PREFACE
Les sources grecques et latines dans lesquelles nous avons puisé nos autorités pour cette histoire d' Alexandre sont ouvertes à tout l,e monde, mais elles sont rarement explorées. Nous nous contenterons de les indiquer ici.
Si nous avions voulu nous borner au travail facile de ti*aduire Quinte-Curce en l'abrégeant, nous aurions écrit une histoire intéressante comme la sienne, mais plus fabuleuse que réelle, une épopée héroïque et non une histoire. Ce n'est pas ce que ce temps-ci demande : il veut de la vérité pour en tirer de l'enseignement. La géographie , les mœurs des peuples , la guerre , la politique, voilà les quatre objets de l'histoire écrite avec tant de philosophie et avec tant de talent de nos jours. C'est pour apporter à notre tour, nonplusd^intérêt, ma is plus de philosophie dans l'histoire d'Alexandre le Grand , que nous entreprenons ce long travail. Mais cette phi-
TIB D'aUXAUVRE le GRANI». — T. I. O
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losophie reposerait sur des nuages si nous la faisions porter sur des fables grecques ou sur des légendes asiatiques. Nous avons donc cherché le réel à travers l'imaginaire. Nous avons été puissamment assisté dans cette recherclie du réel par l'admirable livre de critique savante de M. de Sainte-Croix, iutîudé : Examen critique des anciens historiens cf Alexandre le Grand. Ce livre, trop peu connu du vulgaire dos lecteurs, est non-seulement Tœuvre d'un érudit, mais l'œuvre d'un philosophe et d'un politique. Ce n'est pas seulement l'histoire restaurée, c'est l'histoire raisonnée. M. de Sainte-Croix est le Montesquieu d'Alexandre.
C'est grâce aux directions et aux discussions de ce savant homme que nous avons pu discerner le plus ou moins d'autlienticité qui s'attache , pour chaque événement de la vie d'Alexandre, aux traditions contemporaines ou aux compositions historiques que l'antiquité nous a transmises sur ces événements. C'est avec Inique nous avons compulsé d'abord Diodore de Sicile^ qui écrivit d'après les Mémoires alors existants des généraux Ptolémée et A ristobu le, compagnons d'Alexandre, et d'Eumène de Cardée, secrétaire du héros, tous témoins ou acteurs des faits relatés par eux. Flavius Ârrien^ historien et homme d'État, dont nous possédons trois volumes sèchement écrits, mais sagement pensés, nous a prêté son excellente critique. C*cst un homme qui ré* pugne aux fables et. aux exagérations; il élague toutes les fantasmagories de l'enthousiasme; il rapetisse un peu
PRÉFACE. Ui
riiistoire, mais il lui donne (a solidité d'une déakoas* tration .
Hutarque, qui a écrit lui-même une vie d'Alexandre, tient te milieu entre les crédulités de Quinte-Curce et l'esprit critique d'Arrien. Il déroule à sa large maaière son histmre comme un poëme, et il réfléchit en racontant.
On aattribnéàQuinte-Gurce plusd'inexactitudes qu'il n'en a commises. En le confrontant avec les écrivains contemporains d'Alexandre ou avec Arrien, copiste de ces contemporains, en rend plus de jttsdœ à Quiate- Curcc. Il a plus brodé qu'il n'a feussé la vérité. Il est exact, mais il est déclamatoire. Cependant on ne peut s'empeeher de reconnaître qu'il a le don si rare de Tintérél. Son récit vit de la vie de ses peraonnagea, et son éloquence, quoiquetrop ornée, n'est qoe l'implificafaon et son texte.
RoUiti a dans son nécit lessttperstitîonset les naïvetés de ^^taitpie : c'est le Plutarque français. Son point de -vue exdttsitiMiient hébpM dans l'iôstoire de l'univaRS fausse néeessairement pour lui le aens des événeoients ; mais les événements eux-mAoïes sontsineèrement et ma* jestueusement déronlés aous sa {dame. On ao peut dire autant de Bossdet, aigle de coup d'œil, qui ne wut voir qu'tm poiirt: de l'espace et du temps, Leonédole Duverdier , le paradoxal Lingaet , le savant de Bury, le philosophe Mably, le politique Montesquiett, l'univ^rael YollHffre ont kissé égalenaent en France <mi des récits