherine, mariée à Claude d*Amond, banneret de Nyon : c'est elle qui eut la ville de Vevey pour marraine.

Anne-Rosine, mariée à Jean des Vignes, chef de justice de GenoUy.

Maurice-Sabine, mariée à Bénédict des Champs, seigneur de Saint-Georges.

Hélène-Béatrice, qui mourut jeune.

Suzanne-Sidonie, qui a épousé en premières noces Jean- François Baddet, seigneur du Martherai, et en secondes noces Vincent Ardin, seigneur de Clavelière.

Jean des Vignes, époux d'Anne-Rosine, seconde fille de Marie-Belgia, fut l'un des ancêtres du père de M"« Niedermeyer.

La postérité des autres sœurs était nombreuse : nous citerons comme anecdote accessoire les revendications que le mari d'une des arrière-petites-fiUes d'Emilie de Nassau crut pouvoir soutenir auprès des États généraux de Hollande.

Déjà en 1707, Juliane-Catherine, fille d'Emilie de GroU et du banneret Claude d'Amond et femme de Henri de Martines, seigneur de Sergy, avait réclamé ses droits à la principauté de Neufchâtel, lors de la mort de Marie de Nemours, dernière représentante de la maison d'Orléans-Longue ville. En même temps qu'elle, le roi de Prusse Frédéric h'y le prince de Conti,

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et le comte de Matignon, prétendaient à la souveraineté vacante» et les trois États du pays avaient à l'adjuger.

L'arrêt qui débouta la dame de Martines, tout en reconnaissant qu'elle était fondée au même degré que le roi de Prusse, descendant tous deux du Taciturne, fut rendu en faveur de Frédéric, par la raison que la dite dame ne s'était pas présentée dans le délai de six semaines après le décès de Marie de Nemours. {Bibliothèque Universelle, tome XLII.)

Le second des prétendants était vers 1760 Jacques- François de Rochmondet, époux de Suzanne Baddel du Martherai, laquelle était la petite-fille de Suzanne-Sidonie de GroU ; il tenait grand état dans le pays de Vaud, remplissant de hauts emplois et jouissant de quelque fortune. Croyant pouvoir réclamer la succession de la princesse de Nassau, comme y ayant droit par sa femme, il se rendit à la Haye et y produisit ses titres. Pour ne pas paraître au-dessous de ses prétentions, il déploya un luxe exorbitant. Une sentence des États allait prononcer souverainement : la veille du jour où le jugement devait être rendu, le rapporteur de TafiFaire vint le trouver et proposa un accommodement offrant la propriété d'un régiment pour chacun de ses deux fils. M. de Rochmondet, croyant voir dans cette démarche l'indice d'un résultat plus favorable à ses prétentions, refusa toute transaction.

Le lendemain, le jugement qui intervint, fondé sur ce qu'une princesse mariée sans le consentement de sa famille perd tous ses droits, le débouta de toutes ses prétentions. Il ne lui resta d'autre ressource que de rentrer dans son pays à peu près ruiné. {Documents de la Société vaudoise d'utilité publique, page 358 du tome VI, et Dictionnaire historique du canton de Vaud y article Prangins.)

Frédéric-César de la Harpe, homme d'État suisse et général au service de la Russie, qui tenait des descendants d'Emilie de Nassau par le mariage d'un aïeul avec Étienne-Rosine, fille de Jean des Vignes, raconte dans ses souvenirs qu'en 1700, au décès du roi d'Angleterre, Guillaume III, prince d'Orange, certains membres des familles issues du mariage de la princesse avec Emmanuel eurent des velléités de se mettre au rang ded prétendants, et ne furent retenus que par l'impossibilité de se faire représenter par des aînés. Il ajoute qu'ayant communiqué à des Portugais de haut parage la généalogie de ces familles, ils virent avec beaucoup d'intérêt et d'étonnement que la postérité de Jean III existait en Suisse parmi les hérétiques.

On veut des romans, disait M. Guizot, que ne regarde-t-on de près à l'histoire.

Nous n'aurons maintenant plus à faire qu'à des personnes d'ordre privé, chez lesquelles l'esprit d'aventures ne se retrouve pas, la chaleur du sang et des passions étant refroidies par la placidité et l'austérité suisses. Nous trouvons une longue nomenclature de mariages, sans incidents romanesques; on se marie même volontiers entre parents, les familles sont nombreuses, et si l'on s'engage souvent au service des nations étrangères, on revient au pays.

Le seul mariage qui se produisit dans des circonstances dont le détail a été conservé est celui de Pierre-Charles des Vignes, seigneur de Givrins, capitaine du régiment de Jenner, lequel fut l'avant-dernier descendant mâle de Jean des Vignes et d'Anne- Rosine de GroU; cette union fut la conclusion d'une idylle.

Pierre-Charles, orphelin de bonne heure, avait été élevé auprès de sa cousine Suzanne-Êtiennette, qui descendait aussi de Marie- Belgia par sa mère Louise-Catherine Baddel du Mar-

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therai : les enfants s'étaient fiancés dès leur tendre jeunesse par un jeu qui devint une réalité. Après que Pierre-Charies eut pris du service en France, Téloignement n'altéra en rien Taffection des deux jeunes gens; leur fidélité eut sa récompense, car dès qu'Etiennette fut en âge d'être mariée, sa mère la conduisit à Colmar rejoindre son futur époux qui y tenait garnison. Leur union fut célébrée en cette ville le 19 novembre 1770, l'épousée née le 17 mars 1753, était âgée de dix-sept ans et son mari en avait vingt-quatre.

U quitta peu après le service, et revint s'installer en sa seigneurie de Givrins. Par ce mariage la descendance d'Emmanuel de Portugal et d'Emilie de Nassau fut doublement continuée en leur fils Charles-Pierre.

La jeunesse de Pierre-Charles des Vignes avait été signalée par un long procès dont les incidents eurent un grand retentissement et sont rappelés par les historiens vaudois. Un de ses parents éloignés, Adam des Vignes, secrétaire baillival de Nyon, mourait en 1758, lui laissant par testament une fortune importante. Cette succession, dépassant deux cent mille florins excita la cupidité du bailli de Nyon, nommé Tschamer. Ce magistrat avait un pouvoir souverain, représentant le gouvernement de Berne ; il mit tout en œuvre pour ajouter trois codi* cilles au testament d^Adam des Vignes, par lesquels, en outre de legs à des personnes dont il voulait acheter la complicité, il se faisait départir le choix du tuteur du jeune héritier. A peine a*t'il fait enregistrer ces codicilles par la trop complaisante justice de Nyon, qu'il choisit une de ses créatures pour tuteur; il l'installe dans la maison du défunt, et fait porter au château plus de quarante mille florins trouvés en argent monnayé. On fait un inventaire, mais on omet d'y porter tout ce qui peut être détourné.

Les proches du mineur n*osent lutter contre le haut et magnifique bailli; ils demandent au comte de Portes, seigneur de GenoUier, dont le père du mineur avait été le châtelain, de prendre en main la protection de leur jeune parent. Après de vaines démarches auprès du bailli, et repoussé par son influence à Berne, le comte adresse au gouvernement un mémoire intitulé : € Verbal d'experts^ nouveau système de jurisprudence concernant les tutelles, enrichi par le comte de Portes de remarques et de plusieurs pièces originales. » (Avignon, 1765.) Ce mémoire, dont nous avons un exemplaire, fut condamné à être brûlé par la main du bourreau et une amende de six cents livres fut prononcée contre ceux qui l'ayant reçu négUgeraient de le remettre à la justice. Le comte de Portes dut se réfugier à Genève.

Cependant le gouvernement de Berne examina la conduite du bailli Tschamer, et il fit restituer au jeune des Vignes ce que Ton put retrouver. Ce fut après cette réparation qui reconnaissait le bien fondé de son violent mémoire que le comte de Portes confia au célèbre avocat parisien, Loyseau de Mauléon, le soin de le défendre contre la sentence qui Pavait frappé.

Cette défense imprimée et répandue dans le pays excita une indignation générale contre Tadministration bernoise; elle préparait le terrain à la révolution vaudoise qui devait rendre Tindépendance au canton; elle est contenue au recueil des plaidoyers de Loyseau de Mauléon, volume IIL

Le fils de Pierre-Charles et d'Étiennette, Charles-Pierre, fut le dernier de la branche aînée, son seul frère qui portait les prénoms de Louis- Adam étant mort en 1784 à Tâge de quinze ans. Les des Vignes, en dehors d'alliances avec les Gerfaud» les du Mont, les du Martherai,les de la Harpe, les d'Étagnières,

La Jamille des Vignes de Givrins. 178

etc., s'étaient beaucoup mariés en famille. Est-ce cela la cause de la décroissance de la race, vers la fin du siècle dernier, car à cette époque il ne restait que le père de M"»» Niedermeyer et un cousin du nom. Celui-ci mort presque centenaire en 1860, après avoir été lieutenant aux gardes suisses, était un des rares survivants de ces vaillants défenseurs du trône en 1792.

Charles-Pierre des Vignes, seigneur de Givrins, naquit eni776, jj^^

et il épousa e g i799 Jeann e-Henriette de Tournes d'une an- 0\^{/v^ ^^^ ^ . yP \> cienne famille pu Dauplunë)qui vint s'établir à Genève lors des ^^ A tr^ ^^^^ ^ persécutions religieuses, et fut admise à la bourgeoisie de la ^

ville. Elle portait d'argent à la bande d'azur, au chef de gueules chargé d'un croissant d'or. Le cimier est perdu, la devise est : Quod tibifieri non vis, alteri ne feceris.

Cette maison n'a plus de descendance que par les fenunes : Jean-François, dernier du nom, mourut en 1829 de la plus triste façon, ayant eu les intestins perforés par la maladroite application d'un remède. L'instrument cher à Molière était alors seul en usage, et l'emploi des appareils perfectionnés qui l'ont remplacé était inconnu ; ce fut donc la sottise d'un apothicaire lourdaud qui coûta la vie au dernier des de Tournes.

Judith- Jeanne-Henriette de Tournes, fille de Jean- Jacques, syndic de Genève en 1777 et mort en 1799, était, par sa mère Elisabeth-Henriette de Sellon, la petite-fiUe de Jean-François de Sellon, seigneur d'Âllamand qui fut ambassadeur de la république de Genève auprès du roi de France, de 1749 ài764.

Les autres enfants de Jean-François de Sellon étaient :

Jean, comte de Sellon, Elisabeth-Suzanne et Gaspard.

Jean, comte de Sellon, eut trois filles et un fils :

Jeanne- Victoire, mariée en premières noces au baron Blan-

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cardi Rovero de la Turbie, et en secondes noces à Jules Gaspard de Clermont-Tonnerre ;

Adélaïde, épouse de Michel Benso de Cavour;

Jeanne-Henriette, épouse Louis de Douet, comte d'Âuzers ;

Jean-Jacques de Sellon, époux d'Alexandrine de Budé.

M°»« des Vignes de Givrins, née de Tournes, était donc la cousine germaine d'Adélaïde qui fut mère du grand ministre Camille Cavour.

L'union de Charles-Pierre des Vignes de Givrins et de Jeanne-Judith de Tournes donna naissance à-deux filles :

i<> Elisabeth, née en 1800, épouse de François Lautard;

30 Jeanne-Suzanne-Charlotte, née à Nyon le i« janvier i8o3» épouse de Louis-Abraham Niedermeyer, morte à Paris le 4 juillet 1854.

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